Lors de l’Assemblée générale ordinaire tenue le 19 mai 2026 à Tunis, Elyes Fakhfakh, directeur général de la SFBT, a présenté des résultats 2025 en hausse malgré un environnement économique et fiscal jugé contraignant. Le dirigeant a surtout mis l’accent sur l’avancement du projet d’acquisition de Carthage Grains, appelé à devenir un nouveau relais stratégique de croissance pour le groupe.
La Société de Fabrication des Boissons de Tunisie ( SFBT) a clôturé l’exercice 2025 sur un bénéfice net de 261 millions de dinars, en progression de 6% par rapport à 2024. Le résultat des activités ordinaires avant impôts a atteint 332 millions de dinars, en hausse de 5,8%, soutenu notamment par les dividendes reçus des filiales et les revenus des placements financiers. Après prise en compte de l’impôt sur les sociétés et de la contribution sociale de solidarité, le résultat net s’est établi à 261 millions de dinars. Le DG de la SFBT a proposé la distribution d’un dividende de 8,80 dinars par action, représentant un montant global de 236 millions de dinars et un taux de distribution de 88%.
Une activité soutenue par la bière et les eaux minérales
Les ventes nettes de bière ont progressé de 2,3% pour atteindre 1,73 million d’hectolitres. Les eaux minérales ont également affiché une évolution positive avec une hausse de 5% à 808 000 hectolitres. En revanche, les boissons gazeuses et les jus ont enregistré un recul sur le marché local. Le dirigeant a expliqué cette baisse par une réorganisation interne entre certaines filiales du groupe, mettant fin à un schéma de facturation considéré comme structurellement déficitaire.
Le chiffre d’affaires global a progressé de 0,8% à 843 millions de dinars. Selon le DG, hors effet de cette réorganisation interne représentant 26,7 millions de dinars, la croissance réelle de l’activité aurait avoisiné 4%. La bière, la bière sans alcool et les boissons gazeuses en verre consigné ont constitué les principaux moteurs de croissance de l’exercice, alors que les ventes de jus ont poursuivi leur repli.
Des performances consolidées globalement positives
Au niveau consolidé, les revenus du groupe ont atteint 1,44 milliard de dinars, soit une progression de 3,5%. Le résultat d’exploitation consolidé a progressé de 1,8% à 347 millions de dinars. Le dirigeant a souligné la bonne contribution de plusieurs filiales ainsi que l’impact favorable des acquisitions réalisées en 2024.
Certaines filiales ont toutefois pesé sur les résultats consolidés. La SGBA a vu son résultat d’exploitation diminuer sous l’effet de nouvelles charges intragroupe, tandis que la STBG a été affectée par l’arrêt temporaire d’une ligne de production dans le cadre d’opérations de modernisation industrielle. Le résultat des activités ordinaires consolidé a progressé de 2% à 394 millions de dinars. Cette évolution a notamment été soutenue par la baisse des charges financières du groupe malgré le recul des revenus de placements financiers.
Le résultat net consolidé s’est finalement établi à 300,5 millions de dinars, en hausse de 1,2%, une progression partiellement absorbée par l’augmentation de la charge fiscale.
Un environnement économique marqué par les tensions fiscales
Le DG de la SFBT a estimé que l’année 2025 s’était déroulée dans un contexte international toujours marqué par les tensions géopolitiques, les conflits régionaux et les perturbations des échanges commerciaux mondiaux. En Tunisie, il a relevé une amélioration de l’inflation, revenue à 5,3% après les niveaux élevés enregistrés les années précédentes. Il a également évoqué une saison touristique satisfaisante ainsi qu’une campagne céréalière record.
Le dirigeant a rappelé que la SFBT n’avait procédé à aucune augmentation de ses prix de vente depuis février 2024 malgré la hausse des coûts de production. Il a particulièrement insisté sur le poids de la taxe de 3% sur le chiffre d’affaires des boissons gazeuses, instaurée par la loi de finances 2024 et représentant environ 23 millions de dinars par an pour le groupe.
