Télévisions tunisiennes : lorsque la redif fait loi !

rentrée télévision L'Economiste Maghrébin

C’est un constat que personne ne peut contredire. Il y a de l’exagération dans l’usage fait par nos chaînes des programmes rediffusés. Veut-on maximiser les audiences ? Certes. Mais n’y a-t-il pas une limite à tout ?

Cela pourrait s’appeler servir du réchauffé. Il serait en effet difficile de qualifier autrement les programmes de certaines de nos chaînes de télévision- pour ne pas dire la plupart d’entre elles- à vouloir rediffuser leurs programmes.

Il suffit d’ouvrir votre poste pour remarquer que rediffusions et  autres programmes d’archives (quelquefois en noir et blanc pour nos deux chaînes nationales) constituent une bonne partie de la programmation.

Il arrive que le même programme soit rediffusé plus d’une fois. Et que la même émission soit diffusée deux fois au cours de la même journée. Une émission de débat sur l’actualité du jour est diffusée quelquefois et en Access prime-time et en prime-time.

La diffusion des programmes d’archives est bien utile

Nul n’ignore que la rediffusion est bien utile. Toute rediffusion est capable de maximiser l’audience d’un programme. On peut pour une raison quelconque rater un programme et vouloir « se rattraper » en regardant sa rediffusion. L’option du « VOD » (« Video on Demand ») qui consiste à insérer les programmes dans les sites internet des chaînes sert du reste cette cause.

La diffusion des programmes d’archives est également bien utile. Cette diffusion participe en particulier du devoir de mémoire qui est une obligation des chaînes. Rappeler des créateurs comme Mokhtar Hachicha, Abdessalem El Bech, Zohra Faïza, Mohamed Ben Ali, Zoubeir Turki et bien d’autres ne participe-t-il pas, par exemple, de cette logique ?

Les chaînes publiques savent du reste qu’elles possèdent là un trésor précieux par rapport à ces concurrentes du secteur privé. C’est pourquoi, elles en abusent même en multipliant les programmes consacrés aux archives qu’elles possèdent.

Mais n’est-ce pas trop ? En fait, cette radiodiffusion à tout rompre a une explication certaine : le manque de programmes pour meubler une diffusion en continu (7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 heures).

Un vécu qui terrasse les managers des chaînes

Il arrive que l’on ne se rende pas compte de cette réalité au début. Mais tout professionnel finit par être confronté aux dures règles de la télévision. D’autant plus que cette programmation ne peut être menée à l’emporte-pièce.

Les programmations des télévisions  généralistes – comme le sont la plupart de nos chaînes- sont constituées pour ainsi dire de plages plus ou moins spécialisées: grosso modo, le matin et l’après-midi : cartoons, films, documentaires et émissions pour femmes et enfants  et le soir : émissions de débats, journaux, émissions de variétés et de divertissement. Il suffit de consulter de nombreuses études, y compris tunisiennes, pour se rendre compte que l’on n’est pas bien loin de cette description sommaire.

Un vécu qui terrasse les managers des chaînes : il faut trouver, comme on le dit dans la profession, de la matière. Une matière que l’on se doit de produire, du moins en partie, soi-même.

Arrivés à ce niveau de la réflexion, l’on ne peut oublier que bien des espoirs ont été longtemps fondés sur la capacité des chaînes privées à développer la production tunisienne. Avec notamment la déception laissée par  la disparition de la moribonde ANPA (Agence Nationale de la Production Audiovisuelle) en 2007.

Il suffit de jeter un regard rapide sur les grilles des programmes de nombreuses de nos  chaînes TV,  dont certaines tournent au ralenti lorsqu’elles n’ont pas quasiment disparu, pour se rendre compte qu’en dehors du mois de Ramadan,  l’espoir n’est pas permis.

Une manne publicitaire de 171.1 millions de dinars

La production-maison, comme on dit aussi dans la profession, se limite, pour l’essentiel, à des talk-show et à des émissions de débats. Qui obéissent à une logique de low cost : elles ne coûtent pas cher comparées à des émissions de variétés ou à des émissions du genre dit dramatique (téléfilms, feuilletons, séries,…)

On ne saurait être un tant soit peu complet si l’on ne cite pas aussi la faiblesse de la manne publicitaire. Celle-ci se situait pour l’audiovisuel, selon le cabinet de Sigma Conseils, autour de 171.1 millions de dinars en 2015 (dont 139.3 millions de dinars pour la télévision toutes chaînes comprises).

Je vous laisse deviner les difficultés auxquelles sont confrontées nos télévisions et, qui plus est, dans un climat de concurrence, à financer des programmes dits maison.   La situation aurait empiré depuis !

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