Non assistance à un pays en danger

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Réforme, entend-on dire par-ci sans se presser d’agir, relance, qui revient comme en écho par-là, sans ouvrir les cordons de la bourse. Sans qu’il y ait de véritables concertations entre les uns et les autres. Comme si celle-ci pouvait prendre corps sans celle-là.

Comment peut-on avoir la force morale d’afficher une volonté de réforme, sans pouvoir faire le ménage dans la fonction publique et sans être en capacité d’éteindre les foyers d’incendie qui ravagent les entreprises publiques, lâchées par la puissance tutélaire, qui n’en fait plus sa principale préoccupation ?

Elles sont livrées à elles-mêmes et subissent sans arrêt les revendications des salariés et les assauts des sans-emplois et des damnés de la terre, notamment dans les régions sinistrées. Elles ont cessé d’être des entreprises pour n’être que le réceptacle des protestataires et de la misère nationale: un champ clos d’affrontement, de violence sociale et institutionnelle. Même à l’agonie, elles continuent d’être le théâtre d’une guerre pour le partage d’une valeur ajoutée qu’elles ne pourront plus produire.

De quelles réformes parle-t-on quand, en l’an X de la révolution, le Groupe Chimique, de guerre lasse, éconduit par les banques de la place, trouve le salut -jusqu’à quand – auprès d’une banque étrangère pour lui prêter de quoi s’approvisionner en matières premières et en équipements ?

La Tunisie, jadis deuxième pays exportateur mondial de produits phosphatiers, est contrainte aujourd’hui d’emprunter pour importer ce qui faisait sa principale richesse, perdant au passage ses marchés, ses clients et sa réputation dans le monde.

Qui doit répondre de ce crime commis au vu et au su de tout le monde ? Qui faut-il incriminer pour non assistance à un pays en danger ?

La mise à mort programmée du complexe chimique est loin d’être un cas isolé. C’est le sort d’un grand nombre d’entreprises publiques, figures de proue, il y a peu, de notre appareil productif, avant de connaître les affres de la relégation et de tomber en déshérence.

« Comment peut-on avoir la force morale d’afficher une volonté de réformes, sans pouvoir faire le ménage dans la fonction publique et sans être en capacité d’éteindre les foyers d’incendie »

On mesure, au vu de la gravité de la situation, l’étendue du décalage entre le discours officiel et la réalité. On prend acte de la vacuité, de la vanité des incantations réformatrices, peu susceptibles d’être suivies d’effet et on réforme, sans conviction ni relance, sans carburant.

Relancer sans qu’il y ait un plan de relance ? Avec quels moyens et avec qui, lorsque le loyer de l’argent est le double chez nous du cumul des taux marocains et algériens ?

Difficile d’imaginer une relance économique, sans une politique monétaire accommodante. On ne peut allumer les feux de la croissance, en l’absence d’une politique de vaccination digne de ce nom.

La production repart dans le monde, qui s’ouvre de nouveau sur les échanges commerciaux, les IDE, le tourisme, la culture et les loisirs, quand la Tunisie est de nouveau contrainte au reconfinement, à se refermer sur elle-même et à s’isoler.

Tous les experts s’accordaient à dire, depuis le déclenchement de la pandémie et l’effondrement des économies, qu’il ne pouvait y avoir de relance sans une politique de vaccination sur une grande échelle. Vaines mises en garde ! Nos politiques n’ont pas pris la mesure de la nécessité d’acquérir le vaccin à temps. Il fallait, pour cela, qu’ils puissent s’extraire du carcan bureaucratique et de leurs querelles existentielles.

Plus de 13 000 victimes de la Covid-19, dont on ne se consolera jamais, et plus de 50 000 entreprises sont passées de vie à trépas, entraînant ainsi la disparition de milliers d’emplois.

« Nos politiques n’ont pas pris la mesure de la nécessité d’acquérir le vaccin à temps »

On a perdu sur les deux tableaux : on a laissé mourir les gens et provoqué la disparition d’entreprises qui ont perdu leur immunité, sous la déferlante des troubles des dix dernières
années. Un vrai gâchis humain et matériel. Et une vaste entreprise de destruction de valeur et de richesse.

Après cela, les voix pas toujours concordantes qui préconisent à l’envie projets de réformes et nécessité de relance, paraissent peu audibles et comme lointaines. Et à la limite,
surréalistes, ubuesques et kafkaïennes.

À moins qu’une fois de plus, l’imminence du danger fasse naître chez nous un sursaut salvateur. Ultime espoir : nous accrocher à notre instinct de survie, jamais entamé jusque-là.

Il n’est pas exclu, c’est dans notre ADN, qu’en touchant le fond, on aurait encore les ressources et les ressorts nécessaires pour rebondir à la surface de la terre, envisager sereinement l’avenir et nous projeter dans le nouveau monde qui arrive.

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