Révolution tunisienne : le désespoir n’est qu’un manque d’imagination

révolution - Ezzeddine Saidane

14 janvier 2019 marque le huitième anniversaire de la révolution du 17 décembre 2010 / 14 janvier 2011. Bien évidemment, chaque révolution apporte avec elle son lot de promesses et d’objectifs ambitieux. Cependant, la réalisation des objectifs d’une révolution est une autre paire de manches. Pour la révolution tunisienne dont le principal slogan est « travail, liberté et dignité », la réalisation des objectifs économiques peine encore huit ans après la révolution.

On a beau brandir les slogans les plus ambitieux et espérer des lendemains meilleurs. Malheureusement, les chiffres officiels sont têtus. Ils affirment l’échec socioéconomique de la révolution.

L’économiste et expert financier, Ezzeddine Saidane, dans une déclaration à  leconomistemaghrebin.com, jette un regard critique sur le bilan économique à l’occasion du huitième anniversaire de la révolution. Ce spécialiste a déjà tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises. Notre interlocuteur affirme que l’économie tunisienne est fragile. « Si l’économie tunisienne venait à s’effondrer, toute la transition démocratique serait menacée », prévient-il.

Ezzeddine Saidane est catégorique : la transition démocratique en Tunisie est sérieusement menacée. Pour lui, les gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 ont commis beaucoup d’erreurs dans la gestion de l’économie et des finances. Pour cette raison, il ne manque pas de tenir responsable la classe politique, en particulier la Troïka et ceux qui ont voté pour elle en 2011. Tout en indiquant l’existence de plusieurs critères et ratios pour comprendre l’état critique de la situation économique, notre invité préfère se contenter de trois critères.

Une inflation qui persiste et signe

Ezzeddine Saidane affirme que l’inflation est un mal pernicieux parce qu’elle malmène tous les équilibres économiques et financiers de l’Etat. Pis encore, l’inflation est en train de changer la répartition des revenus et la nature de la société tunisienne et de l’affecter dans sa composante la plus importante, à savoir la classe moyenne. « La classe moyenne est en train de s’affaiblir à un rythme soutenu », dit-il. Avant d’estimer qu’une nouvelle répartition des revenus et des richesses est en train d’émerger dans le pays. Encore une fois, notre invité pointe du doigt les gouvernements successifs depuis 2011, plus particulièrement la Troïka : « A cette époque, les plus graves erreurs ont été commises et nous sommes en train de subir ces erreurs encore aujourd’hui », regrette-il. Par ailleurs, notre interlocuteur soutient que les choses se sont aggravées avec le dernier gouvernement.

La dette extérieure : un puits sans fond

D’après Ezzeddine Saidane, la dette extérieure a atteint 90,3 % du PIB. « Si les choses continuent, le chiffre prévu pour l’endettement extérieur atteindra 98% du PIB », affirme-t-il. Dans le même sillage, l’économiste rappelle que le taux moyen de la dette extérieure tourne autour de 3%, ce qui donne une conclusion assez alarmante : « Il faut réaliser 3% de croissance annuellement pour payer uniquement les intérêts de cette dette. »

Ce constat incite notre interlocuteur à se poser des questions qui fâchent : dans ces conditions comment peut-on espérer améliorer le niveau de vie des Tunisiens ? Comment financer les investissements ? Comment prétendre une reprise de la croissance, alors que les fondamentaux de l’économie sont au plus mal ?

A cela s’ajoute que l’endettement est une forme d’atteinte à la souveraineté d’un pays. Un pays qui a atteint ce niveau de dette est-il vraiment un pays souverain ? C’est une des interrogations de notre invité. À cause de la mauvaise gestion des gouvernements, le niveau de la dette implose et nous sommes sous la tutelle du FMI, s’insurge-t-il. Il a rappelé que dans ce cas de figure, même la Banque centrale devient sous la tutelle du FMI qui observe quotidiennement toutes ses actions relatives aux réserves de change.

Cette atteinte à la souveraineté n’honore pas la révolution, poursuit-il. Il prévient : si par malheur la Tunisie basculait dans le rééchelonnement de la dette, les pires scénarios seraient à prévoir. Ce serait un crime vis-à-vis des générations futures et de la jeunesse tunisienne, notamment celle qui a contribué à la révolution.

Un dinar malade depuis 2011

Cette baisse vertigineuse du dinar a induit un appauvrissement général de tous les Tunisiens. Notre invité affirme que la baisse du dinar n’est que le miroir qui reflète ce qui se passe au niveau de l’économie tunisienne. « Pour ceux qui se plaignent uniquement de la situation du dinar, je leur dis que si l’image que vous voyez dans le miroir ne vous plaît pas, la faute n’est pas celle du miroir, la faute c’est à nous et à la manière avec laquelle nous avons géré notre pays » lance-t-il.

Mais l’espoir est toujours permis

L’économiste considère que malgré tout, il est encore possible de sauver les finances et l’économie tunisienne. Cependant, des conditions s’imposent. La première condition est mettre un terme à ce cafouillage politique que vit la Tunisie aujourd’hui et qui empoisonne la vie économique et financière. La deuxième condition est de reconnaître l’existence d’un problème et de se préparer à faire des sacrifices. « Des études sérieuses montrent qu’au terme d’une période de cinq années, la Tunisie pourrait parfaitement retrouver le chemin de la croissance saine », assure-t-il.

Notre invité conclut tout de même sur une note positive en affirmant : « Je suis pleinement convaincu que si le pays s’engage sincèrement avec tout le courage et la détermination qu’il faut sur la voie du sauvetage de son économie, les partenaires étrangers vont l’aider et même cette jeunesse quand elle voit que les autorités sont résolument engagées sur la voie d’une sortie de crise, elle commencera à retrouver la confiance et l’espoir. »

1 COMMENTAIRE

  1. Deux points forts sont à évoquer:
    – l’absence d’un itinéraire voire d’un conducteur d’hommes d’état engagés et responsables consernant le modéle économique à suivre.
    – l’importation qui devenait de très grande ampleur. Les voitures de toutes les marques, des produits consommables que personne n’interdit.
    La Troïka, faisant plaisir à Atatürk, importe tout et rien de la Turquie. Les barons de l’ARP qui favorisent un commerce illégal.
    Une vraie révolution serait indispensable pour accéder à la bonne gouvernance.

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