Dette souveraine : l’étau se resserre

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La façon dont le Budget de 2020 a été financé continue à peser sur les mouvements du Trésor cette année. En fait, il vient d’annoncer qu’il a réussi à lever 1 002,3 MTND lors d’une sortie sur le marché interne, sous forme de Bons de Trésor à court terme (BTCT). Les participants devront payer aujourd’hui ce montant de dette. Ce qui permettra à l’Etat de rembourser une ligne de 1 000 MTND obtenue il y a 52 semaines.

Les équipes du Ministère des Finances continue donc, et elles n’ont pas d’ailleurs le choix, à minimiser leurs sorties nets de trésorerie. Et ce, en renvoyant les problèmes à l’année prochaine. Petit souci: le calendrier de remboursement pour cette année est encore garni, surtout vers sa fin. A savoir 252 MTND pour le mois de novembre et 1 810 MTND pour décembre. Ces montants de la dette ne concernent que les BTCT.

Plus de 2 milliards de dinars à rembourser encore

Nous pouvons donc imaginer la pression sous laquelle le Trésor devrait terminer l’exercice et la dynamique des émissions qui en découle. Pour rappel, en 2020, la Banque centrale avait financé directement le Budget, quelque chose d’impossible cette année. L’opération n’avait pas plu aux bailleurs de fonds internationaux et il y a une prise de conscience sur les conséquences de ladite opération. L’inflation que nous sommes en train de retrouver aujourd’hui est due, en partie, à ce financement direct.

Pour le moment, l’Etat peut compter sur la capacité des banques à couvrir partiellement son déficit. Cela permet de créer de la monnaie dans un cadre bien réglementé d’une part, et aux banques de rentabiliser leurs fonds d’une autre part. L’activité d’octroi de crédits a décéléré avec une qualité d’actifs de plus en plus mauvaise. Les Bons de Trésor représentent un placement sans risque et qui rapportent bien, y investir est une décision rationnelle.

Reprofiler la dette est inévitable

Toutes ces opérations montrent que l’Etat a vraiment des difficultés structurelles. Mais elles ne posent pas de problèmes puisqu’il s’agit encore de notre cuisine interne. Maintenant, le plus dur serait de gérer les dettes en devises. Il faut sérieusement penser à une large opération de reprofilage: emprunter sur de nouvelles lignes de longues maturités des montants importants; et racheter de la dette de façon à alléger le poids des remboursements annuels. Tout en donnant une bouffée d’oxygène aux finances publiques.

Une opération d’envergure, par rapport à notre taille, avec un accord-cadre avec le FMI et une feuille de route permettront un tel mouvement stratégique. Au lieu d’aller au Club de Paris, pourquoi ne pas tenter une telle démarche? Les autres dettes bilatérales peuvent être discutées de gré à gré. Surtout que nos créanciers sont des pays amis, notamment la France, le Qatar et l’Arabie saoudite.

Il convient donc de faire fonctionner la machine diplomatique pour pouvoir faire un tel mouvement. Ce qui s’est passé le 25 juillet 2021 a donné à la Tunisie une seconde chance. La Révolution, considérée comme inachevée, a retrouvé un peu d’éclat.

Mais la dimension politique à elle seule ne suffit pas. Il faut qu’elle soit accompagnée par des mesures économiques qui donnent de la crédibilité à la Tunisie. Peut-être certaines mesures peuvent paraitre comme impopulaires. Mais c’est le moment où jamais de capitaliser sur la confiance des Tunisiens envers le Président pour dire les vérités. Les réformes douloureuses sont inévitables. Nous avons une fenêtre de quelques semaines. Une fois passées sans action, il serait difficile de retrouver une nouvelle chance pour sortir de la crise selon notre propre plan.

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