Le lendemain de son quatre-vingt-dixième anniversaire, né le 12 mai 1936, Khalifa Chater a rendu son dernier souffle ce mercredi 13 mai 2026. Avec lui disparaît l’un des architectes majeurs de la recherche historique en Tunisie, dont les travaux ont irrigué pendant près d’un demi-siècle la connaissance des périodes moderne et contemporaine du pays. Le regretté était un fidèle contributeur à L’Économiste Maghrébin, où il offrait à nos lecteurs analyses et témoignages d’une précieuse richesse.
Formé à Paris, où il fréquenta les amphithéâtres de la Sorbonne, il forgea son appareil scientifique en deux temps : un premier doctorat en histoire contemporaine, soutenu en 1974, puis un doctorat d’État couronné en 1981. De retour en Tunisie, c’est à la faculté des sciences humaines et sociales de la capitale qu’il exerça l’essentiel de sa carrière d’enseignant-chercheur, avant d’y acquérir le titre de professeur émérite à l’université de Tunis.
Ses responsabilités institutionnelles témoignent d’une trajectoire qui déborde largement le seul cadre académique. Il prit la tête du Centre culturel international d’Hammamet dès 1978, poste qu’il occupa jusqu’en 1997. Entre 1988 et 1996, il assuma la direction de l’Institut supérieur de documentation de Tunis. La Bibliothèque nationale de Tunisie lui confia ensuite ses rênes de 1997 à 2002. Cinéphile engagé autant qu’historien, Khalifa Chater comptait également parmi les fondateurs des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), ce rendez-vous arabo-africain du septième art né dans les années 1960, qu’il contribua à faire vivre, notamment en assurant la couverture radiophonique et télévisuelle des premières éditions. Il était l’un des derniers témoins directs de cette aventure fondatrice.
Sa présence dans les réseaux scientifiques internationaux était tout aussi notable. Membre des comités de rédaction de la Maghreb Review et des Cahiers de la Méditerranée, il fut élu membre correspondant de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix le 21 mai 2002. Le Prix national des lettres et sciences humaines lui fut décerné en 1997.
Son œuvre publiée couvre un arc chronologique allant du XIXe siècle à l’époque postindépendance. Dès 1978, il signa Insurrection et répression dans la Tunisie du XIXe siècle : le mehalla de Zarrouk au Sahel, 1864, suivi en 1984 de Dépendance et mutations précoloniales : la régence de Tunis de 1815 à 1857. Vingt ans plus tard parut La Tunisie à travers l’histoire (2005), puis Tahar Ben Ammar, 1889-1985 et L’ère Bourguiba en 2010. Son ultime ouvrage, La dynastie husseinite (1705-1957), vit le jour en 2021.