Abir Moussi a besoin d’une bonne dose… de zénitude…

Pour les islamistes d’Ennahdha, ainsi que pour le président de la République, Kaïs Saied, Abir Moussi est la femme à abattre. Mais quelle mouche l’a-t-elle piquée pour se mettre à dos les Américains, dans une polémique inutile et surtout improductive?

Abir Moussi paranoïaque? A-t-elle raison de se sentir la cible d’un complot dirigé contre elle pour casser son envol vers d’autres sommets? Il est vrai qu’avec les 29.9% d’intentions de vote en sa faveur lors des prochaines législatives, selon le dernier sondage réalisé par Sigma Conseil, la présidente du Parti destourien libre est désormais la Femme à abattre.

Vers une alliance contre nature?

D’ailleurs, elle n’est pas la seule à soupçonner ses pires ennemis, en l’occurrence le président de la République Kaïs Saied et le leader du mouvement islamiste d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, de chercher à oublier leurs querelles, pour l’instant. Afin d’unir leurs efforts pour l’empêcher d’accéder au pouvoir. N’est-il pas établi que l’ennemi de votre ennemi est forcement votre ami?

De la science fiction? Pas si sûr car, à en croire les sondages concordants, et si les législatives avaient lieu en décembre prochain selon la feuille de route  présidentielle, Abir Moussi emporterait haut la main le scrutin. Avec les clés du palais de la Kasbah en prime. Un scénario cauchemar pour le chef de l’Etat. Ainsi que pour l’ancien président de l’ARP défunte dont la haine pour elle et surtout ce qu’elle représente n’a d’égale que la répulsion presque épidermique qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.

Abir Moussi : une loi électorale à la carte

C’est certainement dans cette optique, et afin de dénoncer d’avance cette possible « alliance » contre nature que la cheffe du parti destourien a déclaré, hier jeudi 19 mai 2022, que la raison pour laquelle le président de la République veut changer la loi électorale est pour l’empêcher justement d’accéder au pouvoir.

« Pourquoi avez-vous peur de la boîte de scrutin? Vous voulez changer la loi pour m’empêcher de gouverner. Parce que Abir Moussi représente l’alternative qui menace le confort de la classe politique installée au pouvoir grâce au Printemps de la destruction ». Ainsi, interpelait-elle le président de la République, hier, sur les ondes de Mosaïque FM. Sachant qu’elle n’a cessé d’appeler à des élections législatives anticipées et qu’elle soupçonne fortement l’homme du 25 juillet de pencher vers un « diabolique » scrutin uninominal où les partis seront, stricto sensu, écartés.

Un combat don quichotesque

Changeant son fusil d’épaule, Abir Moussi s’est adressée « aux puissances étrangères » pour les prévenir « qu’ils ne réussiront pas à replacer leurs pions au pouvoir en Tunisie ». Pointant directement du doigt « les Américains qui ont aidé Rached Ghannouchi à revenir en Tunisie et à la gouverner pour la détruire, que leur projet est voué à l’échec ». Et de marteler, toujours sur Mosaïque FM: « Il faut que les Etats-Unis apprennent à respecter le peuple tunisien ».

Fait-t-elle allusion au supposé soutien que Hillary Clinton sous le règne de Barak Obama aurait apporté aux islamistes d’Ennahdha, et à Rached Ghannouchi en particulier, lors de ce qu’on appelle le Printemps arabe? Surtout, est-ce qu’elle soupçonne également l’actuelle Administration américaine de continuer à soutenir les islamistes en Tunisie?

Autres temps, autres mœurs. Car rien ne prouve que l’actuel locataire de la Maison-Blanche soit dans les pas de son illustre prédécesseur; même s’il était son vice-président. De plus, préoccupé par la montée en puissance de la Chine, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord semblent être le dernier de ses soucis.

De plus, quel intérêt a Abir Moussi à se mettre à dos la superpuissance américaine si elle était appelée un jour, peut-être en décembre prochain, à présider aux destinées de la Tunisie? Est-il judicieux de sa part d’embarquer Washington dans la cuisine intérieure tunisienne. Alors que jusqu’à présent l’administration Biden n’avait pas évoqué de près ou de loin le nom de Ghannouchi et qu’elle semble même avoir « toléré » la suppression du Parlement et donc la mise à l’écart du leader historique d’Ennahdha?

Il ne faut pas réveiller le loup qui dort si l’on aspire à diriger l’exécutif, et pourquoi pas lorgner plus tard vers Carthage. Pour cela, il lui faudra de la sérénité et davantage de self-control.

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