Selon lui, la pression fiscale totale sur les boissons gazeuses atteint désormais plus de 51% en Tunisie, un niveau nettement supérieur à celui observé dans plusieurs pays de la région.
Le DG a également regretté la fin du régime permettant à la société d’importer le sucre au prix international, obligeant désormais le groupe à s’approvisionner localement à des coûts beaucoup plus élevés.
Il a par ailleurs indiqué que l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le chèque avait temporairement ralenti le rythme des transactions économiques au début de l’année avant une normalisation progressive au second semestre.
Contrôles réglementaires et impact boursier
Le dirigeant a confirmé la clôture d’un contrôle douanier portant sur les vingt dernières années d’activité du groupe. Un accord de paiement échelonné a été conclu avec l’administration des douanes. Un contrôle fiscal approfondi demeure en revanche en cours. Le DG a dénoncé certaines campagnes de désinformation relayées sur les réseaux sociaux et dans certains médias, estimant qu’elles avaient pesé négativement sur l’évolution boursière du titre SFBT. Le titre a clôturé l’exercice 2025 à 12,6 dinars après avoir évolué dans une fourchette comprise entre 11,26 et 13,09 dinars. Le dirigeant considère que l’action reste sous-évaluée au regard des fondamentaux financiers et des perspectives du groupe.
La diversification devient un nouveau pilier stratégique
L’annonce majeure de cette assemblée générale a concerné l’avancement du projet d’acquisition de Carthage Grains, leader national dans la transformation du soja et du colza. Le DG de la SFBT a indiqué que les audits financiers et juridiques avaient été finalisés et que les négociations contractuelles étaient actuellement en cours. Il a également confirmé l’approbation de l’opération par le Conseil de la concurrence le 7 mai 2026.
Présentée dès l’assemblée générale précédente comme la recherche d’un quatrième pilier stratégique, cette acquisition doit permettre au groupe de renforcer sa présence dans l’agroalimentaire et d’ouvrir de nouvelles perspectives de croissance. Le dirigeant estime que cette opération présente un fort potentiel de synergies avec les activités actuelles du groupe. Il a également indiqué que d’autres opportunités de diversification demeuraient à l’étude.
Des investissements soutenus et une accélération des projets environnementaux
Les investissements corporels et incorporels de la SFBT se sont élevés à 43 millions de dinars en 2025, soit environ 5% du chiffre d’affaires. À l’échelle du groupe, les investissements ont atteint 100 millions de dinars. Le groupe a poursuivi plusieurs projets liés à l’efficacité énergétique et à la gestion environnementale. Une centrale photovoltaïque couvre désormais une partie importante des besoins énergétiques du site de Médenine, tandis qu’une station biologique de traitement des eaux a été mise en place au niveau de la SGBIA.
Le groupe poursuit également ses projets de valorisation des sous-produits industriels dans les filières d’alimentation animale dans une logique d’économie circulaire. Le dirigeant a enfin évoqué la poursuite des discussions autour d’un projet environnemental à Béja visant à réutiliser les eaux traitées dans le cadre d’un partenariat avec les autorités locales.
Ressources humaines et formation
L’effectif de la SFBT est passé de 1 494 à 1 578 salariés, tandis que celui du groupe a progressé à 5 914 collaborateurs. Dans le cadre de la nouvelle réglementation encadrant la sous-traitance de main-d’œuvre, le groupe a procédé à la titularisation de 1 444 collaborateurs sur l’ensemble de ses sites pour un coût global de 5 millions de dinars. Le groupe a également poursuivi ses efforts en matière de formation avec plus de 4 260 collaborateurs formés en 2025, soit un taux d’accès dépassant 96%.
Perspectives 2026
Pour l’exercice en cours, la SFBT prévoit de maintenir le gel de ses prix de vente pour la troisième année consécutive. Le groupe entend poursuivre ses efforts d’optimisation des coûts, d’amélioration de l’efficacité opérationnelle et de consolidation de son réseau de distribution. Le dirigeant a également affirmé que la société poursuivrait ses démarches auprès des autorités afin d’obtenir des conditions d’approvisionnement en sucre plus compétitives.