Des frappes ciblées à une offensive d’envergure en Iran, en passant par l’assassinat du Guide suprême iranien, plusieurs scénarios sont examinés à Washington. Mais la voie diplomatique n’est pas non plus écartée.
La question n’est plus de savoir si Donald Trump va donner le feu vert pour frapper l’Iran, mais quand. Le président américain a affirmé, dans la nuit du mercredi 14 janvier lors d’un événement ouvert à la presse à la Maison Blanche, que « les tueries en Iran ont pris fin » après la répression de manifestations par les autorités. Tout en entretenant le flou sur la perspective d’une intervention militaire américaine, affirmant que Washington suivrait de près la situation.
Pause en trompe-l’œil ?
S’agit-il pour Washington d’un faux-semblant de « pause » savamment calculé pour mieux se préparer à une éventuelle attaque contre l’Iran? Aucun porte-avion américain ne se trouvant actuellement dans la région. Alors que Trump a assuré auparavant, le mardi 3 janvier, que les Etats-Unis agiraient « de manière très forte » si les autorités iraniennes commençaient à exécuter des personnes arrêtées lors des manifestations qui secouent le pays depuis fin décembre et que le soutien aux manifestants était « en route ». Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, ayant pour sa part affirmé qu’il n’y aurait « pas de pendaison aujourd’hui (mercredi) ou demain (jeudi) », dans une interview accordée à la chaîne américaine Fox News.
Mais, un signe ne trompe pas sur les intentions cachées des Américains. En effet, Washington vient de procéder au retrait d’une partie de son personnel de certaines bases stratégiques dans la région, notamment à Bahreïn, au Qatar, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. Et ce, par mesure de précaution, après que Téhéran a menacé hier mercredi de prendre pour cible les bases militaires américaines dans la région, face à la possibilité d’une intervention des Etats-Unis brandie par Donald Trump. Sachant qu’en juin dernier, la base américaine d’al Oudeïd au Qatar a été prise pour cible par Téhéran après les frappes américaines contre ses installations nucléaires, intervenues dans le cadre du conflit de 12 jours entre Israël et l’Iran.
L’évacuation d’une partie du personnel des bases américaines au Moyen-Orient fait suite à la promesse de Donald Trump de venir en aide aux manifestants. « Patriotes iraniens, CONTINUEZ A MANIFESTER – PRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS !!! […] J’ai annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les meurtres insensés de manifestants ne s’arrêtaient pas. L’AIDE EST EN ROUTE. MIGA [Make Iran Great Again]!!! Ainsi a-t-il écrit mardi 13 janvier dans un post sur son réseau Truth Social.
Options
Mais quelle est la nature de cette aide et quelles sont les options envisagées par l’administration américaine ?
Des frappes ciblées à une offensive d’envergure, cyberattaques massives- Donald Trump s’est d’ailleurs vanté d’avoir éteint toutes les lumières de Caracas, le 3 janvier dernier ou s’inspirer des bipeurs et des talkies-walkies que le Mossad avait activés en 2024- en passant par l’assassinat ou le kidnapping du guide suprême Ali Khamenei… Plusieurs scénarios sont sur la table du président américain. Mais son choix devrait surtout dépendre de l’objectif qu’il cherche à atteindre. Toutefois, la voie diplomatique n’est pas non plus totalement écartée.
Cependant, est écartée toute intervention militaire terrestre contre l’Iran, l’ennemi juré des États-Unis depuis la révolution islamique de 1979. Washington ayant retenu notamment les leçons tirées de l’invasion américaine désastreuse de l’Irak en 2003. D’autant plus que cela pourrait paradoxalement faire le jeu du régime des mollahs et renforcer l’unité autour de lui.
Par contre, une frappe symbolique contre des sites nucléaires iraniens, à l’instar des opérations militaires ponctuelles au Venezuela, que Trump peut ensuite revendiquer comme des succès, est envisageable. A moins de cibler les casernes et les centres de commandements des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique coupable de la répression des manifestations.
Reste l’arme la plus redoutable : frapper le régime des mollahs au portefeuille. En effet, Donald Trump a prévenu le 12 janvier que les partenaires commerciaux de l’Iran s’exposeront à une hausse de 25 % des droits de douane déjà appliqués par les États-Unis. Via son réseau Truth social, le locataire de la Maison-Blanche a déclaré que la mesure prenait effet immédiatement. Par conséquent, ces surtaxes douanières s’appliqueront sur tous les échanges commerciaux effectués par les pays visés par les États-Unis.
A cet égard, notons que l’Iran, membre du groupe des producteurs de pétrole de l’OPEP, a exporté des produits vers 147 partenaires commerciaux en 2022, indiquent les données les plus récentes de la Banque mondiale. Ses principaux partenaires commerciaux sont la Chine, l’Irak, les Émirats arabes unis, la Turquie, la Russie, l’Irak et l’Allemagne. Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), c’est la Chine qui est la plus visée : plus d’un quart des échanges commerciaux de l’Iran ont été réalisés en 2024 avec Pékin. Et ce, pour 18 milliards de dollars d’importations et 14,5 milliards de dollars d’exportation
Bref, taper sur l’ennemi, là où cela fait mal sans se salir les mains, tel semble être la tactique de l’actuel locataire de la Maison Blanche et c’est plus conforme à son tempérament de promoteur immobilier.