Négociations avec le FMI : le débat entre Ali Koôli et Tabboubi était houleux

FMI

Y avait-il accord entre le gouvernement et les partenaires sociaux sur les principaux axes des réformes présentées au FMI? Le ministre de l’Economie, Ali Koôli, l’affirme. Alors que le patron de la centrale syndicale assure tout ignorer du contenu de ce plan. Ambiance.

On raconte qu’un époux jaloux ayant découvert l’infidélité de sa femme, a choisi de la punir… en se castrant lui-même! Cette anecdote s’applique parfaitement à notre classe politique qui se distingue par une particularité qui déroute même nos amis à l’étranger; y compris le FMI. Tout déballer sur la place publique, laver notre linge sale au vu et au su de tous.

Tendance à l’autoflagellation, masochisme maladif, naïveté excessive ou volonté délibérée de certains de porter atteinte aux intérêts vitaux de la Nation?

FMI : la bourde du Président

Hier, le président de la République, Kaïs Saied, en visite officielle en France pour participer au Sommet euro-africain au profit des économies des pays africains durement sinistrés par la pandémie, déclarait tout de go, du studio de France 24, que la Tunisie avait certes besoin d’argent; mais surtout de justice sociale, d’un climat politique sain et de l’éradication de la corruption. Et de prononcer la phrase fatale: « Le climat politique est malsain et n’incite pas à l’investissement. »

Un débat d’une violence rare

Avant-hier, et en pleines négociations avec le FMI pour solliciter un gros prêt de plusieurs milliards de dinars, un débat d’une violence inouïe opposa le ministre de l’Economie, Ali Koôli, au SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi justement sur ce sujet. Montrant à l’occasion aux experts de cette organisation internationale, qui scrutent scrupuleusement ce qui se passe sur la scène tunisienne,  que les responsables tunisiens n’avancent pas en rang serré. Par conséquent, rien ne garantit à l’avenir que les éventuels accords avec Washington soient respectés.

Tabboubi : « Rien qu’une photo de famille »

Jugez-en par vous-même. Invité sur le plateau d’Attessia dans la soirée du mercredi 19 mai pour parler des négociations en cours avec le FMI ainsi que de la grève dans le secteur des Finances, M. Koôli affirmait qu’il y avait accord avec les partenaires sociaux sur les principaux axes des réformes.

Coup de théâtre. En pleine interview, le patron de centrale ouvrière, Noureddine Taboubi, demanda d’intervenir à distance pour avoir le droit de réponse aux propos du ministre, jugés « inexacts » et même « abusifs ». Assurant à l’occasion tout ignorer du contenu du plan présenté au FMI et niant tout engagement préalable de l’UGTT pour soutenir cet éventuel accord. « Pour convaincre ses interlocuteurs à Washington, le gouvernement de Hichem Mechichi ne fait qu’arborer les organisations nationales pour une prétendue photo de famille ». Ainsi lui a-t-il lancé, sarcastique.

« Vous avez abusé de notre confiance, alors que nous étions de bonne foi. Nous voulions démarrer un partenariat avec le gouvernement sur des bases solides. Mais ce n’était pas réciproque, et c’est pourquoi nous avons boycotté les concertations de Beït El Hikma ». Ainsi révélait Noureddine Tabboubi avant de présager, sarcastique, que l’institution internationale n’accompagnera pas la Tunisie dans son programme de réformes et ne lui accordera aucun crédit.

Koôli : « Nous parviendrons  à un accord avec le FMI »

Visiblement pris de court devant la violente intervention de Tabboubi, le ministre a assuré « respecter l’UGTT avec laquelle le gouvernement s’est accordé sur les principaux axes des réformes ».

Toutefois, a-t-il indiqué, les consultations sont en cours aussi bien avec l’UGTT qu’avec le FMI. « Je tiens à rassurer M. Taboubi. Des bailleurs de fonds ont jugé le plan du gouvernement réaliste et réalisable. Nous allons parvenir à un accord avec le FMI ». Contre vents et marées.

En vérité, le débat houleux entre les deux hommes n’est qu’un avant-goût du débat sociétal sur les réformes douloureuses imposées par le FMI et leurs impacts sur la paix sociale. Les événements tragiques des « émeute du pain » en janvier 1984  sont encore, de triste mémoire, présents dans tous les esprits.

 

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