L’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) dissèque les freins à la relance économique tunisienne. Entre dépendance structurelle, finances publiques engorgées et mise en œuvre défaillante.
Dans le cadre d’une analyse approfondie organisée par l’IACE, ce mardi 6 janvier 2026, la situation économique du pays se révèle marquée par une forte dépendance aux importations et une croissance timide. Et ce, malgré des signaux positifs dans le tourisme et l’industrie.
Ainsi la Tunisie tablerait sur 2,6 % de croissance en 2026 (hors nominale), portée par les services, mais freinée par un effet de base et des prévisions mondiales à 2,5%. Toutefois, l’industrie, levier clé, passe d’une zone négative à légèrement positive. Tandis que les exportations grimpent de 6 %, préfigurant un solde positif des équipements en 2028. Pourtant, le déficit commercial avoisine 5,8 mois de couverture. Il est aggravé par un déficit énergétique et une consommation dominée par les agents privés (30 %).
Inflation persistante et vulnérabilités sociales
L’inflation s’établit à 5 %, reflétant une certaine stabilité relève la Banque centrale. Mais les hausses de 21 % sur les produits alimentaires libres pèsent lourdement sur les classes moyennes et pauvres (7 % du panier). Le chômage des jeunes diplômés culmine à 24,9 % (41 % pour les jeunes globalement). La pauvreté remonte vers 18 %, et l’inégalité patrimoniale choque. En effet, 70% de la population ne détient que 10 % du patrimoine (indice de Gini du patrimoine, inspiré de Piketty). Environnementalement, la Tunisie se classe 81ème/180, avec un indice de santé à 80 et de viabilité à 100.
Finances publiques sous tension et fiscalité défaillante
La pression fiscale glisse à 25, 8%, mais l’évasion atteint 53 % chez les personnes morales. Seules 103 000 entreprises sont vraiment actives et déclarées (sur 800 000 estimées).
Les dépenses rigides (dette, subventions, salaires) absorbent 89 % du budget en 2026, ne laissant que 3-4 % pour l’investissement, souvent limité au règlement de projets en cours. Le déficit budgétaire fond de 3,5 % à 1,6 % grâce à la coupe des subventions carburant (-1 400 MD) et une dette extérieure allégée, compensée par plus de bons du Trésor domestiques.
Défis cruciaux de mise en œuvre
Près de 20 % des articles de loi manquent de décrets d’application, freinant le fonds de protection sociale ou les compensations pour les martyrs et victimes du terrorisme (seulement 50 % exécutés).
En résumé, les finances publiques tunisiennes évoquent un paquebot où 90 % de la cargaison est figée (dette, salaires, subventions). Ne laissant que 10 % de marge pour corriger la trajectoire ou booster l’investissement.