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Leconomiste Maghrebin > Blog > Idées > Interviews > Ahmed Ben Mustapha : «Le nationalisme persan est l’obstacle qu’ils n’avaient pas anticipé»
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Ahmed Ben Mustapha : «Le nationalisme persan est l’obstacle qu’ils n’avaient pas anticipé»

Hamza Marzouk
2026/03/08 at 3:07 PM
par Hamza Marzouk 10 Min Lecture
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Ahmed Ben Mustapha
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Pour l’ancien ambassadeur et diplomate Ahmed Ben Mustapha, le conflit qui embrase le Moyen-Orient n’est pas une crise conjoncturelle. C’est l’aboutissement d’une stratégie construite de longue date, dont les ressorts profonds tiennent à la rivalité entre des nationalismes antagonistes et à l’ambition israélienne de remodeler durablement la région avec le soutien américain. Une ambition qui, selon lui, se heurte désormais à une réalité que ses instigateurs n’avaient pas pleinement anticipée.

Dans une déclaration accordée à L’Économiste Maghrébin, l’ancien ambassadeur et diplomate Ahmed Ben Mustapha livre une analyse sans concession de la situation au Moyen-Orient, replaçant les événements récents dans une perspective géopolitique de long terme.

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Pour l’ancien ambassadeur et diplomate Ahmed Ben Mustapha, le conflit qui embrase le Moyen-Orient n’est pas une crise conjoncturelle. C’est l’aboutissement d’une stratégie construite de longue date, dont les ressorts profonds tiennent à la rivalité entre des nationalismes antagonistes et à l’ambition israélienne de remodeler durablement la région avec le soutien américain. Une ambition qui, selon lui, se heurte désormais à une réalité que ses instigateurs n’avaient pas pleinement anticipée.Lire aussi: Opération « Déluge d’Al-Aqsa » : est-ce la fin du « mythe Israël » ?Pourtant, le bilan de cette stratégie est, aux yeux d’Ahmed Ben Mustapha, celui d’un fiasco. Trump est arrivé au pouvoir en promettant de mettre fin à tous les conflits, y compris celui du Moyen-Orient, avançant sur ce sujet des propositions dont le caractère fantaisiste trahissait un manque de sérieux réel.Ahmed Ben Mustapha insiste sur ce qu’il considère comme la clé de lecture fondamentale de l’ensemble du conflit : un affrontement de nationalismes. D’un côté, le nationalisme sioniste associé au nationalisme européen, avec l’appui décisif des États-Unis. De l’autre, les nationalismes de résistance.L’objectif américain serait de reconstituer un monde tripolaire stable, c’est-à-dire de trouver un modus vivendi avec Moscou et Pékin tout en évitant une alliance trop étroite entre les deux puissances. Les Européens, se sont également laissé manipuler, et l’on observe aujourd’hui, au sein même de ces pays, une rébellion croissante contre cette emprise. Certains estiment que la Troisième Guerre mondiale a déjà commencé.

Une stratégie israélienne construite de longue date

Le diplomate tunisien situe l’origine du cycle de violences actuel dans l’opération « Déluge d’Al-Aqsa », qu’il considère non comme un acte spontané mais comme une étape soigneusement conçue et préparée par Israël dans le but d’entraîner les États-Unis dans un conflit ouvert avec l’Iran. Il rappelle à ce propos que les informations relatives à la préparation de cet événement étaient disponibles auprès des autorités israéliennes et de Benjamin Netanyahou en personne, ce qui explique, selon ses dires, l’obstruction systématique opposée à toute enquête indépendante.

 

Lire aussi: Opération « Déluge d’Al-Aqsa » : est-ce la fin du « mythe Israël » ?

 

Cet objectif d’implication américaine est, insiste-t-il, un dessein stratégique de longue date. Sa manifestation la plus récente s’est cristallisée autour de la figure de Donald Trump, dans lequel M. Netanyahou a massivement investi. L’administration Biden lui paraissait trop prudente, trop réticente à s’engager. Trump, lui, représentait l’instrument susceptible de franchir l’étape finale. Ahmed Ben Mustapha observe d’ailleurs que le Premier ministre israélien parle désormais ouvertement d’une transformation en cours du Moyen-Orient, qu’il inscrit explicitement dans le cadre de la vision du “Grand Israël“.

Le fiasco de la stratégie Trump et l’effondrement du modèle sécuritaire du Golfe

Pourtant, le bilan de cette stratégie est, aux yeux d’Ahmed Ben Mustapha, celui d’un fiasco. Trump est arrivé au pouvoir en promettant de mettre fin à tous les conflits, y compris celui du Moyen-Orient, avançant sur ce sujet des propositions dont le caractère fantaisiste trahissait un manque de sérieux réel. Sur tous les aspects de cet engagement, le résultat est catastrophique : non seulement Trump n’a pas mis fin aux guerres, mais il a créé les conditions propices à l’émergence de nouveaux foyers de tension. Plus grave encore, il a semé une profonde dissension au sein même des institutions américaines. Le chef d’état-major aurait ainsi publiquement déconseillé au président de passer à l’action contre l’Iran, estimant que les conditions n’étaient pas réunies.

 

Pourtant, le bilan de cette stratégie est, aux yeux d’Ahmed Ben Mustapha, celui d’un fiasco. Trump est arrivé au pouvoir en promettant de mettre fin à tous les conflits, y compris celui du Moyen-Orient, avançant sur ce sujet des propositions dont le caractère fantaisiste trahissait un manque de sérieux réel.

