Discours présidentiel : original et innovant, mais figé sur l’égalité successorale

discours 13 août 2020

Dans son discours prononcé à l’occasion de la Fête nationale de la Femme, le président de la République s’est montré d’une grande liberté d’esprit. Et ce, concernant la relation entre la religion et l’Etat. Tout en ayant une position tranchée quant à l’égalité dans l’héritage.

En effet, en l’honneur de la Fête nationale de la Femme, le président de la République prononçait, jeudi 13 août, un discours au palais de Carthage. Pour l’occasion, il s’exprimait devant un parterre de femmes politiques, sécuritaires, intellectuelles et artistes. Et en présence: du chef du gouvernement sortant, Elyes Fakhfakh; du président de l’ARP, Rached Ghannouchi; et du chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi.

« L’Etat n’a pas de  religion »

Tout d’abord, il s’est livré à une leçon magistrale, en arabe classique limpide, sur les circonstances historiques ayant abouti à l’adoption du Code du statut personnel. Ainsi que le rôle de grands hommes dans l’émancipation de la femme tunisienne, Habib Bourguiba en tête. Puis, le Président a évoqué le premier article de la Constitution de 2014 d’une manière originale, inédite, mais très surprenante.

Regardant dans les yeux Rached Ghannouchi, le leader du parti islamique Ennahdha, le Président a rappelé avec pertinence que l’Etat, en tant qu’institution, ne saurait avoir une religion. Mais que c’est plutôt la Nation qui est censée en avoir. La nuance est de taille.

Alors, on se frotte les yeux: notre président serait-il favorable à un Etat laïque? M. Ghannouchi appréciera!

Cependant, si le chef de l’Etat avait une approche audacieuse de la corrélation si complexe dans notre pays entre l’Islam et l’Etat; il n’en est pas de même sur la question épineuse de l’égalité dans l’héritage.

Egalité/Equité

Car, Kaïs Saïed n’a jamais caché son hostilité à ce sujet. Il a souligné que le « conflit » sur l’égalité successorale n’est pas innocent. Ajoutant que le texte coranique est clair et qu’il ne prête guère à interprétation. En effet,  « concernant l’héritage en islam, le concept de la justice et de l’équité prime celui de l’égalité théorique ». C’est ce que relève le président. « La notion de l’égalité dans la pensée libérale s’identifie à une soi-disant égalité. Or, seuls les nantis qui sont financièrement capables d’en profiter, apprécient cette égalité  »; assure le chef de l’Etat doctement.

Donc, selon l’approche présidentielle, l’égalité des droits économiques et sociaux entre la femme et l’homme est plus importante que l’égalité successorale. « Les Tunisiens ont fait la révolution pour réclamer la liberté, la dignité et la justice sociale », rappelle-t-il. Circulez, braves citoyens,  il y a plus rien à voir…

Une journée bien chargée

Rappelons qu’avant d’avoir prononcé son discours dans la soirée du jeudi, le président de la République avait eu une journée très chargée.


Ainsi, dès l’aube, il s’est rendu à la Mraïdeya dans la délégation de Bousselem relevant du gouvernorat de Jendouba. Il y a rencontré nombre d’habitants de la région et notamment des ouvrières agricoles.

Le président « a pris connaissance des préoccupations des travailleuses agricoles et de leurs difficultés quotidiennes. Comme: les dangers du transport; la faible rémunération dans le secteur agricole; et le décrochage scolaire des filles. Outre le délabrement de certaines habitations ». C’est ce qu’indique un communiqué publié sur la page officielle de la présidence de la République.

Par la suite, Kaïs Saied se rendait chez l’avocate et activiste des droits de l’Homme, Radhia Nasraoui. Sachant qu’elle est alitée depuis des mois, en raison d’une pathologie affectant la glande thyroïde. Et ce, pour rendre hommage à son militantisme en faveur de la liberté et des droits de l’Homme.

A noter que le chef de l’Etat s’est rendu également au domicile de la grande comédienne Dalanda Abdou; afin de s’enquérir de son état de santé.

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