Neuf ans déjà et le cauchemar se poursuit…

neuf ans Tunisie

Quand est-ce qu’on aura ce gouvernement ? « Quand Dieu le veut. » C’est la réponse qu’a donnée en substance M. Habib Jemli, chargé de mettre en place l’équipe gouvernementale post-élections. Sans doute est-il encore dans les délais constitutionnels. Et la Constitution lui donne même un mois supplémentaire avant que le président de la République ne désigne un autre candidat.

En fait, ces délais constitutionnels sont valables pour un pays qui fonctionne normalement. Les politiciens peuvent prendre le temps qu’il faut pour s’entendre tant que l’économie tourne et les services publics fonctionnent normalement.

Mais nous ne sommes pas l’Italie où la formation d’un gouvernement peut prendre une année et sa durée de vie peut ne pas dépasser les trois mois. Nous ne sommes pas non plus la Belgique qui a pu se permettre de rester deux ans sans gouvernement sans que ses citoyens ne s’en émeuvent outre mesure.

Nous sommes le pays de « la révolution qui a épaté le monde ». Et cette performance révolutionnaire nous a amplement aidés à réaliser une autre performance, celle de la décennie perdue. Ce constat ne comporte aucune espèce d’ironie. Car il n’est pas donné à tous les peuples de renverser un régime dictatorial corrompu et injuste et de le remplacer par un régime démocratique qui s’avérera plus corrompu et plus injuste encore. Et ceci est en soi une performance. Négative certes, mais une performance quand même.

La croissance traîne un boulet et la dette a pris des ailes

Mais s’agit-il vraiment d’une décennie perdue ? Quand on parle de décennie perdue, on donne l’impression que les choses sont restées en l’état pendant dix ans. C’est-à-dire que nous avons fait du surplace sans pouvoir avancer.

Sur les plans économique, social et sécuritaire, on aurait aimé faire du surplace et rester au niveau de l’année 2010. Mais hélas, sur ce triple plan, on ne peut pas parler de décennie perdue. Il serait plus conforme à la réalité de parler de décennie catastrophique.

Sur le plan de la sécurité, outre le terrorisme qui a pris racine dans le pays, la démocratie que nous envient nos voisins et nos amis proches et lointains a bénéficié plus aux terroristes, aux criminels, aux bandits, aux trafiquants de tout acabit et autres hors-la-loi qu’aux honnêtes citoyens.

Au plan social, le pays continue sur la voie de la polarisation avec une infime minorité de plus en plus riche, et une écrasante majorité de plus en plus pauvre.

Sur le plan économique, le taux de croissance traîne depuis 2011 un boulet qui l’immobilise. La dette a pris des ailes pour s’envoler vers des hauteurs vertigineuses. Entre dettes et dons, 60 milliards en devises sont entrés au pays en neuf ans.

Compte tenu de la quasi-inexistence des investissements publics durant cette décennie, compte tenu de l’état des infrastructures, des routes et des autoroutes, il est du droit de chaque citoyen de se demander où est parti tout cet argent ?

Venons-en maintenant aux « performances » politiques de cette décennie catastrophique. Nous avons eu les années cauchemardesques de l’Assemblée constituante. Les collègues de Gassas et de Ben Toumia ont pris tout leur temps pour nous gratifier de la « meilleure constitution du monde ». Celle-là même qui a mis en place un système politique cadenassé, constipé qui paralyse le pays et étouffe les citoyens.

Le sommet de l’imbécillité

L’Assemblée de 2014, qui lui a succédé, n’a pas fait mieux. Quant à celle de 2019, à peine s’est-elle installée, qu’elle s’est transformée en champ de bataille où les députés, à défaut de pouvoir s’attaquer aux problèmes du pays, sombrent dans la déchéance morale en déversant les uns sur les autres la haine et les rancœurs qui les rongent. Et le président d’Ennahdha, devenu président de l’Assemblée grâce au concours de Qalb Tounes ? Il entre dans la clandestinité dès que le torchon brûle entre ses députés à lui et ceux de Abir Moussi.

Les choses ne vont pas mieux quand on regarde du côté de la présidence du gouvernement. Du 6e Calife à Youssef Chahed, en passant par tous les autres, aucun n’a pu renverser la tendance ni même simplement arrêter la marche du pays vers le gouffre.

Idem pour la présidence de la République. M. Moncef Marzouki  n’a rien fait d’autre que de fulminer contre les « 60 ans de ruines » ou, après chaque attaque terroriste, de se mettre en colère et de jurer ses grands dieux que « les terroristes ne passeront pas ».

Son successeur, M. Béji Caid Essebsi, a vite fait d’oublier toutes ses promesses électorales, de pactiser avec ses pires ennemis et de prendre partie pour les intérêts de sa famille. Et ce, au détriment de ceux de la nation. L’une et l’autre ont perdu. L’une et l’autre sont en train de payer les frais du choix désastreux du fondateur de Nida Tounes.

Neuf ans déjà et le cauchemar se poursuit.

L’actuel président, M. Kais Saied, a soulevé d’énormes espoirs, notamment parmi les jeunes qui l’ont élu avec un enthousiasme débordant. Jusqu’à présent, il n’a rien fait d’autre pour ces jeunes que de les serrer paternellement dans ses bras et de les embrasser avec effusion sur la tête.  Que pourra-t-il leur offrir à la fin de l’état de grâce qui ne saurait tarder ? Pas grand-chose quand on sait la petitesse de ses prérogatives constitutionnelles et l’immensité de la crise économique et sociale du pays.

Mais il ne faut pas perdre de vue le fait que la réponse à la crise en général et aux attentes des jeunes en particulier est du ressort de la Kasbah et non de Carthage. Or, la Kasbah attend le gouvernement issu des élections du 23 octobre. Et le chef désigné pour le former continue imperturbablement de siroter le thé avec la multitude de visiteurs qui défilent les uns après les autres. Quand est-ce qu’il formera ce gouvernement ? « Quand Dieu le veut ». Voilà où nous en sommes près d’une décennie après « la glorieuse révolution du 17 décembre-14 janvier ».

Albert Einstein a dit que le sommet de l’imbécillité est de s’entêter à faire toujours la même expérience et d’attendre à chaque fois un résultat différent. Ceci ne s’applique-t-il pas à nous ? Que faisons-nous depuis 2011 jusqu’à 2019 sinon élire les mêmes incompétents tout en attendant d’eux des résultats différents ? Neuf ans déjà et le cauchemar se poursuit.

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