 

Les conséquences pour les pays du Golfe, selon l’ambassadeur, sont considérables et révélatrices. Depuis la première guerre du Golfe en 1991, ces monarchies avaient fait le choix stratégique de placer leur sécurité sous la protection américaine, estimant que l’environnement arabo-islamique constituait leur principal danger. Elles s’étaient résolument alignées sur l’axe États-Unis – Israël. Or, les forces iraniennes ont détruit des dispositifs de défense américains dans la région sans que Washington n’ait rien fait pour protéger ses alliés. Ahmed Ben Mustapha y voit une tragédie stratégique majeure : tout le modèle de sécurité du Golfe s’est effondré, emportant avec lui la crédibilité de la garantie américaine.

La résistance iranienne ou le réveil des nationalismes

La résistance iranienne constitue, pour Ahmed Ben Mustapha, le fait majeur et surprenant de cette séquence. L’Iran se préparait de longue date à cette confrontation. L’ayatollah Ali Khamenei lui-même, en se sacrifiant, a voulu entretenir la flamme d’un projet de résistance dont la logique profonde est, selon lui, d’ordre nationaliste. Le nationalisme persan est bâti sur un socle civilisationnel d’une solidité exceptionnelle, adossé à la science, à la technologie, à la modernisation et aux valeurs religieuses. Les Iraniens ont su valoriser cet héritage et transformer cette force en capacité de résistance concrète. Le scénario que Trump avait été convaincu par Netanyahou de reproduire en Iran, sur le modèle de la chute de Bachar al-Assad en Syrie, ne s’est tout simplement pas encore réalisé.

Ahmed Ben Mustapha insiste sur ce qu’il considère comme la clé de lecture fondamentale de l’ensemble du conflit : un affrontement de nationalismes. D’un côté, le nationalisme sioniste associé au nationalisme européen, avec l’appui décisif des États-Unis. De l’autre, les nationalismes de résistance. Israël et Washington ont réussi à neutraliser le nationalisme arabe, mais ils n’avaient pas anticipé la puissance d’un nationalisme persan adossé à une civilisation millénaire. Ce phénomène s’inscrit dans un mouvement plus large, observable également en Russie et en Chine, où la réunification nationale et la revalorisation des identités propres constituent les objectifs fondamentaux. Ce que le monde traverse, dit-il, c’est la faillite du système de globalisation américain, fondé sur l’absence de repères idéologiques, religieux et moraux, et la réémergence simultanée des grandes forces nationales.

 

Ahmed Ben Mustapha insiste sur ce qu’il considère comme la clé de lecture fondamentale de l’ensemble du conflit : un affrontement de nationalismes. D’un côté, le nationalisme sioniste associé au nationalisme européen, avec l’appui décisif des États-Unis. De l’autre, les nationalismes de résistance.

 

Vers une Troisième Guerre mondiale ? Le spectre nucléaire et le déclin occidental

Sur l’échiquier mondial, la stratégie américaine est, selon Ahmed Ben Mustapha, en grande difficulté. Les géopolitologues diagnostiquent depuis 2023 une défaite de l’Occident, un constat que Washington refuse d’admettre. En Europe, les États-Unis font face à la réémergence du militarisme allemand et à des discussions sur un éventuel réarmement nucléaire de l’Allemagne. Les Russes, ne trouvant pas d’interlocuteur crédible en Europe, espèrent pouvoir dialoguer directement avec Trump, ce qui explique en partie certaines concessions russes sur la Syrie. L’objectif américain serait de reconstituer un monde tripolaire stable, c’est-à-dire de trouver un modus vivendi avec Moscou et Pékin tout en évitant une alliance trop étroite entre les deux puissances. Ahmed Ben Mustapha estime sincèrement que ce projet est voué à l’échec et que le choc actuel ne fait qu’accélérer le processus de déclin de la puissance occidentale.

 

L’objectif américain serait de reconstituer un monde tripolaire stable, c’est-à-dire de trouver un modus vivendi avec Moscou et Pékin tout en évitant une alliance trop étroite entre les deux puissances.

 

La question d’une escalade nucléaire est celle qui inquiète le plus Ahmed Ben Mustapha. Des experts sérieux, qui connaissent intimement les mentalités israélienne et américaine, évoquent le scénario d’un usage dit « limité » de l’arme atomique. Il rappelle que ce scénario n’est pas sans précédent : il avait déjà été envisagé en 2006, comme l’a révélé le journaliste d’investigation Éric Laurent dans son ouvrage consacré à l’Iran, aux États-Unis et à la bombe, et c’est l’armée américaine elle-même qui s’y était alors opposée.

La grande inquiétude aujourd’hui tient à la personnalité de Trump : manipulable, sans stratégie claire ni ligne directrice cohérente, le président américain représente un facteur d’imprévisibilité dangereuse. Les Russes et les Chinois le craignent autant que certains responsables militaires américains de haut rang, qui perçoivent une dérive inquiétante vers des guerres toujours plus nombreuses pour des résultats toujours plus limités.

 

Les Européens, se sont également laissé manipuler, et l’on observe aujourd’hui, au sein même de ces pays, une rébellion croissante contre cette emprise. Certains estiment que la Troisième Guerre mondiale a déjà commencé.

 

Ahmed Ben Mustapha conclut sur un constat amer : Trump n’a pas conscience que les réalités objectives ont fondamentalement changé. L’aventure au Venezuela a tourné court, tout comme la guerre contre l’Iran, qui vise en définitive à démanteler les BRICS et tout ce qui menace la suprématie du dollar américain. Mais il est trop tard. Les Européens, ajoute-t-il, se sont également laissé manipuler, et l’on observe aujourd’hui, au sein même de ces pays, une rébellion croissante contre cette emprise. Certains estiment que la Troisième Guerre mondiale a déjà commencé. Ce n’est pas, dit le diplomate, une certitude. Mais ce n’est plus une hypothèse que l’on peut raisonnablement écarter.

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