Entre hausse jugée insuffisante et absence de négociation, l’augmentation salariale annoncée ravive les tensions autour du dialogue social, que faut-il penser ?
Rencontré en marge de la célébration du du 1 mai 2026, Noureddine Chemengui, ancien dirigeant syndical et porte-parole de l’Initiative syndicale pour la révision et la réforme, a souligné dans une déclaration à leconomistemaghrebin.com qu’en réalité, « cette augmentation salariale ne reflète pas la situation difficile et alarmante que vit aujourd’hui la classe ouvrière, qu’il s’agisse des cadres ou des employés. C’est pourquoi nous disons qu’elle a été décidée unilatéralement par l’autorité, sans lecture approfondie de la flambée des prix, de l’inflation et des exigences de la vie quotidienne. À nos yeux, ce n’est donc pas une augmentation suffisante en soi, mais plutôt une mesure prise en l’absence de dialogue social et de négociation collective. Or, le dialogue social permet à toutes les parties de faire des avancées et de prendre en compte la réalité des travailleurs, qui ont aujourd’hui besoin d’un véritable soutien. »
Au niveau des augmentations salariales, selon lui, il aurait fallu ouvrir un vrai dialogue, comme l’a rappelé le nouveau secrétaire général, notamment pour le secteur privé, où les négociations doivent se faire avec les organisations patronales. Et de préciser: » Le fait que cela n’ait pas eu lieu constitue, à mon sens, une précédente grave, étrange et dangereuse, car le secteur privé dispose de sa propre autonomie, tout comme les organisations patronales. Lorsqu’une autorité intervient pour imposer une décision unilatérale, cela ne contribue ni à apaiser le climat social ni à redonner espoir aux Tunisiens quant à un retour au dialogue ».
Et de poursuivre: » En agissant ainsi, le pouvoir s’inscrit dans une logique solitaire et concentre toutes les décisions entre ses mains. Mais il ne pourra pas ensuite faire porter au peuple tunisien et à la classe ouvrière les conséquences de choix impopulaires. C’est pourquoi nous affirmons que le dialogue n’est pas une simple option : c’est une nécessité. L’expérience tunisienne l’a montré à plusieurs reprises : le dialogue social a protégé la Tunisie et lui a évité de nombreuses crises. «
Il ajoute: » Le rôle de l’Union demeure essentiel dans l’encadrement de ses militants, de ses syndiqués et de ses structures. Aujourd’hui, elle n’a pas d’autre choix que de se recentrer sur ses missions fondamentales : renforcer son organisation interne et mobiliser ses forces pour faire face aux défis. Je fais confiance aux syndicalistes et aux structures syndicales, car l’Union générale tunisienne du travail n’est pas seulement une organisation : c’est une idée, un engagement, une appartenance profonde. «
« Comme l’a rappelé Farhat Hached: “Je vous aime peuple”. Cela montre bien que l’UGTT est née du peuple tunisien et qu’elle restera toujours liée à ses préoccupations. Elle devra ensuite s’attaquer aux grands dossiers du pays : l’emploi, l’énergie, le climat, ainsi que la migration, qu’elle soit interne ou externe. Ce sont là des questions brûlantes que les autorités ne peuvent pas traiter seules ; elles doivent impérativement le faire dans le cadre du dialogue avec les partenaires sociaux. « , conclut-il