L’Inde et la Chine, deux des plus grands importateurs de pétrole au monde, se disputent les approvisionnements mondiaux en pétrole brut. Alors que les perturbations dans le détroit d’Ormuz et le gel des pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran limitent l’offre.
« La concurrence entre l’Inde et la Chine pour le pétrole brut russe est intense et se poursuivra pour les cargaisons chargées en juin », a déclaré, le 23 avril, Muyu Xu, analyste principal chez Kpler, cité par CNBC.
Il faut rappeler que le 18 avril, les États-Unis ont renouvelé une dérogation autorisant les pays à acheter du pétrole russe sous sanctions, acheminé par voie maritime, pour une durée d’environ un mois. Ce qui a permis d’atténuer la pression sur les prix mondiaux.
Cependant, ils n’ont pas levé les sanctions imposées au pétrole iranien, dont près de 98 % est destiné à la Chine, et en plus petites quantités à l’Inde.
Les attaques iraniennes contre les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient ont également perturbé les approvisionnements en provenance des pays du Golfe, augmentant ainsi la demande de pétrole russe.
Selon Kpler, les importations chinoises transitant par cette voie maritime stratégique ont chuté à environ 222 000 barils par jour en avril, contre 4,45 millions de barils par jour avant la guerre en Iran. Les importations indiennes par cette même voie ont quant à elles diminué, passant de 2,8 millions de barils par jour en février à 247 000 barils par jour actuellement.
« La fermeture de facto du détroit d’Ormuz pousse les pays asiatiques à rechercher du pétrole brut bon marché et disponible. Et le pétrole russe entre dans cette catégorie », a expliqué Muyu Xu de Kpler.
Inde et Chine : des vulnérabilités différentes
L’Inde semble plus vulnérable aux perturbations d’approvisionnement. Ses importations ont chuté en mars et, selon les experts du secteur pétrolier, elle ne dispose que d’une marge de manœuvre limitée à une trentaine de jours face à des chocs prolongés. Contrairement à d’autres pays, le gouvernement indien n’a pas augmenté les prix des carburants, maintenant ainsi la demande d’essence et de diesel stable.
La Chine, quant à elle, dépend de cette voie maritime cruciale pour 45 à 50 % de ses importations de pétrole brut, selon le Centre de politique énergétique mondiale de l’Université Columbia. Cependant, ses réserves peuvent couvrir la demande pendant trois à quatre mois…
Néanmoins, Pékin a besoin d’importations de pétrole pour soutenir ses importantes industries d’exportation et pétrochimiques, ainsi que pour renforcer ses réserves stratégiques en cas de guerre prolongée.
Dépendance au pétrole russe
L’Inde a importé un total de 4,57 millions de barils par jour en mars, dont 2,14 millions (47 %) provenaient de Russie, selon Benjamin Tang de S&P Global.
Ce chiffre représente presque le double de celui de février, où la part de la Russie avoisinait les 20 %. Sur la même période, les importations totales de l’Inde ont chuté de plus de 14 %.
Les importations chinoises ont également chuté, enregistrant une baisse de 2,8 % en mars par rapport à l’année précédente. Face à la limitation des flux iraniens, la Chine s’est tournée vers la Russie pour combler ce manque.
Selon Kpler, la Chine a importé 1,8 million de barils de pétrole russe par jour en mars, un volume légèrement inférieur aux 1,9 million de février. Cependant, en avril, l’Inde et la Chine se sont retrouvées en concurrence directe, chacune important environ 1,6 million de barils de pétrole brut russe.
Avant la guerre, les raffineurs indiens avaient réduit leurs importations de pétrole russe suite aux sanctions américaines imposées à deux grandes compagnies pétrolières. Washington avait également fait pression sur l’Inde pour qu’elle réduise sa dépendance à l’égard de la Russie en échange d’un accord commercial favorable…