Dé-confinés entre Pinocchio et Narcisse

Confinés plumes

Nous étions des êtres humains, présumés citoyens et soudain nous subissons une métamorphose en confinés dociles, destinés à être un de ces jours de banals déconfinés déconfits.

Nos gouvernants, roués comme ils sont, ne cessent de se relayer pour nous distraire par des propos lénifiants. Cela a commencé avec des métaphores du terroir, pour mieux nous leurrer: « Sortir du goulot de la bouteille. »

Nous étions dans une bouteille tout insouciants. Le moment était arrivé pour nous en faire sortir! Mais, voilà qu’ils abandonnent le goulot de la bouteille qui ne fait plus l’affaire. Ils se rabattent sur un long tunnel non-éclairé. Nos talentueux dirigeants décident que nous devions arriver au bout pour nous « sortir du tunnel ». Sortir, s’en sortir, s’évader, pour finir cloîtrer.

Ensuite, c’est au tour des « droites parallèles qui ne se rencontrent pas », rassurant argument, née de la géométrie euclidienne. Puis vint le temps pour endosser l’accoutrement du « consensus-tawafeq » dans le but de prouver sans doute que finalement, après réflexion, les « droites parallèles se rencontrent », subissant ainsi des aménagements imposés par la suspecte posture « comme cul et chemise ».

Jusqu’à ce que les simili-incorruptibles prennent la relève et entonnent à la criée « soit la Tunisie soit la corruption ». Il s’est avéré que ce n’est qu’un bel effet de manche, la Tunisie va à vau-l’eau et la corruption se goinfre! Ainsi font, font, font les petites marionnettes, trois p’tits tours et puis s’en vont.

Le manège désenchanté ne s’arrête pas pour autant. C’est reparti pour un tour. « Personne n’a de plume sur la tête », dit-il. Abracadabra! C’est le formule magique de l’étape: plumage, dé-plumage et plumitifs pour édulcorer les fourvoiements, les errements, les fourberies, les  méfaits, les bévues de toutes sortes… Sans oublier « l’art de plumer la volaille sans la faire crier », un b.a.-ba des budgets ruineux…

En fait, cette formule, « Personne n’a de plume sur la tête », est bien ambiguë à décrypter. On se rappelle que les civilisations amérindiennes avaient utilisé les plumes comme élément décoratif ou comme signe distinctif du rang social. À l’aube du XIXème siècle, c’est devenu à la mode, les plumes ornaient les couvre-chefs.

Mais dans le cas d’espèce, il y a un brin nostalgique du temps magnifié par certains mamelouks dans leur soumission à la sublime porte. À l’époque ottomane, les chefs avait l’habitude de porter une coiffe ornée d’une plume et chaque fonction, qu’elle soit militaire, civile ou religieuse. Il faut dire que c’étaient de drôles d’oiseaux !

« La loi s’appliquera à tous. Personne n’a de plume sur la tête », aime-t-il ressasser. On aurait tellement aimé y croire. Sauf qu’en scrutant de près le microcosme-marigot, on aperçoit des plumes énormes surmontant bien des têtes! On ne peut que se poser la question qui dérange: une vision étriquée et à courte vue fait-elle une politique?

De toutes les façons, « ce n’est pas le moment de chicaner alors qu’on guerroie contre le Covid-19 », dixit. Les fourvoiements, les errements, les fourberies, les méfaits, les bévues peuvent se disséminer dans ce pays comme le chiendent.

Et nous voilà donc claquemurés par un Covid-19 dont les auxiliaires sont des Pinocchio, pantins que les marionnettistes qui sévissent impunément manipulent, des Narcisse pathologiques et arrogants favorisés par le système, contemplant leur reflet dans l’étang-écran, des Don Quichotte délirants et burlesques se battant contre des moulins à vent, si ridicules mais aussi si poignants… On est en plein dans la dénaturation de la politique et la politique de la dénaturation, plongé dans un faux démocratisme et un électoralisme à la carte associé à un consumérisme politique répugnant.

En ces temps de fléaux, avec Covid-19 comme touche extrême, restons Sisyphe plus que jamais. Et il faut l’imaginer heureux tel que le préfère Camus. Ce monde est absurde, mais Sisyphe est trop lucide de cette situation pour être découragé…

Pire, il nous rappelle que c’est en étant conscient de l’absurdité de ce qui nous arrive qu’on la prend véritablement en mains. Ce n’est pas tant l’idée de désordre qui nous obsède qu’un doute plus obscur sur le sens de l’Histoire. Notre histoire ne bégaie pas seulement, elle ne cesse de vaciller avec nos convictions et nos certitudes.

Nous oscillons souvent entre des progrès.- peut-être factices- et de multiples pas de géant en arrière. Néanmoins, assumons les nécessités du réel.

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