Hechmi Louzir: « La crise sanitaire est derrière nous »

Dans cette interview accordée à l’Economiste Maghrébin, Hechmi Louzir, DG de l’Institut Pasteur et qui est en même temps membre du comité scientifique de lutte contre le coronavirus, donne des éclairages sur ce qui fait la force de cette institution, sur ses activités et sur ces projets futurs. ( Extraits)

 

La Tunisie figure parmi les six pays africains (Égypte, Nigeria, Afrique du Sud, Sénégal et Kenya) choisis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la fabrication et la commercialisation des vaccins à ARNm contre la Covid-19 ? Quelle forme prendra la décision de l’OMS ?

Pour l’histoire, il y a eu, au mois de mars 2021, un appel à expression d’intérêt de l’OMS pour identifier les structures et entités qui peuvent accepter et qui sont prêtes à implémenter la technologie nécessaire à la production des vaccins à ARN messager (ARNm), entre autres, orientée au départ sur le vaccin anti-Covid-19.

Bien entendu, on leur a expliqué qu’en Tunisie, il y a un écosystème, voire un environnement, favorable surtout en termes de ressources humaines qualifiées, chose que d’autres pays n’ont pas.

On leur a mentionné aussi que la Tunisie dispose d’un environnement favorable en termes de régulation, en termes de lois qui gèrent tout ce qui est santé, tout ce qui est circulation des vaccins, sécurité avec des laboratoires nationaux de contrôle, avec une inspection pharmaceutique (direction des médicaments), une pharmacovigilance. Autant de mécanismes qui fonctionnent bien. C’est ce qui nous a permis d’être retenus par l’OMS. La candidature de l’entité tunisienne, en l’occurrence l’Institut Pasteur de Tunis, a été acceptée en conséquence.

C’est un beau projet. On est en train d’avancer avec les équipes de l’OMS qui ont déjà identifié un hub en Afrique du Sud, qui sera notre vis-à-vis. On a identifié aussi une structure en Corée du Sud, qui va assurer la formation du personnel et prendre en charge les différentes phases de la consécration du projet. On espère être en mesure de réaliser ce projet.

On nous prédit une 4ème vague. Faut-il s’en inquiéter ou s’en tenir aux précautions d’usage : port du masque… ?

L’histoire de vagues prochaines est basée sur des modèles mathématiques. Pour toute action dans le futur, il faudra toujours faire des modèles et des prédictions.

Pour les prochaines vagues, les prédictions tiennent compte du délai entre le moment où on parle de vague et la dernière dose de vaccin.

« Personnellement, j’estime qu’en Tunisie, la population a acquis une bonne immunité »

En fait, s’il va y avoir une vague, ou même une vaguelette ou un rebond, c’est le pool des personnes qui ont bénéficié, depuis plus de six mois, de la dernière dose ou qui ont contracté le virus depuis trois mois, qui sont concernées. Personnellement, j’estime qu’en Tunisie, la population a acquis une bonne immunité.

On estime que la population a été en contact avec le virus deux fois, et pas nécessairement avec la maladie. Ce sont des formes asymptomatiques, simples, toujours d’après les modèles. Il faut ajouter à cela une bonne couverture vaccinale.

Donc, nous avons atteint – on ne parle pas nécessairement d’immunité collective – un niveau d’immunité à l’échelle des individus relativement important. Le virus a bien circulé en Tunisie, mais on a fait une bonne vaccination.

Y a-t-il un risque que la saison touristique soit compromise ? On va passer un bon été, à moins qu’il soit intoxiqué par la politique !

Je pense qu’on va passer un bon été. J’espère que la saison touristique va reprendre dans de bonnes conditions, d’autant plus que les restrictions à l’entrée de la Tunisie ont été allégées. Auparavant, on exigeait que les personnes, pour entrer en Tunisie, soient vaccinées. Maintenant, un simple test négatif suffira.

Le principe étant qu’il n’y a pas de risque particulier ni pour la personne ni pour la population tunisienne. Ce qui est bien, c’est que jusque-là, il n’y a pas eu de variant qui a échappé au contrôle. Mieux, l’histoire des épidémies a montré qu’il n’y a jamais eu des épidémies qui ont duré au-delà de trois ans.

Le virus s’atténue, les gens développent une immunité. La pandémie, soit elle va disparaître complètement, soit on va passer à l’endémicité, qui signifie la continuation de la circulation du virus occasionnant, de temps en temps, quelques cas graves, exactement comme pour la grippe.

 

(Interview publiée en intégralité dans le n°844 de l’E. M. du 11 au 25 mai 2022).

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