Lorsque la médina de Sfax n’est plus ce qu’elle était

médina de Sfax

Des raisons liées à l’exiguïté des habitations, à l’élargissement des familles, aux changements de modes de vie et à la recherche de plus de confort ont poussé des familles à quitter définitivement les lieux et à prendre fait et cause pour un habitat pavillonnaire. La médina est devenue du coup une « ville atelier ».

Il occupe un espace de pas plus de quatre à cinq mètres carrés à la rue Mongi Slim à Sfax. Dans cette rue de la médina de Sfax plus connue de Souk El bey, notre artisan est ici de 8 h 30- 9h à pratiquement 17h.

Médina de Sfax : un des centres économiques des plus importants de la ville

Installé à quelques encablures de Bab Diwan, centre-ville historique de la capitale du Sud, notre homme a peu d’espace pour bouger. Entre une machine et un espace qui accueille ce qui tient lieu de table pour entreposer des outils et de la matière première, difficile de vraiment déambuler.

Image d’Epinal du Sfaxien, bosseur et appliqué qui crèche dans bien des têtes ? Sans doute. Mais, l’essentiel n’est peut-être pas là : la médina de Sfax est aujourd’hui un des centres économiques des plus importants de la ville.

Après avoir été un lieu de résidence. Un ancien cadre de la ville, qui est au fait de par ses activités des questions du patrimoine, nous assure que la médina de Sfax comptait, dans les années soixante-dix, près de 15 000 personnes qui vivaient sur les quelque 24 hectares que constitue son domaine : ils ne sont plus que 2000 à 3000 aujourd’hui.

Outre la rue Mongi Slim, la rue de la Grande mosquée est le second centre économique de la médina de Sfax. Une multitude de boutiques de tout genre coexistent dans ce qui ressemble à un capharnaüm : fabricants et commerçants de cuir et de chaussures, ateliers et magasins de produits textiles, bijouteries, des produits de quincaillerie, alimentation générale, salons de coiffure…

Il faut dire qu’il est bien nécessaire de livrer des repas

On voit fleurir également depuis quelque temps de nombreux restaurants. Il faut dire qu’il est bien nécessaire de livrer des repas aux commerçants de la médina, mais aussi aux fonctionnaires et autres employés qui travaillent dans l’allée des cent pas allant du siège de la Municipalité de Sfax à Bab Diwan et ses rues environnantes.

Municipalité de Sfax à Bab Diwan
Municipalité de Sfax à Bab Diwan

L’autre image d’Epinal qui veut que le Sfaxien ne mange pas à l’extérieur et qu’il amène son repas au travail doit être totalement abandonnée. Les restaurants peuplent la capitale du Sud. Et il y en a pour toutes les bourses. Et pour tous les goûts.

Parmi les restaurants qui ont élu domicile dans la médina, on rencontre certains assez « cossus » avec des menus dignes des restaurants touristiques. On trouve également des maisons d’hôtes installées dans des demeures à l’architecture arabo-andalouse.

Avec souvent la même exploitation des espaces : réception, café et restaurant au rez-de- chaussée et chambres au premier étage. Dans l’une d’entre elles, située à la rue Cheikh Tijani, le café est installé à la terrasse de la demeure transformée en maison d’hôte avec vue sur la médina et sur Al Nasrya, le nouveau cœur battant de la ville de Sfax. Un quartier qui a un air de ceux d’Al Manar ou encore d’Al Nasr, situés à la périphérie de Tunis. Avec des buildings, des magasins modernes et des cafés et des restaurants bien chics.

De la même terrasse, tout le monde peut observer une bonne partie de la médina de Sfax où l’on remarque des maisons menaçant ruine ou devenues des dépotoirs. On estime leur nombre à près de cent. Il est possible d’observer des madriers posés entre deux murs dans certaines rues de la médina. Pour éviter précisément que les murs des habitations concernées ne s’effondrent.

Elles sont de ce fait laissées quasiment à l’abandon

Des problèmes liés à l’héritage sont sérieusement posés pour certaines demeures. D’où le retard pris pour leur restauration. Elles sont de ce fait laissées quasiment à l’abandon. Une réalité qui concerne, cela dit, beaucoup de médinas du pays.

La terrasse offre aussi une vue superbe sur Bab Jebli avec à proximité le marché du poisson autour duquel s’agglutinent nombre de commerces dont des étals offrant fruits et légumes. Bab Jebli est une des quinze portes de la médina dont neuf ont été construites au Moyen Âge.

Un parking payant pour bicyclettes et vélomoteurs est installé au sortir de cette porte en allant vers Al Nasrya. Un parking qui appelle un commentaire : les deux roues n’ont plus vraiment droit de cité à Sfax où les voitures ont remplacé un moyen de locomotion qui a longtemps fait partie des images d’Epinal qui collent à la capitale du Sud tunisien.

Pour voir de près cette médina arabe devenue à la fin des années soixante-dix une « ville atelier », selon l’expression d’Améziane Ferguene dans un article scientifique publié, en 2007, dans le numéro 19 de la revue « Economique critique » (Entreprises artisanales et dynamiques locales dans les médinas de Fès (Maroc) et de Sfax ), il faut aller du côté de Bab Charki.

Deux villas construites par ses enfants

Dès que l’on dépasse cette porte, qui fait face aux locaux de la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT), on ne peut qu’entrer en contact avec des dizaines d’ateliers fabricant chaussures et autres sandales.

Beaucoup de ces ateliers sont loués auprès de propriétaires qui ont déserté la médina pour aller s’installer dans ces « Jenane » de la périphérie de la ville. Il faut dire que les habitants de la médina ont toujours possédé des terrains dans la périphérie qu’ils occupaient souvent l’été.

Des raisons liées à l’exiguïté des habitations, à l’élargissement des familles, aux changements de mode de vie et à la recherche de plus de confort ont poussé des familles à quitter définitivement les lieux et à prendre fait et cause pour un habitat pavillonnaire.

C’est le cas de notre artisan, qui plie bagage à dix-sept heures pour regagner, dans sa voiture, son « Jenane » de la rue de la route de Gremda. Un « Jenane », qu’il a hérité de ses parents, et qui n’en est plus vraiment un. Une bonne partie des arbres fruitiers qu’il comportait ont cédé la place à deux villas construites par ses enfants.

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