Finances publiques : l’heure est grave

Le mouvement Machrou3 Tounes a  organisé une table ronde, hier 16 août, à Tunis,  sur  « La crise des finances publiques :  défis et solutions », en présence d’un certain nombre d’économistes et d’experts. Tous les intervenants ont été unanimes pour dire que l’heure est grave et que des solutions urgentes doivent être mises en place. La table ronde s’est tenue en présence de Mohsen Marzouk, secrétaire général du parti politique et quelques membres de partis politiques amis de Machrou3 Tounes.  

Le débat a été modéré  par l’économiste  Abdelkader Boudriga. L’un des membres du parti a pris soin  d’exposer la problématique avant de donner la parole aux panélistes. Il a indiqué qu’au moment même où les partis politiques ne sont préoccupés que par les élections municipales et par la présidentielle de 2019, le mouvement machrou3 Tounes se penche sur un sujet crucial pour l’avenir du pays, à savoir les finances publiques de l’Etat.

Pour Hakim Ben Hammouda, l’état dans lequel se trouvent les finances publiques relève de la sûreté nationale. Pour lui, plusieurs indices montrent bel et bien que les finances publiques courent un grave danger. Dès l’époque où il était ministre des Finances, il avait tiré la sonnette d’alarme pour dire que l’année 2014 serait difficile, mais, dira-t-il,  » l’année 2018 sera plus dangereuse encore étant donné que le déficit budgétaire  a atteint un record historique  » prévient-il. Dans le même contexte, il a rappelé que  toutes les lois de finances de l’après-14 janvier 2011 ont connu des loi de finances complémentaires. Pour l’économiste,  les finances publiques se trouvent face à quatre défis majeurs auxquels il faut trouver des solutions adéquates, à savoir le déséquilibre entre les recettes et les dépenses de l’Etat,  le recul de l’investissement et les méthodes de financement. Et de recommander de ne plus considérer le budget de l’Etat comme un simple équilibre comptable, car  c’est aussi une affaire d’investissements directs et indirects.

Habiba Louati Jrad, ancien cadre au ministère de Finances, a déclaré que son expérience lui a prouvé que les chiffres ne reflètent pas toujours la réalité du pays. Elle a regretté que certains organismes publics telles la CNSS et la CNRPS attendent tout de l’Etat et ne font pas de leur mieux pour s’améliorer et la même chose est valable pour les communes et les institutions «  qui  s’en remettent à l’assistanat or l’Etat est loin de pouvoir tout faire», regrette-t-elle.

Quant au représentant du FMI en Tunisie, Robert Blotevogel, il a tenu à saluer les efforts fournis par le gouvernement tunisien. Il a indiqué  que tout le monde est d’accord sur la nécessité de mener à bien les réformes qui peuvent faire sortir le pays de  la crise où il se trouve actuellement. De même, il a souligné l’importance de la baisse de la masse salariale, dans le cadre des réformes menées par le pays.

L’ancien secrétaire d’Etat et professeur universitaire, Chokri Mamoghli, a, de son côté,  indiqué que le déficit avant le 14 janvier 2011 était situé entre 1 et 3% mais  de nos jours on parle d’un déficit de l’ordre de 6% mais en réalité, «  ce n’était pas un déficit, c’était un excédent puisque le gouvernement demandait   aux  entreprises publiques de garder les  bénéfices pour elles et de ne pas les reverser à la Trésorerie de l’Etat pour pouvoir bénéficier de l’aide de la part des institutions internationales ». Revenant  sur la situation actuelle, il a fait savoir que l’épargne nationale a besoin de correctifs : en 2010  elle était à hauteur de 23% aujourd’hui ce taux est passé à 11% à cause de la détérioration du pouvoir d’achat des Tunisiens.

L’ancien directeur général des Finances Extérieures à la BCT, Brahim Hajji,a indiqué, pour sa part, que l’Etat ne peut mener à bien ses tâches d’investisseur public et de régulateur que s’il dispose d’un budget conséquent. Face au déficit il s’est posé la question si la Tunisie a encore le droit  de sortir sur les marchés internationaux afin de lever des fonds dans le contexte actuel,  notamment avec la note souveraine actuelle.

En marge du séminaire, Mohsen Marzouk a  considéré que le budget 2018 aura un déficit de 14 MD. Quelles sont les solutions à proposer ? La balle est dans le camp des partis politiques, dira-t-il en conclusion.

 

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