Parlement tunisien : des risques de dérive…!

Cour constitutionnelle

Acte anticonstitutionnel, un député du mouvement Karama accuse, le 2 mars, une de ses collègues au Parlement d’apostasie.

Le président de la séance parlementaire n’a pas cru devoir lui retirer la parole et lui rappeler que le takfir ou accusation de mécréance est interdit par la loi et mérite un châtiment. En outre, Ennahdha, alliée idéologique du parti Karama, ne semblait pas choquée par cette grave dérive au Parlement. Simple complaisance ou complicité. Les autres partis, à l’exception du Machrou, ne condamnèrent pas cette atteinte à la dignité de leur collègue.

L’acte du mouvement Karama annonce un retour au climat du pays sous la troïka, lorsqu’on évoquait le retour au califat. Sans parler des attaques à l’endroit des productions artistiques et autres dérives…

Prenant acte de la gravité de la situation, le peuple avait organisé des manifestations. Et mis à l’ordre du jour la soft révolution. Celle-ci mit fin au pouvoir de la troïka. Elle a permis d’élaborer notamment une Constitution de consensus, instituant l’état civil. Et assurant ainsi la liberté de croyance.

Crime à l’encontre de la démocratie

Réagissant à ce tragique consensus de permissivité des partis au pouvoir, les organisations nationales (UGTT, SNJT, Ligue des Droits de l’homme), la société civile et les intellectuels, n’ont pas manqué de dénoncer cette dangereuse dérive. « Nous estimons que le silence de l’Etat ouvre la voie à de nouvelles effusions de sang. Et aux assassinats politiques commis sous couvert des mêmes discours. C’est un crime à l’encontre de la démocratie et de l’Etat de droit » (communiqué publié par le SNJT -Syndicat national des journalistes tunisiens). Ils appellent l’Etat à prendre les mesures adéquates. Notamment à l’encontre de tous ceux qui sont porteurs d’un discours takfiriste. Garant de la Constitution, le Président de la République ne peut tolérer cet acte anticonstitutionnel.

Autre fait significatif, le parlement tunisien a mis à l’ordre du jour la proposition d’Ennahdha d’instituer une ataba (seuil) électoral. Et ce, pour écarter les petits partis. Les observateurs remarquèrent que la discussion aurait dû porter sur la réforme de l’ensemble du système électoral, responsable de la mosaïque parlementaire.

Cerise sur le gâteau, on s’est orienté vers l’augmentation des priorités du président de séance du parlement. Et ce, pour contrecarrer l’action des députés du parti destourien, occultant le fait de la défection de sa direction, lors de son accusation d’apostasie. Une telle initiative dessert l’esprit républicain et la transition démocratique en cours. Elle dessert notamment le parti Ennahdha, auteur de cette proposition, objet de multiples démissions en son sein, pour absence de démocratie interne, qui le redimensionnent.

Au final, les critiques rappellent également que le parlement, appelé à défendre les attentes sociales, a accordé la priorité à l’octroi à ses membres des passeports diplomatiques. Et ce, pour imposer cette mesure au président qui l’a rejetée, vu sa signification fondatrice.

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