À l’occasion du dîner-débat de la 27 ème édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, organisé soixante-dix ans après l’indépendance de la Tunisie, Tarek Cherif, président de la CONECT International, revient sur l’état du tissu industriel.
Il rappelle d’emblée que, pour avancer, il faut tenir compte de la réalité quotidienne “Si l’on ne prend pas en compte cette réalité, je ne vois pas comment nous pourrons progresser. » Tarek Cherif souligne que la Tunisie connaît depuis quelques années un excédent commercial avec ses trois principaux partenaires européens que sont l’Allemagne, la France et l’Italie. C’est le résultat d’efforts soutenus et d’opportunités qu’il convient de garder en mémoire.
Pour autant, beaucoup reste à faire avec l’Europe. S’opposant à ceux qui misent davantage sur la Chine, il estime que le Vieux Continent offre encore d’importantes perspectives. Mais la responsabilité incombe aussi aux acteurs tunisiens : “Il est facile de reprocher aux autres de ne pas faire assez. Chaque opérateur économique doit se demander : que puis‑je améliorer pour être plus attractif ?”
Il se souvient d’un classement de compétitivité suivi il y a vingt‑cinq ans et insiste sur la nécessité de fixer des objectifs annuels gagner dix, quinze ou vingt places en corrigeant chaque année ses points faibles. “Il nous faut un effort continu d’auto‑questionnement pour résoudre les problèmes qui freinent l’investissement et l’emploi”, ajoute‑t‑il.
Sur l’industrie, domaine auquel il consacre son engagement, Tarek Cherif souligne que celle‑ci crée des richesses et des emplois durables. Et de poursuivre que la Tunisie a le potentiel d’attirer de nombreux acteurs, à condition de remplir des prérequis essentiels. Certaines réformes sont urgentes : l’administration doit se remettre en question, les ports doivent respecter les normes internationales et le système de formation doit mieux répondre aux besoins des entreprises. Autant d’éléments cruciaux pour la compétitivité.
Il estime aussi que le code d’investissement doit rester un outil vivant, régulièrement révisable pour s’adapter à l’évolution du contexte et de la concurrence. “Il n’y a aucune honte à adapter les incitations, y compris en ciblant des régions défavorisées pour attirer des investissements tunisiens et étrangers. C’est du bon sens économique et social.”
Parmi les autres freins majeurs figurent le coût du financement : des taux bancaires souvent compris entre 12 et 15% pour des signatures solides rendent la rentabilité des projets industriels difficile. Il s’agit d’un obstacle pour les investisseurs étrangers comme pour les entrepreneurs tunisiens.
Enfin, M. Cherif plaide pour un recours plus volontaire aux partenariats public‑privé “Pourquoi hésiter ? Le PPP est un instrument utile pour mobiliser des capitaux, partager les risques et accélérer des projets d’infrastructure ou industriels.”