Quel modèle pour la banque des régions ?

banques régionalephoto d’archives (Kasserine)

Le projet d’une banque des régions remonte à plusieurs années, sans qu’il soit concrétisé. Au début, l’idée était réservée à la Poste, dotée d’un large réseau, mais le dossier a été rapidement enterré.

Récemment, les bruits du marché évoquent une fusion entre la BFPME et la SOTUGAR pour créer cette banque. Mais est-ce qu’il s’agit de la meilleure solution pour relancer l’investissement dans les régions de l’intérieur ?

Les raisons d’être d’une banque des régions

Les banques régionales, qui sont considérées comme des établissements de proximité, ont l’avantage d’être plus efficaces dans la sélection des emprunteurs. Opérant à un niveau local, elles répondent mieux au problème de la sélection des clients. En fait, le principal problème pour une banque est le partage inéquitable de l’information concernant le risque attaché au projet financé.

Ce genre de problème donne naissance aux impayés et aux créances classées. Les banques régionales sont idéalement placées pour identifier les clients solvables et assurer, par conséquent, une meilleure allocation des ressources. Elles sont également censées être plus efficaces au niveau du contrôle post-octroi de crédits.

Un modèle de fonctionnement différent…

Mais pour qu’elle soit effectivement efficace, une banque régionale doit passer à un modèle qui diffère de celui avec lequel nos établissements de crédits ont toujours fonctionné.

D’abord, au niveau de l’étude des projets, il faut laisser de côté l’aspect garanties et gages. Elle doit être une banque qui accompagne les idées innovantes et mêmes classiques, selon la nature de l’économie locale. Nous parlons donc ici d’un business plan qui doit être challengé, discuté et arrêté dans une version qui bénéficie de l’accord du prêteur et de l’emprunteur. Il servira de base pour l’identification des besoins de financement, d’investissement et de suivi des réalisations.

Ensuite, en matière de contrôle, la banque régionale peut se montrer plus proche de son environnement, et peut non seulement apporter son soutien durant les périodes difficiles, mais anticiper ces crises grâce à son savoir-faire et à sa vision globale de l’environnement. L’entreprise bénéficiaire pourrait alors mieux se préparer pour les affronter, via des décisions stratégiques.

Enfin, une banque régionale doit fonctionner comme une banque d’affaires. Elle valorise les projets, non pas à leurs valeurs mathématiques, mais avec les ratios du marché, créant ainsi progressivement un marché corporate. Elle peut provoquer des fusions avec d’autres entreprises clientes, entrer dans le capital d’entités performantes en quête de développement, et même accompagner les entreprises dans la recherche de partenaires techniques et financiers. Cela permettra de créer une dynamique économique au niveau régional, de contribuer à la création d’emploi, de sa conservation et de la création de valeur d’une façon générale.

….Avec des ressources humaines différentes

Le personnel de cette banque doit être essentiellement composé de jeunes, qui passent plus de temps sur le terrain que dans leurs bureaux. C’est une nouvelle génération de chargés de clientèle plus proches de leurs environnements, qui collectent l’information des sources peu classiques, et qui peuvent aller jusqu’à consulter l’entourage du prêteur.

Nous revenons donc à la question de départ : est-ce que la fusion de la BTS et la SOTUGAR peut donner naissance à l’établissement tant recherché ? Franchement, ce n’est pas évident. Nous pensons qu’il convient de créer une nouvelle entité, avec de nouvelles ressources au lieu de l’associer à des structures qui existent déjà.

Faire appel à certains cadres de ces deux entités pour assurer les postes clés de management serait une bonne idée, mais il faut bien créer ce nouveau mode de gestion et de gouvernance pour que la banque réussisse. Autrement, il y aurait un seul apport majeur : créer un nouvel établissement de crédits en difficulté.

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Publié le 14/05/2018 à 10:00

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