A quand une stratégie nationale de migration et d’asile ?

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Énième drame de la migration irrégulière… Dans la soirée de samedi 2 juin, aux alentours de 23 heures, un appel de détresse, en provenance d’un bateau transportant des migrants irréguliers, est parvenu à la base de Kerkennah des gardes- côtes tunisiens et de la marine nationale qui se sont déplacés illico presto sur les lieux du drame pour effectuer une opération de sauvetage en mer. Bilan provisoire : 68 personnes sauvées, 48 cadavres repêchés et un nombre encore indéterminé de portés disparus qui font encore l’objet d’opérations de recherches par les gardes- côtes et la marine nationale.

L’incident, ainsi relayé par les médias tunisiens et étrangers, ressemble plutôt à un fait divers banal, alors qu’il ne l’est pas et ce pour diverses raisons. Tout d’abord, ce genre de «faits divers» est devenu monnaie courante depuis quelques années sur nos côtes, mais surtout sur les côtes libyennes voisines. Le dernier en date en Tunisie, fut celui du 8 octobre dernier, quand un bateau de sauvetage de la marine nationale a heurté, dans les ténèbres de la nuit marine, un bateau transportant plus d’une centaine de migrants irréguliers dont seulement quelques dizaines ont été sauvés, alors que la majorité a péri en mer. La route de l’eldorado européen, the European Dream, est devenue désormais semée d’embûches, avec une mort quasi certaine au tournant.

Le feuilleton de chaque été semble déjà avoir entamé son premier épisode pour cet été 2018, puisque nous n’en sommes qu’au début et que l’on est en droit de craindre encore davantage de victimes. Jusqu’à quand va durer ce drame? Personne n’en a aucune idée. Mais ceci donne, indubitablement, matière à réfléchir sur l’avenir de ce bassin méditerranéen, devenu désormais un grand cimetière pour des milliers de Tunisiens, de Maghrébins et surtout d’Africains subsahariens qui choisissent l’aventure périlleuse en mer, pour fuir une réalité ingrate.

Inscrire la migration irrégulière parmi les priorités

C’est dans ce contexte que l’on se demande si l’Etat tunisien a inscrit ce phénomène de la migration irrégulière dans son agenda et classé parmi ses priorités, notamment, parce que les départs enregistrés à partir de la Tunisie ne concernent pas que les Tunisiens. Les chiffres publiés par le bureau de Tunis du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et par le Bureau de Tunis de l’Organisation mondiale pour les Migrations, montrent que le pays est en train de se transformer, crescendo, en pays de transit pour des milliers de candidats à la migration irrégulière venus d’autres cieux africains et nord africains.

Certes, la Tunisie a opté dans ce domaine pour une politique de portes ouvertes. Et c’est ainsi que des milliers d’Africains débarquent en Tunisie en toute régularité et atterrissent à l’aéroport Tunis-Carthage, pour se rendre ensuite vers le sud, plus précisément vers Sfax et Zarzis, où les opportunités de migration irrégulière sont importantes. D’autres fuient l’enfer libyen et viennent se réfugier en Tunisie dans l’attente d’une opportunité. La Tunisie a pris, à cet égard, deux mesures, hautement saluées par le HCR et l’OIM qui consistent, d’une part, dans la levée, il faut dire officieuse, des restrictions empêchant ces migrants africains de travailler sur le territoire tunisien, et, d’autre part, d’autoriser l’ouverture, à Médenine, de deux foyers d’accueil de migrants irréguliers, le Foyer Al Hamid pour les migrants et le foyer Ibn Khaldoun pour les demandeurs d’asile.

En outre, le HCR a réussi à impliquer la société civile en matière de gestion de ces flux migratoires, nommés «Flux Migratoires Mixtes», puisqu’ils englobent dans le même contexte les migrants économiques, les réfugiés et demandeurs d’asile, mais aussi différentes autres catégories de personnes jugées vulnérables. Ainsi, des organisations, comme le bureau de Tunis du Conseil Italien pour les Réfugiés (CIR), le Conseil Tunisien pour les Réfugiés (CTR), l’Institut Arabe des Droits de l’Homme (IADH) et le Croissant Rouge Tunisien (CRT) sont mandatés par le HCR pour exécuter des projets en faveurs des migrants irréguliers, des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Cependant, le travail important réalisé par ces ONG, soutenues il faut le reconnaitre par les autorités régionales surtout celles de Médenine, reste toujours insuffisant en l’absence d’une stratégie nationale tunisienne qui permet une meilleure gestion du phénomène, mais aussi, qui permet que cette gestion soit faite dans le cadre du respect total de la souveraineté de l’Etat tunisien.

Un projet de loi sur l’asile est déjà élaboré par les services compétents du ministère de la Justice, mais qui demeure encore à l’examen au niveau de la Présidence du gouvernement. En attendant qu’il soit renvoyé au parlement pour promulgation, on est en droit d’espérer un été 2018 paisible au niveau de nos côtes, un été où le nombre de ces victimes, du profond désir de vivre dans la dignité, soit réduit.

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