Le stress hydrique, sommes-nous en pénurie d’eau?

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Qui dit pénurie d’eau dit aussi stress hydrique lié. D’ailleurs, elle affecte de larges franges de la population, surtout au sud du pays. D’où l’importance de la question de la gouvernance des ressources hydriques.

Aujourd’hui, l’eau est devenue une source de tension dans les régions touchées par de fréquentes coupures ou pire l’arrêt total de la distribution d’eau potable.

Chaque année, avec moins de 500 m3 par habitant, la Tunisie vit depuis plus de vingt ans sous stress hydrique. De ce fait, le pays doit faire face aux nouveaux défis liés aux changements climatiques et à l’accroissement des besoins dictés par le développement socio-économique. Ainsi, les réserves des barrages en Tunisie sont-elles suffisantes?

eau « La Tunisie se trouve déjà en situation de pénurie d’eau »

Mayssa Sandli, activiste et experte en plaidoyer sur les questions environnementales, dresse un état des lieux de la situation de nos réserves d’eau. Elle précise dans ce contexte dans une déclaration à leconomistemaghrebin.com: « La Tunisie se trouve déjà en situation de pénurie d’eau. Avec un taux de remplissage qui ne dépasse pas les 51%, nous risquons de vivre des perturbations récurrentes d’approvisionnement en eau potable partout dans le pays. La régression des stocks d’eau aura des conséquences graves sur l’agriculture. Même en orientant les réserves des barrages les plus généreux vers d’autres (système des quotas), la situation reste inquiétante. »

Notre sécurité alimentaire dépend de l’eau

Et de poursuivre: « Notre sécurité alimentaire, notre santé, notre production d’énergie et notre économie dépendent toutes de l’eau. Nous sommes donc vulnérables aux effets de la pénurie d’eau causée par le réchauffement climatique. »
Par ailleurs, un grand point d’interrogation demeure. A savoir est-ce que notre situation actuelle est critique? De ce fait, Mme Sandli répond: « Si le bilan hydrique est tellement effrayant, c’est pour différentes raisons. D’abord, nous appartenons à la région de l’Afrique du Nord. Cette région dispose de faibles ressources en eau renouvelable. Ceci nous met face à une situation dans laquelle la demande en eau dépasse les ressources disponibles. C’est ce que nous appelons le “stress hydrique”. La Tunisie a déjà exploité 99,5% de ses ressources en eau renouvelable (Rapport de l’Observatoire du Sahara et du Sahel 2010). Ensuite, le constat est aggravé par l’exploitation intensive des ressources souterraines qui fournissent environ 80% des besoins en eau destinée à l’agriculture. »

La pollution engendrée cause des dérèglements climatiques

En outre, reste à savoir qui est responsable de cette situation? Elle estime qu’en premier lieu, la responsabilité revient à certaines activités humaines. Avant d’ajouter: « La pollution engendrée par nos sociétés de consommation et de production et l’agriculture déraisonnée causent des dérèglements climatiques dont les effets impactent toute la planète. Par exemple la rivière Majerda qui contribue à 50% de la production des denrées alimentaires (Rapport de International Alert : Gouvernance de l’eau en Tunisie) est aujourd’hui fortement polluée par les engrais phosphatés et azotés, les pesticides et les métaux lourds provenant des déchets industriels. »
Et de poursuivre: « Parmi les autres coupables, nous retrouvons aussi le plastique. Le plastique cause des dégâts environnementaux durant tout son cycle de vie. D’abord, le CO2 émis lors de sa fabrication contribue au réchauffement climatique. Puis le plastique n’étant pas biodégradable, il s’entasse pour former d’immenses continents de déchets sur les cinq océans. Le plus grand de ces continents de plastique fait dix fois la taille de la Tunisie ».

« Cela causera la perte de 30% des nappes côtières »

Selon elle, ces continents de plastique se dégradent très lentement quand ils sont exposés aux rayons du soleil. Ainsi, ils dégagent des quantités importante de gaz à effet de serre. Ces gaz contribuent à 70% au réchauffement de notre planète bleue. Les conséquences de cette lugubre chimie cause la fonte des glaces que nous pensions éternelles. Cette fonte contribue à l’élévation du niveau de la mer et l’intrusion des eaux marines dans les nappes phréatiques côtières. Ce phénomène cause la salinisation des nappes d’eau. Dans notre pays, cela causera la perte de 30% des nappes côtières. »
Et de poursuivre: « Si l’on n’agit pas, nous vivrons des sécheresses plus longues dans certaines régions du globe, des inondations de plus grande ampleur dans d’autres régions, des coupures dans les réseaux d’eau potable et des hivers de plus en plus chauds menaçant l’agriculture avec des risques de famine comme conséquences directes. »

Chaque goutte de pluie sur notre sol est importante

En somme, comment peut-on encore agir? A cette interrogation, elle répond: « Chaque goutte de pluie qui tombe sur notre sol est importante. Et elle ne doit pas finir dans les égouts et rejoindre les eaux de mer. Nous pouvons agir sur plusieurs plans. D’abord, dans l’immédiat, nous pouvons optimiser la gestion de la récupération des eaux de pluie avec une infrastructure adaptée. En commençant par la surélévation des barrages et la construction de nouveaux barrages et forages. Ainsi que l’entretien des canaux de la SONEDE pour éviter les fuites. Nous pouvons aussi investir dans l’agriculture raisonnée. En diminuant l’utilisation des engrais chimiques, afin de préserver ce qui reste des nappes non contaminées. »
Et de conclure: « Ensuite, nous pouvons préparer l’avenir en luttant contre le réchauffement climatique par le reboisement massif de nos forêts et de nos oasis.
Enfin, il devient urgent d’éliminer l’ennemi public numéro 1 de la nature: le plastique. Nous n’avons plus le temps pour des mesures illusoires comme le recyclage à la source. Il est trop tard pour les prises de conscience individuelles. Il nous faut la force de l’Etat pour prendre des décisions radicales comme l’interdiction de l’importation, de la production et de la commercialisation des emballages en plastique inutiles. »

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