La « guerre contre la terreur » : la fin d’une guerre sans fin ?

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20 ans après, les attaques terroristes du 11 septembre 2001 sont définitivement entrées dans l’Histoire. L’hyperpuissance américaine ne s’en est jamais vraiment relevée. Elle a été frappée sur son propre territoire, en plein cœur de ses capitales symboliques, New York et Washington. Sur des « sites-cibles » phares de sa puissance financière (les tours jumelles du World Trade Center) et militaire (le Pentagone). Tournant d’un déclin américain. Ces attaques ont suscité un interventionnisme d’essence idéologique par lequel les États-Unis devaient imposer par la force les « valeurs de la démocratie ». Soutenu par des conseillers néoconservateurs du président Georges W. Bush (Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Richard Perle, Condoleezza Rice, Paul Wolfowitz), ce tournant des relations internationales s’est accompagné d’un basculement dans la bataille des récits. En effet, le discours dominant de la « globalisation heureuse » a laissé place à la « lutte contre l’axe du Mal »; et à une « guerre contre la terreur » aux intonations vengeresses. Une croisade des temps modernes qui s’est conclue par le chaos en Irak et une défaite politico-symbolique en Afghanistan.

Le 7 octobre 2001, une coalition menée par les États-Unis a envahi l’Afghanistan, au nom d’une légitime défense justifiée par la protection qu’offrait le régime taliban à Al-Qaïda, organisation à l’origine des attaques terroristes du 11 septembre. La coalition a réussi facilement à chasser les talibans du pouvoir, mais elle s’est embourbée sur le terrain militaire et politique afghan. Car la géographie du pays, la réalité tribale et la corruption endémique ne permettaient pas de mettre en œuvre le schéma idéal et théorique de la « nation building ».

L’échec de l’exportation de la démocratie par la force

La « guerre contre la terreur » a montré toutes ses limites avec le retrait américain de l’Afghanistan et la reprise de Kaboul par les talibans. En sus de son coût financier et humain, le bilan politique, moral et symbolique de l’invasion de l’Afghanistan s’inscrit dans la lignée de la tragédie irakienne.

Ironie de l’histoire, cette intervention militaire qui prétendait vouloir exporter la démocratie est à l’origine de la naissance d’une créature djihadiste plus destructrice encore qu’Al-Qaida: Daech. L’ « Etat islamique », organisation terroriste aux prétentions califales, frappe indistinctement les mondes arabe, musulman et occidental. Une violence qui se déchaîne sur fond de montée d’idéologies identitaro-nationalistes dans le monde.

La montée des diverses variantes de l’islamisme en est une manifestation spectaculaire. Mais ce n’est pas la seule, loin s’en faut. Un national-populisme teinté de xénophobie agite les démocraties occidentales américaine, européenne ou encore israélienne.

La « guerre » déclarée contre une chose aussi mal identifiée que « la terreur » s’est révélée être une « guerre sans fin ».

Elle a été progressivement abandonnée (par pragmatisme) par B. Obama, avant la rupture assumée par D. Trump (au nom d’un nationalisme isolationniste). J. Biden confirme la fin du chapitre.

Toutefois, le déclin du néo-conservatisme est à nuancer et à relativiser. Si la page de l’interventionnisme au nom de la démocratie et de la « nation building » est tournée, les représentations qui l’ont légitimée perdurent et continuent d’imprégner les consciences. À telle enseigne que la matrice idéologique du néo-conservatisme est désormais érigée en pensée dominante, ou presque.

La conviction d’un choc des civilisations perdure

Théorisée par le politologue américain Samuel Huntington, la croyance dans un « choc des civilisations »  (selon lequel l’ordre du monde tient à un conflit de systèmes de valeurs dans lequel la civilisation islamique menace l’Occident) est en effet profondément ancrée dans nos imaginaires individuels et collectifs. Une imprégnation qui représente en soi une victoire politique pour les néoconservateurs. Si ces derniers sont historiquement issus de la bataille idéologique anti-communiste, avec la fin de la guerre, la figure de l’ennemi stratégique et symbolique a pris les traits de l’islam.

Aux Etats-Unis, puis en Europe, l’incapacité supposée des sociétés arabes ou musulmanes à adhérer à la modernité, assimilée aux valeurs de démocratie, de centralité de l’individu et de sécularisation, s’est répandue dans les milieux politiques et intellectuels. Une lecture culturaliste qui vient figer la représentation des musulmans dans l’image d’une masse informe, archaïque, à la fois soumise et incontrôlable (si ce n’est par la force). Une vision conflictuelle dont on est loin d’être sorti…

 

 

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