Le producteur ne vit pas correctement de son travail. Le consommateur subit une pression continue sur les prix. Entre les deux, les intermédiaires se multiplient, l’informel prospère et la valeur se perd. Le président de l’IACE, Amine Ayed, déplore ce constat amer et en a posé les enjeux lors du discours d’ouverture de la 10e édition du Tunisia Economic Forum, tenu le 12 mai 2026 au siège de l’IACE. Il s’agit, estime-t-il, d’une question désormais stratégique pour la compétitivité, le pouvoir d’achat et la cohésion économique de la Tunisie.
Amine Ayed a d’abord souligné la portée symbolique de cet anniversaire. Dix années durant lesquelles ce rendez-vous s’est affirmé comme un espace de dialogue économique et de confrontation constructive des idées au service de la Tunisie. Si ce forum continue d’exister et de rassembler, a-t-il rappelé, c’est parce qu’il repose sur une conviction fondatrice : les grandes transformations commencent toujours par la capacité collective à regarder lucidement ses propres dysfonctionnements. Le président de l’IACE a tenu à requalifier d’emblée le thème retenu pour cette édition. La réforme des circuits de distribution peut sembler technique en apparence, a-t-il observé. Mais elle touche en réalité à un enjeu central : la manière dont l’économie tunisienne crée, organise ou perd de la valeur.
Entre le producteur et le consommateur, a-t-il affirmé, il ne devrait pas exister une chaîne d’inefficience, d’opacité et de perte, mais un système capable de fluidifier les échanges, de préserver le pouvoir d’achat et d’assurer une concurrence saine. Or, le constat est sans ambiguïté : le producteur peine à vivre correctement de son travail; tandis que le consommateur subit une pression continue sur les prix. Entre les deux, les déséquilibres s’accumulent : multiplication des intermédiaires, fragmentation des marchés, poids de l’informel, insuffisance logistique et, parfois, risques spéculatifs.
L’intervenant a conclu ce diagnostic par un avertissement clair : lorsque les mécanismes de distribution cessent d’être des outils d’organisation économique pour devenir des espaces de désordre, ce n’est pas seulement un secteur qui dysfonctionne. C’est une partie de l’économie entière qui perd en efficacité, en transparence et en confiance.
Une étude systémique pour rompre avec la fragmentation
Amine Ayed a également livré une critique de méthode. Pendant longtemps, ces problématiques ont été traitées de manière fragmentée : marchés de gros d’un côté, logistique de l’autre, prix, commerce parallèle et infrastructures rarement pensés comme les éléments d’un même système.
C’est précisément pour combler ce vide que l’IACE a engagé un travail de fond, dont les résultats sont présentés dans le cadre de ce forum. L’étude propose une lecture globale de la question, avec une approche systémique ouverte sur plusieurs trajectoires possibles de transformation. Elle pose surtout une question essentielle : comment moderniser ces circuits sans fragiliser les équilibres économiques et sociaux existants ?
Le président de l’IACE a insisté sur la nature politique autant que technique de ces réformes. Elles touchent à des intérêts économiques établis, à des habitudes de marché et à des équilibres territoriaux, mais aussi à la relation de confiance entre l’État, les opérateurs et les citoyens. C’est pourquoi ces réformes sont souvent difficiles à conduire, non par manque d’idées, mais parce qu’elles exigent de la cohérence, de la visibilité, du courage et une réelle capacité d’exécution.
La distribution : une question stratégique pour l’avenir du pays
La question des circuits de distribution dépasse largement l’organisation des marchés : elle touche au pouvoir d’achat, à la compétitivité, à la sécurité alimentaire et à la cohésion économique du pays. Le défi collectif, a-t-il affirmé, est de réussir une modernisation capable d’apporter davantage d’efficacité, de transparence et de confiance, sans créer de nouvelles fragilités.
Amine Ayed a conclu sur une conviction qu’il qualifie lui-même de simple : une économie perd rarement sa richesse au moment où elle la crée. Elle la perd souvent dans la manière dont elle organise la circulation de sa production. Dans le contexte actuel, cette question n’est plus secondaire : elle est devenue stratégique pour la vie économique et sociale de la Tunisie.
Nous y reviendrons.