Tunisie : plusieurs gouvernorats ont perdu la moitié de leur capacité à créer de l’emploi

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L’incapacité de la plupart des gouvernorats tunisiens à créer des opportunités d’emploi pour leurs résidents est enracinée dans les choix politiques et économiques des gouvernements depuis l’Indépendance. Telle est, entre autres, l’une des conclusions de l’article économique « Les choix politiques et économiques en Tunisie freinent la création d’emplois au sein des gouvernorats », écrit par Jawhar Abidi pour l’Observatoire tunisien de l’économie, aujourd’hui, 1er octobre.

Pour argumenter sa thèse, le chercheur a recouru à un graphique. Ce graphique montre la répartition des opportunités d’emploi  pour 1 000 citoyens entre 2009 et 2018 au sein des 24 gouvernorats de la Tunisie. Cette distribution se classe en trois catégories.

Le premier groupe (les 6 premières régions) est constitué de régions fortement interconnectées en termes de transport, logistique et de capacité à attirer des investissements étrangers.

Le deuxième groupe comprend les régions à activité économique modérée. Et le dernier  groupe (les six dernières régions) comprend les régions à faible activité économique en termes de nombre d’entreprises et d’investissements,  et par conséquent beaucoup moins d’opportunités d’emploi pour ses habitants. Plus précisément, Sidi Bouzid, Médenine, El Kef, Kébili et Kairouan sont restés les gouvernorats avec les plus faibles taux de création d’emplois par habitant au cours des dix dernières années, même après la révolution dont la principale revendication était l’emploi.

Le chercheur pointe du doigt « une focalisation excessive sur les politiques de commerce  extérieur et sur les chaînes internationales de valeur ajoutée ». D’après le chercheur, cette focalisation a causé « des disparités régionales importantes : les régions côtières disposant
d’aéroports de proximité sont devenues plus attrayantes pour les capitaux nationaux et internationaux, laissant la plupart des régions de l’intérieur très loin en termes d’accès au développement ».

Dans ce contexte, il affirme que l’investissement direct étranger au sein du gouvernorat de  Tunis (7 680 millions de dinars tunisiens) est six fois celui des six derniers gouvernorats en termes de création d’emplois réunis (1 403 millions  de dinars tunisiens). Les zones côtières sont plus attrayantes pour les industries, abritant environ 90% des petites et moyennes entreprises ainsi que la majorité des unités touristiques et manufacturières, selon l’Agence de promotion des investissements étrangers.

Par ailleurs, Jawhar Abidi pointe du doigt « l’instabilité politique et la faible dynamique du secteur privé qui compliquent également la situation ». Et de rappeler que les données de l’Agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant indiquent que la plupart des gouvernorats ont perdu la moitié de leur capacité à créer de nouvelles opportunités d’emploi dans le secteur privé après la révolution.
Enfin, le chercheur recommande  l’élaboration d’un catalogue d’investissement spécifique à chaque région. Ce catalogue doit permettre de diagnostiquer le potentiel réel et de tirer parti des besoins et des avantages spécifiques de chaque gouvernorat. Il s’agit d’une  « nécessité pour promouvoir une équité régionale en termes de création d’emplois ».

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