Et maintenant, que retenir de l’échec de Habib Jemli ?

gouvernement jemli - l'économiste maghrébin
@Crédit photo : Noureddine Ben Ahmed

L’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) a voté contre le gouvernement du Chef du Gouvernement chargé Habib Jemli. C’est un scénario prévu par la Constitution. Cependant, l’incapacité de Habib Jemli à convaincre les partis politiques représentés dans le parlement nous livre à lire ce fait selon trois pistes.

Le gouvernement de Habib Jemli est le premier gouvernement de l’après 14 janvier 2011 qui ne parvient pas à obtenir la confiance du parlement. Un fait surprenant surtout qu’on sait, qu’à titre d’exemple, le gouvernement de Habib Essid et de Youssef Chahed ont obtenu la confiance de l’Assemblée des Représentants du Peuple. Et ce, avec une majorité confortante. Ce qui leur a assuré un soutien politique considérable.

Le premier gouvernement qui ne passe pas depuis le 14 janvier 2011

De ce fait, Habib Jemli est le premier Chef de Gouvernement chargé qui ne parvient pas à accomplir sa mission comme il se doit. Ainsi, les Tunisiens devraient peut-être apprendre à vivre dans l’instabilité politique et l’attentisme de la fin des tractations et des conflits entre les partis politiques. Les Tunisiens devraient aussi comprendre que le vote de confiance n’est pas systématique. Et ce, contrairement à tous les gouvernements de l’après 14 janvier. D’ailleurs, le gouvernement porte, en lui, les raisons de son échec.

Qu’on en juge : un chef de gouvernement chargé incapable de créer l’unanimité autour de lui, des ministres suspects de corruption et l’engagement d’un bras de fer avec le mouvement Ennahdha, à savoir le parti qui l’a chargé de la formation du gouvernement. « Habib Jemli a déçu le mouvement Ennahdha on choisissant un gouvernement de compétences » déclare le Président de l’ARP, Rached Ghannouchi, hier, 10 janvier.

Le gouvernement du Président et l’enjeu de la légitimité électorale

L’échec de Habib Jemli ouvre la porte à d’autres scénarios prévus par la Constitution.  D’ailleurs, l’article 89 de la Constitution prévoit ce scénario. En effet, dans ce cas de figure, « Le Président de la République engage des consultations dans un délai de dix jours avec les partis politiques, les coalitions et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité jugée la plus apte. Et ce, en vue de former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois ».

Le Président de la République n’est pas dans l’obligation de choisir une personnalité chargée de former le gouvernement qui soit issue des partis politiques qui ont remporté les élections. D’ailleurs, l’article en question ne l’oblige pas à se soumettre à ce critère.

Le problème n’est pas juridique. Il est éthique. Car un Chef du Gouvernement chargé qui ne soit pas issu des partis politiques ayant remporté les élections pourrait être considéré comme un non-respect à la légitimité électorale.

« Pourquoi organiser des élections si le Chef du gouvernement est une personnalité indépendante n’ayant aucun lien avec les partis politiques ? ». S’interrogent quelques partis politiques. Ainsi, il ne s’agit pas de la compétence du Chef du gouvernement chargé. Mais il s’agit notamment de sa capacité à convaincre les députés de voter en faveur de son gouvernement.

Le Chef du Gouvernement chargé pourrait être une compétence inouïe et titulaire d’un doctorat dans une spécialité innovante. Il a beau avoir toutes les compétences mais les députés ont, tout de même, le droit de voter contre son gouvernement.

L’économie et l’ébullition sociale n’attendent pas la formation du gouvernement

Alors que la Tunisie ne dispose pas encore d’un gouvernement et que les politiciens n’ont pas encore achevé les concertations. L’ébullition sociale et la situation économique ne sont pas censées se calmer en attendant la mise en place du gouvernement. Tous les clignotants sont au rouge. Egalement, la balance commerciale et la balance alimentaire sont déficitaires.

L’inflation continue sa courbe croissante. Le pouvoir d’achat des Tunisiens s’affaiblit encore et encore. De ce fait, le vote de confiance du prochain gouvernement devient une obligation pour toute la classe politique. C’est une obligation dictée par un impératif économique. Mais force est de constater que les soucis d’une majorité des députés ne sont pas d’ordre économique.

Ainsi, les tractations politiques prennent le dessus sur les urgences économiques. Les bailleurs de fonds et les partenaires de la Tunisie attendent la formation du gouvernement. Et ce, pour continuer la coopération sur plusieurs volets.

D’ailleurs, le prochain gouvernement se trouvera devant plusieurs chantiers. Il doit, principalement, honorer les engagements de la Tunisie avec les bailleurs de fonds notamment en ce qui concerne la dette extérieure. D’un autre côté, les protestations sociales seront de retour. Selon le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux, la Tunisie a enregistré plus de 9000 mouvements sociaux. Les protestataires attendent, eux aussi, la formation d’un gouvernement à vocation sociale pour résoudre leurs problèmes.

 

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