Visite guidée dans la Dream City de la Médina de Tunis

Cinq jours ont suffi pour transformer la Médina de Tunis en espaces de création artistique. Les mordus de l’art sont partis à la découverte des surprises artistiques enfouies dans ces espaces. Mais, la tâche n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Si quelques espaces de la Médina sont connus par un large public, d’autres ne le sont pas et leur accès nécessite une connaissance préalables des coins et recoins de la Médina ou de suivre une carte détaillée de la Médina, ce qui  donne un aspect initiatique à l’aventure, dans cette 6ème édition de Dream City qui s’est tenue du 4 au 8 octobre. 

Nous avons déambulé dans les dédales de La Médina, samedi 7 octobre, pour vous faire découvrir deux projets artistiques à nos lecteurs. Deux projets différents en dépit d’un fil conducteur unique, à savoir : un souci d’attachement à la réalité tunisienne et une volonté d’interroger la mémoire des lieux et des traditions .

Si l’artiste visuel Sonia Kalal a travaillé sur la chéchia comme métier en voie de disparition, à travers une approche artistique et muséale à la fois, l’artiste plasticien Malek Gnaoui, dans son projet artistique intitulé  « 0904 », a préféré faire la reconstitution de la Prison civile 9 Avril (Tunis) à partir des souvenirs d’anciens prisonniers de droit commun  qu’il a rencontrés. Les deux  artistes se sont appropriés deux espaces de la Médina pour les intégrer dans leurs créations artistiques.

0904  : mémoires d’anciens prisonniers contre la version officielle de l’Etat
Porté à bout de bras par l’artiste  plasticien Malek Gnaoui , ce projet artistique est la reconstitution de  la Prison civile du 9 Avril à travers des témoignages d’anciens prisonniers  qu’il a recueillis.  L’artiste plasticien  a utilisé Dar Dey,  une maison abandonnée située à côté de la Rachidia pour faire la reconstitution.  Ne pouvant avoir accès aux archives de la Prison civile pour se documenter, l’artiste a dû se contenter des souvenirs d’anciens prisonniers. “ Aux archives nationales, les documents relatifs à cette institution  se limitent  à 1956”, précise-t-il.

 » Les images des  familles qui attendent leur tour pour donner le panier aux  prisonniers dans la prison m’ont beaucoup marquées quand j’étais enfant. Je me souviens encore de sa grande porte bleue »,  ajoute-t-il.

Le personnage de Naceur un ancien condamné à mort surgit des témoignages de quelques prisonniers  interrogés par l’artiste. C’est l’histoire d’un condamné à mort dont la tentative d’exécution par pendaison a échoué deux fois.  Les témoins affirment que les oiseaux de la prison ont accompagné le prisonnier sur le chemin de la pendaison. Il paraît qu’il était le seul prisonnier que les oiseaux approchaient.

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Suite à l’échec de la pendaison, il n’a pas été médicalement assisté. Il en est mort par la suite. On retrouve dans  l’espace un portrait robot de l’ancien prisonnier fait à partir des témoignages d’anciens prisonniers, avec un plan de la prison.  des oiseaux albinos du même type qui l’ont accompagné à la pendaison survolent l’espace. En se promenant à Dar Day, on écoute l’histoire de Naceur relatée par un ancien prisonnier à travers un baffle. L’artiste a même pris soin d’installer une potence qui a la même taille et les même caractéristiques de celle de la prison.  Cet univers incite à la réflexion sur l’isolement et la souffrance du prisonnier. Pour rappel, la Prison civile du 9-Avril a été démolie en 2006.

Tafkik (démontage) : pour rendre les titres de noblesse à la chachia
Réalisé par l’artiste visuel Sonia Kallel, le projet est une tentative de  lutter contre l’oubli, pour rendre ses titres de noblesse à ce métier ancestral dont les secrets sont encore jalousement gardés par la famille  des chaouachi. C’est dans le premier étage du palais Kheireddine, que Sonia Kalel a pris ses quartiers.

A travers des images, témoignages vidéo, peinture, accompagnés de texte explicatif, le visiteur fait son immersion dans le monde de la chachia.  Afin de mener à bien son projet, l’artiste a rencontré plusieurs artisans.   Certains l’ont invitée à suivre le processus de fabrication de la chachia.

L’artiste s’est imprégnée de ce savoir-faire et a essayé de saisir pour les visiteurs le côté poétique que confère à ce beau métier le passage du temps.

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