Dix minutes chrono

Fakhfakh

Ne pas être reconnu pour ce que l’on est. Imaginez un seul instant que vous êtes dans cette situation : être pris pour ce que l’on n’est pas. Multipliez ce genre de sentiment à l’échelle de tout un pays, et vous verrez que cela peut faire mal, très mal… Près de trente minutes pour Emmanuel Macron, un peu plus de dix minutes pour Elyès Fakhfakh.

En ces moments brumeux et troubles de coronavirus, la comparaison avec l’Hexagone est tentante. Comme on a pris coutume de le faire à chaque fois que le besoin se fait sentir.

Al Akri, on l’aime jusqu’à la détestation, mais pas trop. Le président français a pris son temps et donné du temps pour faire comprendre aux Français l’urgence de la situation.

Le chef du gouvernement a préféré être bref sans être vraiment ferme ; pourtant, il avait là une occasion de réaffirmer avec force l’autorité de l’Etat pour ceux qui l’auraient oublié. Un Etat décidé à frapper fort là où il y contravention.

Finalement, l’adresse au peuple tunisien a été ce qu’elle a été. Je pense que M. Fakhfakh aurait pu se contenter d’un simple communiqué qui aurait égrené toutes les mesures imposées. Qu’il souligne que toutes les mesures restrictives ont été prises d’un commun accord avec toutes les parties concernées y compris l’UGTT. Cela ne laisse pas indifférent, alors que les mouvements de grève risquent de faire encore une fois l’actualité.

Décréter par exemple que les cafés resteront ouverts jusqu’à seize heures de l’après-midi, laisse pantois. Supprimer à certains endroits des vols, pour les autoriser en d’autres, ne manque pas de laisser rêveur quant au degré de bon sens, même si Elyes Fakhfakh a tenu à rassurer en soulignant qu’au stade de la propagation du virus, les autorités sanitaires étaient bien en phase et dans le tempo.

J’en conviens, sauf que cela laisse un goût d’inachevé, ce qui n’est guère surprenant, quand on connaît cette sale habitude chez nous autres Tunisiens à faire les choses à moitié. Et ce n’est même plus regrettable.

Cela dit, on ne remerciera jamais assez le coronavirus de nous avoir édifiés sur un phénomène que l’on connaissait déjà, à savoir cette propension à trouver un plaisir malsain à nager dans l’irresponsabilité aussi bien individuelle, que collective et l’entretenir.

Beaucoup ont poussé le mauvais goût jusqu’à vouloir trouver un refuge dans une dérision le moins qu’on puisse dire déplacée….

Faites vos ablutions chez vous. Et n’oubliez pas de prendre votre tapis de prière avant d’aller à la mosquée. Voilà ce qu’a recommandé le Mufti ; génial. Et pour faire bonne figure et se montrer encore plus précautionneux, on annule le prêche et la prière du vendredi. De quoi mettre à rude épreuve des neurones déjà bien fatiguées ! Quand le sociétal prend le dessus sur le social ; sinon, à quoi servirait le coronavirus ?

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