Industrie tunisienne : la nécessaire transformation

exportations industrielles

Il n’en demeure pas moins vrai aujourd’hui que pour assurer la relance de l’activité économique, atteindre un niveau de croissance accéléré, stimuler l’investissement et la création de richesse, il importe de penser à une meilleure transformation de l’industrie tunisienne qui exige donc de renouveler l’outil de production, remettre l’industrie tunisienne sur les rails, renforcer la vocation industrielle de la Tunisie et gagner des parts dans la compétition mondiale. Quatre panels ont marqué hier la conférence nationale sur l’industrie tunisienne et les PME : garantie de développement économique. 

Ainsi, l’amélioration de la compétitivité du secteur industriel tunisien a fait l’objet du premier panel organisé à l’occasion de la tenue de la Conférence nationale sur l’industrie et les PME.

Afif Chelbi, président du Conseil des analyses économiques relevant de la présidence du gouvernement, qui a salué la résilience des PME tunisiennes face aux difficultés, a affirmé que malgré les transformations historiques importantes qu’ont connues plusieurs secteurs industriels tels que les IME et les TIC, des lacunes persistent.

« La résilience des PME a des limites malgré l’optimisme. Il faut passer à des nouveaux paliers, doubler les exportations industrielles d’ici 2025 et fixer de nouvelles stratégies », dit-il.  Pour atteindre ces objectifs, Afif Chelbi a recommandé de créer tout un nouveau système pour les PME.

Créer les conditions favorables à l’investissement

Interpellé sur le rôle des industriels dans le renforcement de la compétitivité industrielle, Samir Majoul a appelé à investir davantage et à créer des emplois, mais tout cela nécessite, dit-il, la création de conditions favorables, notamment celles liées aux facteurs de production comme la baisse du coût de la logistique et de l’énergie, la création de nouvelles zones industrielles modernes, la stabilisation de la monnaie, la modernisation du Port de Radès et l’éviction du système informelle vers le système formel.

Antonius Verhejen, responsable des opérations de la Banque mondiale pour la Tunisie, a recommandé d’ouvrir de nouveaux chantiers, de faire les réformes transversales comme la réforme de l’éducation et du système public de la recherche scientifique.

Il a également souligné l’importance de faciliter l’accès des PME aux sources de financement et l’intégration verticale des chaînes de valeur.

Lamia Fourati, Chief strategy officer à OneTech Group,  a pour sa part insisté sur l’innovation qui est devenue un facteur clé dans l’amélioration de la compétitivité. « Il faut valoriser le travail et rejoindre la nouvelle révolution industrielle. L’administration doit passer à une nouvelle culture et restaurer un dialogue public-privé », a-t-elle recommandé.

Ce premier panel sur l’amélioration de la compétitivité de l’industrie tunisienne a été notamment marqué par le témoignage d’Abdelwaheb Ben Ayed, PDG de Poulina Group Holding (PGH), une des success strories tunisiennes qui se sont distinguées par leur contribution au développement industriel. Abdelwaheb Ben Ayed a exposé les démarches adoptées par PGH pour améliorer la compétitivité du groupe avec, notamment, la séparation entre le capital,  le travail et la gestion, le renforcement du volet formation du personnel, la stabilité sociale et la lutte contre le régionalisme au sein du groupe.

Créer des champions nationaux

L’émergence de nouveaux champions nationaux dans l’industrie tunisienne passe inéluctablement, selon le nouveau président de l’IACE, Tayeb Bayahi,  par l’intégration dans les chaînes de valeur.

Invité pour présenter l’expérience de l’Agence Française de Développement, Gilles Chausse, directeur de l’AFD à Tunis,  a souligné que la dimension verte, la mobilité et l’intelligence sont les trois dimensions qui vont déterminer les champions dans les prochaines années. « Il n’y aura pas de champions s’il n’y a pas de formations au profit des cadres et des employés », a-t-il dit.

Pour booster la compétitivité des PME tunisiennes, Gilles Chuasse a recommandé de faciliter les procédures administratives, l’accès aux devises et aux sources de financement pour répondre aux besoins des entreprises et l’amélioration de l’infrastructure.

Aziz Mbarek, directeur général d’AfricInvest, s’est interrogé, quant à lui,  sur la facilitation de l’accès aux crédits au profit des champions. Il a, dans ce sens, appelé à mettre en place une nouvelle stratégie fondée sur une nouvelle culture pour permettre aux PME de grandir et devenir des champions parce qu’il y a aujourd’hui un handicap culturel sur cet aspect. « Il faut adopter une stratégie de cluster sur certains secteurs, penser à l’internationalisation des entreprises et libérer l’investissement extérieur sur certains pays parce qu’il y a aussi un problème de taille de marché », a constaté le DG d’AfricInvest.

Hichem Elloumi, président du Groupe Coficab, un des champions de l’industrie tunisienne, a souligné que pour être champion, il faut d’abord maîtriser son métier sur le marché local. Hichem Elloumi a déploré la méfiance à l’égard de l’internationalisation qui peut aider à développer le marché local comme point de départ et doubler la croissance des exportations.

Le président du Groupe Coficab n’a pas manqué d’appeler d’adopter un plan d’urgence pour le Port de Radès, évaluer la loi nouvelle sur l’investissement une année après son entrée en vigueur, faire face à l’économie informelle et assainir le climat des affaires.

Financer l’innovation

L’accompagnement des PME est le troisième axe évoqué par les panélistes pour améliorer la compétitivité des PME tunisiennes. Sur ce point, Ahmad Al Karm, président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers, a rappelé le rôle des banques dans l’appui financier des PME.

« La PME tunisienne est mal financée. Seule la voie bancaire est aujourd’hui utilisée par la plupart des PME qui se trouvent livrées à elles-mêmes et se développent dans un environnement hostile marqué notamment par un problème majeur au niveau de la gouvernance. L’accompagnement des PME doit être plus large que le périmètre financier », a-t-il poursuivi.

Il a recommandé, en outre, de moderniser la législation relative à l’accès aux différentes sources de financement et passer à l’industrie 4.0 basée sur l’innovation et l’intelligence et qui n’est pas encore entrée dans la culture des banques qui ne possèdent pas aujourd’hui des critères d’évaluation des projets industriels en matière d’industrie 4.0.

Pour sa part, Noureddine Hajji, directeur général d’Ernst & Young, a salué les PME tunisiennes qui ont pu résister face à la crise en 2017 et continuer malgré tout à faire de la croissance. Rappelant les principaux résultats du baromètre 2018 des entreprises en Tunisie, il a indiqué que 60% des PME ont fait de la croissance en 2017 et une grande majorité d’entre elles se projettent dans un avenir meilleur.

Toutefois, Noureddine Hajji n’a pas manqué de mettre l’accent sur la mauvaise conjoncture qui affecte de plus en plus le moral des chefs d’entreprise. « Il faut créer un écosystème pour l’encouragement à l’innovation afin de bonifier les PME, celles qui sont sur la bonne voie en matière de recherche », a-t-il lancé.

Dans le cadre de cette conférence nationale sur l’industrie et les PME, un dernier panel a été organisé hier sur la promotion de la Tunisie comme hub industriel et technologique, et ce, avant d’annoncer des Journées de l’entrepreneuriat dans tous les gouvernorats.

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