Retraites : et s’il s’agit d’épouser en définitive le moule libéral ?

Retraités de la CNSS

La réforme des retraites est-elle née d’une volonté de privatiser un acquis social ? Retraite complémentaire ou carrément fonds de pensions, la solution est vite trouvée pour venir à la rescousse du prolétariat des retraités !

Y-a-t-il vraiment lieu de défendre les évidences ? Et de convaincre les uns et les autres sur la justesse du choix gouvernemental de revoir l’âge du départ à la retraite ?

Le vote intervenu en vue de porter l’âge de départ à la retraite à 62 ans est pour ainsi dire dans l’ordre des choses.

Pour au moins deux raisons : la première est que les caisses de retraite n’en peuvent plus. L’équation est on ne peut plus simple : le nombre d’actifs par rapport aux retraités a évolué de manière très significative : selon des indications fournies en 2018, « le nombre des retraités du secteur public a augmenté au rythme de plus de 6% alors que le nombre des actifs n’a évolué qu’au rythme de 2,1% ».
La seconde ? Les conditions de vie dont celles relatives à la santé de nous tous font– et c’est là une réalité mondiale- que l’espérance de vie n’est plus ce qu’elle était : 75,73 ans en 2016 dans notre pays. Dans de nombreux pays le départ à la retraite se fait d’ailleurs à 65 ans voir plus.

Contraint et forcé

Mais s’il y a des vérités incontestables, cela ne veut pas dire qu’il est interdit de discuter ou du moins de faire des remarques, voire des critiques, concernant l’adoption des amendements sur la loi sur la retraite par l’ARP, le 5 mars 2019.

D’abord, que c’est contraint et forcé que le gouvernement est allé vers le recul du départ de l’âge à la retraite.

Le gouvernement de Youssef Chahed n’est évidement pas responsable du déficit des caisses sociales en général. La question a été soulevée bien avant lui. Par tous les gouvernements qui l’ont précédé depuis l’avènement de la révolution tunisienne. Et même sous l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali.
D’où l’intérêt de poser la question suivante : comment en sommes-nous arrivés là ? Et les questions ne peuvent que fuser à ce niveau. Pourquoi n’avoir pas réformé avant ? N’a-t-on pas laissé faire par négligence ? N’a-t-on pas vu arriver les dégâts ? Et s’il y avait anguille sous roche ? Le récent rapport de la Cour des comptes n’a-t-il pas relevé jusqu’à de graves dysfonctionnements, sinon plus dans la mise en pratique de la politique de retraite ? Il y a selon toute évidence, et le moins qu’on puisse dire, un problème de gouvernance.

Là aussi, et comme pour nombre de dossiers, il n’y a pas eu un diagnostic et une évaluation clairs. Et à supposer que cela soit le cas. Les autorités n’ont pas fait dans la transparence. Il faut dire que les responsables du pays– et on l’a vu tout récemment à l’occasion des grèves du secteur public- ne semblent même pas être d’accord sur le nombre de fonctionnaires !

Ensuite, pourquoi avoir décidé de revoir les règles concernant les montants et les conditions d’octroi des pensions ? En clair, pourquoi avoir opté pour la baisse des montants perçus ? Le recul de l’âge du départ à la retraite, conjugué au relèvement du montant des contributions et des employés et des salariés, ne permet-il de continuer, à ce propos, à servir les mêmes avantages ?

Tout le monde est censé ignorer la loi

Des questions qui ne trouvent pas réponse ? Car, là aussi le déficit en matière de communication de la part des caisses est flagrant. On pourra certes dire que les médias n’ont pas fait leur travail. Peut-être. Mais nos responsables oublient une règle de fonctionnement des démocraties. En matière de droit, on a coutume de dire que personne n’est censé ignorer la loi. En communication, nous disons tout à fait l’inverse : « Tout le monde est censé ignorer la loi ».

Interrogez le discours des responsables du dossier, recensez combien de fois ils ont traité des questions qui fâchent ? Inondent-ils leurs publications et leurs sites web de réponses pour assurer l’adhésion des futurs et actuels retraités quant au comment et pourquoi de leurs décisions ?
Enfin, et il est légitime de poser la question : y-a-t-il derrière tout cela un choix politique, et donc de société ? La réforme des retraites n’est-elle pas envisagée en vue d’imposer des choix économiques libéraux ? La question mérite d’autant plus d’être posée à l’heure où le Fonds Monétaire International (FMI) a fourré durablement son nez dans l’économie tunisienne.

Voici le propos : tout cela ne ressemble-t-il pas quelque part à une privatisation des régimes des retraites ? N’est-il pas vrai qu’entre retraite complémentaire ou carrément fonds de pensions, la solution est vite trouvée pour venir à la rescousse du prolétariat des retraités ?

Si tel est le dessein, force est de constater que cela consacre bien le « laisser faire, laisser passer », credo né pour s’opposer aux interventionnistes et autres adeptes d’un rôle accru de l’Etat dans l’économie. N’est-ce pas ce qu’on est en train de voir s’appliquer au niveau de la santé et de l’école publique. Pourquoi les retraites échapperaient-elles à ce moule sociétal ?
L’Etat ne doit-il pas se limiter à ses fameuses fonctions régaliennes ?

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