Tunisie : quel modèle économique pour les médias ?

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Le modèle économique des médias d’information est-il encore viable ? Plus encore, le droit à l’information est-il menacé ? Aujourd’hui, autant de questions nécessitent une réflexion sur l’avenir des médias et la pérennité des entreprises médiatiques. Cela dit, et bien avant de proposer quel modèle économique est nécessaire pour les médias, autant faire un diagnostic.

Sadok Hammami, enseignant à l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI), met l’accent sur la profession de journaliste qui se trouve dans un état de crise comme dans les autres institutions. Car, sans aucun doute, pour lui, le plus grand indicateur de cette crise est lié à la baisse de confiance des citoyens vis-à-vis des médias et de l’information. Tout en soulignant que d’autres facteurs entrent en jeu, notamment la présence des chroniqueurs n’ayant aucun background du métier de journaliste.

Ce qui fait qu’un citoyen lambda peut devenir du jour au lendemain chroniqueur dans une télé ou une radio… Et les exemples ne manquent pas. Ce qui nous amène à la réflexion suivante : l’urgence consiste à la fois à informer et à garantir les grandes valeurs journalistiques (la recherche de la vérité, l’exactitude, l’équilibre et l’objectivité).

Dans ce contexte, en 2023, on constate que ces mécanismes du droit à l’information demeurent très faibles, voire inactifs. C’est le cas du Conseil de la presse qui existe seulement sur le papier. Or sa mise en place est un atout considérable pour devenir un organe efficace.

 Le rôle de l’Etat

Slaheddine Dridi, ancien rédacteur en chef et directeur général de l’information, dresse un état des lieux du modèle économique après plus de 60 ans d’indépendance. Les médias privés avaient toujours un appui de l’Etat pour des considérations politiques.

Il précise dans ce contexte: “Bien avant 2010, l’Etat a soutenu les médias privés pour garantir leur pérennisation. C’est ce qu’on appelait aide publique directe et indirecte aux médias. Même les médias de l’opposition durant cette période ont bénéficié du soutien de l’Etat. Après 2011, les choses ont changé. En d’autres termes, l’Etat n’a plus la possibilité d’intervenir comme un acteur médiatique. Seuls quelques médias publics comme La Presse, Essahafa, la Radio nationale et la Télévision nationale restent soutenus par l’Etat. C’est-à-dire un modèle économique à l’ancienne. Par ailleurs, pour les autres médias comme Le Temps, Essabah, l’Etat n’intervient plus pour les aider. Ce qui a conduit certains médias après 2011 à disparaître… Mais avec l’ère de la démocratisation, il y a eu ce qu’on appelle un surplus de radios et de chaînes privées qui, au fil des années, n’ont pas pu assurer leur survie.

D’où la question essentielle, pour Slaheddine Dridi, à poser : quelles sont les solutions? La réponse est toute simple, il ne fallait pas accorder des autorisations à gauche et à droite. Pour la simple raison que “notre marché est réduit, exigu, avec plusieurs facteurs qui entrent en jeu. A savoir le nombre d’annonces publicitaires qui est très limité. Plus encore, le marché des lecteurs est restreint pour le cas de la presse écrite. Tout en ajoutant l’absence de modèle payant pour certains d’entre eux”.

Vers un modèle semi-gratuit, semi-payant

Il y a ce qu’on appelle l’exiguïté du marché qui impose ces conditions. Pour Slaheddine Dridi, il faut un modèle économique qui se coordonne avec la réalité du marché, soit un équilibre entre l’offre et la demande.

Autrement dit, la solution réside dans la mise en place d’un modèle semi-gratuit, semi-payant. Et pour y parvenir, le retour à l’Etat est nécessaire. Ce qui fait qu’au jour d’aujourd’hui, “l’Etat se venge des médias”.

Il ajoute: “La démocratie ne se limite pas au nombre de chaînes ou au nombre de radios. Ce qui amène à réfléchir sur les raisons qui ont fait que le modèle économique s’est graduellement effondré après 2011. C’est ce qui explique la disparition de plusieurs titres. De plus, l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer, au nom de la protection de la liberté de la presse. Il en va de même pour les syndicats qui se contentent de proposer des solutions de replâtrage conçues plutôt pour des considérations corporatistes. Il fallait prendre le taureau par les cornes. Mais la culture économique et managériale des responsables du secteur est un peu trop sommaire”.

En conclusion, le business modèle autonome du financement public exige un lectorat plus développé, un marché publicitaire dynamique, du professionnalisme et de l’innovation.

En somme, il faut être créatif dans l’offre éditoriale et chercher des créneaux porteurs. Car la solution stratégique est la refonte du rôle de l’Etat et des pouvoirs publics, en matière de soutien et de financement des médias, par des aides directes et indirectes via la création d’un fonds de soutien et de promotion des médias tunisiens.

“A travers mon humble expérience, j’appelle à un modèle économique mixte où il y a l’État, et le secteur privé, tels les créateurs de contenu, la société civile, et puis il arrivera un jour d’avoir le nombre de radios qu’il nous faut selon la demande du marché. Et ce qui manque actuellement, c’est l’innovation”, ajoute Slaheddine Dridi.

Aujourd’hui, il est du devoir de chacun d’être en mesure de creuser le sujet aussi bien dans le fond que dans la forme. Car bien avant d’exercer ce métier, le journalisme est une passion avant tout. Et comme disait Thomas Jefferson (1743-1826) : “S’il me fallait choisir entre un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, j’opterais pour la seconde proposition”.

 

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Nadia Dejoui
Nadia Dejoui, travaille depuis plus de 3 ans comme journaliste politique à l’Economiste maghrébin. Diplômée de l’ESJ-Paris-Tunis ( 2012), elle a acquis de l'expérience comme journaliste free-lance pour plusieurs sites d'actualité comme Webdo , Tunisie Numérique, Direct info et Mena-Post. Elle est passionnée par l’écriture créative et la gastronomie.

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