L’argent a un coût difficile à faire baisser par simple décision.

taux d’intérêt

Le Président de la République Kais Saied a appelé lors d’une réunion avec les représentants de l’APTBEF dans le cadre du marathon d’entretiens qu’il organise depuis le 25 juillet 2021 à faire baisser les taux d’intérêt appliqués par les banques. Le président de la République a formulé la même requête auprès des pharmaciens et des acteurs de la grande surface. Leurs interactions positives n’ont pas tardé à venir. Mais toujours rien de la part de l’industrie financière, une réaction attendue et, surtout, logique.

La marge d’intérêt est un élément clé

Le taux d’intérêt n’est pas fixé arbitrairement, mais il résulte de deux principales composantes : le coût de ressources, assimilé au TMM, et une prime de risque qui peut différer selon la région, la société ou le secteur d’activité. Pour une banque, faire baisser les taux en déconnexion avec la réalité économique signifie concrètement sacrifier sa marge.

Selon les chiffres des banques cotées au second trimestre 2021, la marge d’intérêt représente 48,4% du PNB global, soit la contribution la plus faible depuis une longue période. Au vue de la nature de l’activité des établissements de crédit tunisiens, c’est un facteur déterminant pour leur profitabilité. Les revenus de portefeuilles d’investissement restent volatils et il vaut mieux compter sur les produits d’exploitation récurrents. Les banques ont même dû revoir leurs commissions à la hausse. Et elles se sont établies à 293,927 MTND au cours de second trimestre 2021. Pour rappel, dans son dernier rapport sur les banques, S&P avait signalé que la rentabilité des banques tunisiennes est modeste, passant sous la barre de 10% en 2020.

En même temps, il y a une hausse des coûts. Au premier trimestre 2020, la marge d’intérêt représentait 1,24x les charges opérationnelles. Aujourd’hui, ce ratio est passé à 1,1x et il devrait encore s’effriter après les dernières augmentations salariales.

Par ailleurs, cela sans oublier que le secteur a une longue série de défis qui ont tous un point commun : ils coûtent énormément d’argent. A court terme, il y a le passage aux normes IFRS et l’amélioration de la qualité des bilans à travers des politiques de provisionnement plus agressives. A cela, s’ajoute l’obligation de continuer les investissements en infrastructure et les obligations fiscales puisque la contribution conjoncturelle est toujours d’actualité cette année.

Les taux ne peuvent que monter

En effet, les banques gagnent certes, de l’argent, mais ce ne sont pas des géants comme on le pense. Elles ont des faiblesses structurelles. Et il suffit de lire n’importe quel rapport du FMI ou de la Banque Mondiale pour comprendre que l’image véhiculée sur le secteur n’est pas tout à fait réelle. De plus, elles jouent un rôle fiscal important puisqu’elles représentent le premier contributeur à l’impôt sur les sociétés. Faire baisser les taux même d’un demi-point de pourcentage coûtera des dizaines de millions de dinars.

En effet, cette manœuvre reste toutefois possible si l’Etat fait correctement son job. Car le Taux Directeur reste une fonction de l’inflation. Si les circuits de distribution sont bien contrôlés, les prix des produits locaux vont baisser. Si l’Etat parvient à stabiliser l’approvisionnement du pays en énergie via des contrats à moyen et long termes bien négociés tout en couvrant ses positions par des options, il pourra relativement stabiliser le prix des carburants et éviter les fortes fluctuations.

A court terme, la baisse ne pourra venir que des primes de risque. Actuellement, le manque de visibilité rend automatiquement l’argent plus cher. Nous n’avons pas de gouvernement ni de plan de relance ni même un vis-à-vis avec les bailleurs de fonds internationaux. Et c’est au Président maintenant de nommer les bonnes personnes qui donnent une dose de confiance aux opérateurs économiques. Les perspectives de tous les secteurs d’activité sont en train de s’assombrir, ce qui pousse les taux vers le haut.

Même pour le Trésor, les taux seraient plus élevés lors des prochaines émissions de BTA/BTCT. Plus les taux appliqués à l’Etat augmentent, plus ceux des entreprises le sont aussi.

Tous ces facteurs font qu’une décision de réduction des taux ne verra pas facilement le jour. Pour certains établissements, ils ne pourront pas le faire car ils sont déjà en difficulté. Probablement, le choix sera laissé aux banques et selon le profil du client. Affaire à suivre.

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