Le « oui, mais » de Washington à Kaïs Saïed

Washington USA Tunisie

En refusant de qualifier les décisions exceptionnelles du 25-Juillet de « coup d’Etat », Washington semble en avoir pris acte avec une certaine bienveillance tout en exprimant ses craintes quant aux éventuelles dérives autoritaires de celles prises le 22 septembre.

Fiasco total, du moins jusqu’à nouvel ordre. La croisade menée tambour battant par le parti islamiste d’Ennahdha- y compris le lobbying douteux d’un certain Radwan Masmoudi lequel appelle ouvertement à l’ingérence étrangère pour « sauver la démocratie en Tunisie » ; et ce  pour pousser Washington à qualifier les décisions exceptionnelles de Kaïs Saïed du 25 juillet et celles prises le 22 septembre, de « Coup d’État »- n’a pas porté les fruits escomptés.

Pas d’étiquette

Car, une lecture fine et entre les lignes, langage diplomatique oblige, du point de presse, donné vendredi dernier à Washington par le porte-parole du Département d’Etat, Ned Price et  relayé par un communiqué émanant de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, indique que Washington refuse pour le moment de mettre une étiquette sur les décisions du président Saïed depuis le 25 juillet.

« Il est  plus important de se concentrer sur l’aide à apporter à la Tunisie pour l’accompagner sur la voie démocratique, que de débattre sur l’appellation à donner à ces événements », soulignait Price.

Toutefois, insiste le porte-parole du Département d’Etat, Washington invite le président de la République, Kaïs Saïed, « à nommer un Premier ministre pour former un gouvernement capable de répondre aux exigences de cette période ».

Pour un « plan clair » et des « réformes inclusives »

« Nous partageons l’aspiration du peuple tunisien à un gouvernement démocratique qui réponde aux besoins du pays alors qu’il lutte contre les crises économique et sanitaire »,  a déclaré Ned Price en affirmant que son pays est «  préoccupé que les mesures transitoires se poursuivent sans une fin claire ». Ajoutant que Washington « fait écho aux appels des Tunisiens pour que le président articule un plan établi selon un calendrier clair, pour engager un processus de réforme inclusif qui associe la société civile et les diverses voix politiques ».

Un décret qui pose problème

Que révèle ce message? Que Washington a pris acte que les mesures exceptionnelles prises par le président de la République le 25 juillet sont légitimes car adoubées par la majorité des Tunisiens. Néanmoins, c’est le décret 2021-117 qui pose problème. Ce qui explique « la préoccupation » des Américains que ces mesures transitoires «  se poursuivent sans une fin claire ».

L’ARP caduque de facto ?

Comment sortir de la crise ? Le porte-parole du Département d’Etat assure  que l’Administration des USA se joint au peuple tunisien « pour demander au président Kaïs Saïed de nommer rapidement un gouvernement compétent et démocratique, qui pourra faire face aux crises économique et sanitaire ».

En effet, ajoute le communiqué, le Président doit nommer un Premier ministre pour « former un gouvernement »  et présenter un « plan avec un calendrier clair pour un processus de réforme inclusif ».

Traduction ? Cela veut dire en clair, dans un communiqué officiel où chaque mot est minutieusement pesé, que Washington n’exige pas la nomination d’un chef du gouvernement, lequel est sensé obtenir l’aval du Parlement, mais un Premier ministre nommé directement par le Président sans passer par le feu vert d’une ARP dissoute et caduque de facto.

A remarquer dans ce contexte que le communiqué émanant du Département d’Etat ne fait aucune allusion au rétablissement de la légitimité parlementaire, comme si Washington avait intégré que le l’ARP dissoute appartienne désormais au passé et  qu’il faille passer à une autre étape : des législatives anticipées.

Mais attention, cela ne veut nullement dire que les Américains donnent un blanc-seing à Kais Saied. Lequel est appelé à « achever les réformes entreprises, et ce, en concertation avec les forces politiques du pays ».

Une manière de lui rappeler fermement que le refus du dialogue et la mise à l’écart des partis politiques, des organisations nationales et de la société civile ne peut aboutir qu’à des dérives autoritaires. Donc gare !

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