La Banque Mondiale et les ruses de la raison (1/3)

Banque mondiale Tunisie

Deux poissons rouges tournent en rond dans un bocal. Soudain, l’un dit à l’autre : « – Qu’est-ce qu’on fait pour les vacances ?

– Si on tournait dans l’autre sens ? » répondit l’autre.

Cette courte blague résume à merveille l’essence de la politique de l’absurde pratiquée par ceux qui ont pour mission de diriger ce pays. En effet, que fait le président de la République, désormais détenteur des trois principaux organes de l’État en plus du judiciaire, sinon continuer à vouloir nous duper ? En nous faisant croire qu’il suffit d’éradiquer la corruption et de traquer les corrompus au nom de la sublime volonté du peuple pour que le monde tourne rond ?

Or, au vu des résultats bien modestes de ces campagnes « mains propres », force est de constater qu’on peut le faire tourner mieux.

Le pauvre Hichem Mechichi avait exploré, à sa manière, quelques pistes pour la restructuration de la dette souveraine et la présumée relance de l’économie. Ses démarches n’avaient pas trouvé appui et soutien auprès d’un FMI. Lequel, le jugement sévère et l’argumentaire intransigeant, subordonnait à d’exigeantes et irréalisables conditionnalités toute aide financière.

Ceci, afin d’éliminer les éléments de parasitisme qui font pulluler la mendicité des appauvris, qui se servent de l’aide internationale pour assurer en priorité les salaires d’une administration publique pléthorique, de plus en plus inefficace et malhonnête.

« Au vu des résultats bien modestes de ces campagnes mains propres, force est de constater qu’on peut le faire tourner mieux »

A peine remis du camouflet infligé par le FMI, qu’on voit débarquer, tambour battant, la Banque Mondiale. Et ce, en la personne de son vice-président pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).

A quoi rime cette visite et pour quels motifs ? Y aurait-il encore des traites impayées ? La BM serait-elle poussée par la curiosité malsaine de constater, de visu, comment on arrive à faire fonctionner un pays sans gouvernement ? Ou est-ce une ultime mise en garde aux autorités financières du pays avant de passer le relais à la Croix Rouge Internationale connue pour faire de la lutte contre la pauvreté sa priorité ?

La visite de Ferid Bel Haj ne visait pas tant à négocier les modalités de relance de la machine économique, qu’à déterminer la valeur déclarative de ses nombreux contacts, à commencer par le sommet.

D’abord un entretien avec un chef d’Etat désormais investi de tous les pouvoirs qu’il exerce de façon absolue et réputé être par nature incompréhensif et obstiné.

Viennent ensuite des discussions entre un baron de l’aristocratie des banquiers et des débiteurs gravement affectés par la dette. En fait certains membres de ce qui reste d’un gouvernement d’affaires courantes.

Enfin, l’accueil plein de cordialité du gouverneur de la Banque centrale, devenu un inconditionnel d’une création monétaire pragmatique et vertueuse.

Plus d’un mois après le tournant du 25 juillet 2021, il fallait donner au missi dominici de la Banque Mondiale, un compatriote, juriste de formation devenu dirigeant d’un organisme prêteur, l’occasion de déterminer certaines caractéristiques du discours de ses interlocuteurs qui échappent habituellement aux rapports ou comptes-rendus de simples experts ou du Représentant-Résident du Bureau de la BM en Tunisie.

Dans ce genre de cérémonie, la mise en scène est réglée comme du papier à musique. D’un côté, on fait comme si de rien n’était. On appelle au soutien de la Banque Mondiale pour nous aider à engager une énième politique des réformes.

« On appelle au soutien de la BM pour nous aider à engager une énième politique des réformes »

De l’autre, des propos erronés que l’on répand pour masquer la vérité. On se félicite de la qualité de la coopération et la disponibilité de la Banque Mondiale à apporter son appui pour accompagner la Tunisie dans son processus de développement socio-économique.

On croit rêver ! Après plus de 60 ans d’indépendance, de moult réunions et de mensonges de légitimation de tous les modèles et théories économiques, on en est encore à la sémantique du sous-développement et aux leçons magistrales, censées nous faire rêver sur le bien-fondé du capitalisme altruiste pour aider les pays en difficulté à retrouver une situation économique plus saine.

En ces temps de néolibéralisme débridé, les économistes des Institutions Financières Internationales (IFI) entonnent toujours et sans relâche le même cri de ralliement : Allez les privatisations ! Allez les marchés ! Halte aux dépenses publiques ! Halte aux produits subventionnés et des aides sociales directes !

Mais voilà qu’ils s’étonnent après-coup de l’exacerbation de la pauvreté, de l’abaissement des niveaux de vie, de l’aggravation des déséquilibres et du mécontentement social général.

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