Conflit libyen : interférence, duplicité et diplomatie parallèle

Ghannouchi dossier libyen

Pour avoir félicité Fayez Sarraj, suite à la récupération d’une base militaire proche des frontières tunisiennes; les détracteurs de Rached Ghannouchi l’accusent d’avoir franchi le Rubicon. Et ce, en s’alignant sur l’un des belligérants du conflit libyen. Menant ainsi une diplomatie parallèle à la ligne officielle observée par l’Etat tunisien.

En cause, l’inopportun et très controversé entretien téléphonique qu’a eu récemment le président de l’ARP avec le président du Conseil présidentiel du gouvernement libyen. Depuis, les remous suscités au sein du Parlement et dans l’ensemble de la classe politique sont légion.

« Atteinte à la sécurité nationale »

D’ailleurs, de nombreux partis s’insurgent, en condamnant cet entretien dans un communiqué commun. Il s’agit du: Courant Démocrate; mouvement La Tunisie en avant; Parti des Travailleurs;  et du Pôle démocratique.

En effet, ils estiment que l’alignement de Rached Ghannouchi à l’un des belligérants du conflit libyen constitue une atteinte à la sécurité nationale. Et ce, de par sa double casquette de leader d’Ennahdha et de président du Parlement. Ainsi qu’un empiétement des prérogatives du président de la République. Notamment dans ses domaines réservés que sont les affaires étrangères et la défense.

Parler d’une voix unique

Bref, ses détracteurs le soupçonnent d’exercer une diplomatie parallèle. Alors que l’Etat tunisien est censé parler d’une seule voix.

Car, l’Etat tunisien observe une politique attentiste vis-à-vis du conflit libyen. Et ce, en attendant l’évolution de la situation sur le terrain. Tout en évitant de prendre parti pour l’un des belligérants; sous couvert de l’attachement à la légalité internationale, un concept fourre-tout qui n’a plus de sens.

Or, cette attitude prudente a été court-circuitée par le représentant de l’un des trois pouvoirs de l’Etat tunisien; à savoir le président de l’ARP. Puisqu’il s’est empressé de s’aligner ouvertement sur le gouvernement de Sarraj. Au prétexte qu’il est « reconnu par la communauté internationale ».

Ainsi, le Gouvernement d’entente nationale de Libye a annoncé sur sa page Facebook que, suite à la reprise de la base stratégique d’Al-Watya, proche des frontières tunisiennes, Rached Ghannouchi a « félicité les autorités libyennes légitimes ». Tout en affirmant qu’il n’y a guère de solution militaire au conflit intestinal en Libye en dehors du processus politique.

Un entretien passé sous silence

Toutefois, cet entretien téléphonique tombe au pire moment. Alors que la polémique enfle au Parlement quant aux relations ambiguës que le président du parti islamiste d’Ennahdha entretient avec des parties étrangères, notamment avec la Turquie d’Erdoğan. La preuve? M. Ghannouchi cache sciemment sa discussion avec Al-Sarraj. Laquelle n’a été annoncée ni sur la page officielle du Parlement, ni sur celle de l’intéressé.

De surcroît, la page officielle du Parlement a rattrapé cette « innocente omission » en confirmant la tenue de l’entretien téléphonique entre les deux hommes. Et ce, deux heures après la parution du communiqué libyen.

Rappelons enfin que sur le plan militaire, les milices du gouvernement d’entente nationale soutenues par la Turquie, avaient annoncé la reprise totale du contrôle de la base stratégique d’al-Wattia. Elle se situe à 140 kilomètres à l’ouest de la capitale Tripoli. Ainsi que le retrait de l’armée nationale libyenne dirigée par le Maréchal Khalifa Haftar.

Un second grand coup porté à la cette armée soutenue à son tour par la Russie, l’Egypte et les Emirats; après la chute de la ville de Gharyan en juin. Ce qui laisse présager un chambardement total de l’échiquier militaro-politique chez notre voisin du Sud.

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