Non à la corruption, mais…

Agir contre la corruption. Tel est l’appel lancé par une grande partie des magistrats et des avocats. Lutter contre la corruption, par quels moyens et quelles sont les solutions ?

C’est dans ce cadre que s’inscrit la manifestation organisée le 16 avril par l’association “Diligence” avec pour thème :“L’expérience du Pôle judiciaire financier dans la lutte contre la corruption”.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les autorités judiciaires? Pour Monji Boulares, magistrat chargé du crime de blanchiment d’argent, il est évident que la justice est confrontée à des difficultés extrêmement graves, en soulignant: “Cela ne date pas d’hier. Nous manquons de moyens aussi bien sur le plan logistique, financier que sécuritaire.

Les conditions dans lesquelles travaille le juge sont chaotiques. Prenons un exemple : un juge qui traite un dossier de corruption, ou une affaire liée au terrorisme, comment voulez-vous qu’il travaille s’il ne se sent pas protégé ? On dirait que le pouvoir exécutif actuel considère un juge comme un fonctionnaire, alors qu’on doit comprendre que la justice est aussi un pouvoir, et non le bras armé du pouvoir exécutif »,  ajoute-t-il.

Il poursuit: “ Tout le monde revendique l’indépendance de la justice. Quand on parle de l’indépendance de la justice, on parle de se doter de véritables outils à différents niveaux pour traiter de sujets brûlants comme la corruption, le terrorisme, le blanchiment d’argent. Or jusqu’à aujourd’hui, prenons le cas de la corruption, a-ton défini ce qu’est au juste la corruption ? Le mot est vaste, on peut ainsi évoquer la corruption financière, morale. La réponse est non. Si on veut construire un Etat de droit,  c’est tout un processus qu’il faudrait mettre en place”.

Il ajoute : “Si on veut comprendre ce qui s’est passé de 2011 et jusqu’à aujourd’hui, la réponse est claire : chaque pays qui passe par une crise, devient un terrain propice aux mafieux”.

De son côté, Chawki Tabib, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, a fait savoir  que pour lutter efficacement contre la corruption, il faut qu’il y ait trois éléments essentiels: la  solidarité, la coordination et la complémentarité. Ce n’est qu’à travers ces trois éléments et avec le concours de toutes les institutions dédiées à la lutte contre la corruption, au pôle judiciaire et financier, à  la Cour des comptes jusqu’à la société civile que l’on pourra prétendre lutter contre la corruption.

Il poursuit: “Avec ce qui se passe, l’Etat est absent dans ce dossier, pourquoi ? Je l’ignore, je ne peux m’ expliquer cette absence de volonté pour combattre ce fléau qui gangrène la société tunisienne. Je vous donne un exemple : la Tunisie reçoit beaucoup d’argent de l’étranger sous forme d’aides, de prêts entre autres.  Ils ne sont que 450 fonctionnaires préposés à la tâche du contrôle de l’utilisation de ces fonds. Est-ce suffisant pour prévenir d’éventuels abus ? Il n’y a donc  pas réellement une volonté politique. Et je lance un appel au Président de la République, comme il a déclaré la guerre au terrorisme, qu’il en fasse de même pour la corruption”.

Que faire?

Selon M. Tabib, une véritable autorité en charge de la lutte contre la corruption doit être mise en place. Il faut qu’il y ait un organe qui rassemble toutes les structures pour qu’elles ne soient plus dispersées. Un autre élément que propose le président de l’instance : un arsenal juridique de lutte contre la criminalité économique et financière. Il lance, par la même occasion, un appel aux dirigeants des partis politiques et aux associations pour déclarer leurs biens, idem pour les fonctionnaires. Ce qui serait un bon exemple.

De son côté, le président de l’association “ Diligence”, estime que le défi essentiel repose sur l’adoption  d’une nouvelle culture qui commence dès l’enfance. Je trouve que si on est arrivé là où nous sommes aujourd’hui, c’est en partie dû au relâchement de l’Etat.

Après les discussions et les débats, une série de recommandations ont été annoncées :

  • La nécessité d’aborder la question de la corruption financière en général, à travers le renforcement des structures et des organes compétents,
  • L’adoption d’une loi réglementant le Pôle financier et judiciaire pour surmonter toutes les difficultés soulevées aujourd’hui,
  • L’affectation des moyens financiers, humains et logistiques nécessaires pour faciliter le travail des juges,
  • Renforcer la coopération entre le Pôle judiciaire et financier et tous les organismes intervenant, et en particulier l’Instance nationale de lutte contre la corruption et celle de la vérité et de la dignité pour atteindre l’objectif principal qui est de lutter contre la corruption sous toutes ses formes.
  • Le lancement d’une campagne de sensibilisation, de lutte contre la corruption.
  • Appel aux médias pour sensibiliser le public sur la gravité de la corruption financière dans tous les domaines de la vie économique et sociale.
  • Appel à récompenser le dénonciateur.

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