Trous d’air

la gazelle

Dans la chasse à la gazelle, il y aurait une pratique particulièrement cruelle : poursuivre la proie au volant d’une puissante machine qui ne laisse aucune chance à l’animal.

La légende, ou la vérité allez savoir, dit que la gazelle éprouvée et vaincue finit par verser des larmes sur son sort. Ce n’est pas pour cette raison que notre Tunisair nationale a choisi la gazelle pour lui tenir d’animal logo et fétiche en même temps, mais pour les larmes de désespoir, nous y sommes presque.

Dans le monde entier, les sociétés de transport aérien menacent faillite. Chez nous, la descente aux enfers avec la Covid en supplément est accélérée par les impérities et les incompétences qui tiennent lieu de système de gouvernement.

Pour faire simple, deux patrons fraîchement nommés ont été débarqués en l’espace de quelques semaines. Les raisons invoquées seraient différentes, mais il y a comme une atmosphère de délabrement avancé, il est vrai savamment orchestré par les deux protagonistes principaux, l’Etat et la Centrale syndicale.

« La légende, ou la vérité allez savoir, dit que la gazelle éprouvée et vaincue finit par verser des larmes sur son sort… »

Il n’y a qu’à reprendre les paroles du Ministre de tutelle pour comprendre l’étendue du désastre. Celui-ci a en effet limogé la responsable fraîchement nommée, arguant qu’elle ne fut pas constructive dans sa gestion de la crise, en particulier la crise syndicale. Il lui était entre autres reproché d’avoir manifesté de la mauvaise humeur face aux syndicalistes « sit-inners » comme on dit maintenant, surtout quand ces revendicateurs ont assiégé les abords de son bureau en passant le temps à jouer aux cartes.

Or, tout le monde sait maintenant que les revendications de toutes sortes se traduisent par de longues, très longues périodes où il faut bien occuper le temps qu’on a gagné sur le travail, par ailleurs, et n’importe comment, régulièrement rémunéré. Tout dans tout, et réciproquement, le plus grand nombre de rémunérations en Tunisie relèvent plutôt d’un système rentier tentaculaire.

L’idée la plus représentée dans les mouvements sociaux est celle qui fait prévaloir à s’en remettre à un mythique Etat, réputé en mesure de payer des espèces de rentes viagères servies par des trésoreries quasi inexistantes.

« Tout dans tout, et réciproquement, le plus grand nombre de rémunérations en Tunisie relèvent plutôt d’un système rentier tentaculaire »

La gazelle, pour revenir à elle, est en perdition, comme d’ailleurs la quasi-totalité des compagnies aériennes dans le monde. La pandémie a mis du plomb dans les ailes du transport aérien, au moment où nous en rajoutons une couche, au titre de notre droit souverain à l’incohérence et à la stupidité.

Des théoriciens sont même arrivés à la rescousse pour développer l’idée qu’il faut éviter les confrontations et caresser les revendicateurs patentés dans le sens du poil. Les organismes internationaux, ceux-là mêmes qui seraient appelés à renflouer les caisses, ont beau multiplier les mauvaises notes, rien n’y fait. Les trous d’air dans la carlingue n’inquiètent pas les pilotes, puisque n’importe comment, il n’y a pas de pilote.

Pour être plus près de la réalité : il y a plusieurs pilotes, mais qui se chamaillent comme dans une cour de récréation au sujet de la manche à balai. Le spectacle relève du tragi-comique, il n’en continue pas moins de plus belle, surtout quand le sit-in de rigueur met en sommeil la tour de contrôle dite constitutionnelle, dénomination qui sonne bien, d’autant plus qu’elle est désormais creuse. On en arrive même à manifester contre quelque chose, même quand on détient les manettes du pouvoir.

« La pandémie a mis du plomb dans les ailes du transport aérien, au moment où nous en rajoutons une couche, au titre de notre droit souverain à l’incohérence et à la stupidité »

Tout se passe comme si des coqs en faïence se toisaient à qui mieux mieux, juste pour se créer une nouvelle virginité, une virginité qui n’intéresse plus vraiment grand monde.

Les sondages, pour peu qu’il soit encore nécessaire de sonder l’opinion, redisent à chaque fois que le commun des Tunisiens n’a plus du tout confiance dans sa classe politique. Ce qui n’empêche pas ses plus bruyants représentants de garder le verbe haut et la cervelle dans les talons.

Cette formule de gouvernement est ainsi le meilleur garant de la conduite sereine des contrebandiers et des corrompus. Elle est aussi le meilleur moyen d’encourager au départ les meilleures capacités, et parfois les meilleures bonnes volontés.

Les trous d’air ont cette capacité d’entraîner la machine dans le vide. Or, la nature a horreur du vide. Mais peut-être que notre démocratie actuelle, c’est du vide, contre nature.

 

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