Terrorisme : qui doit-on traîner en justice?

Si le terrorisme est devenu un phénomène mondial et global, capable de frapper n’importe quand et n’importe où dans le monde, cela démontre l’époustouflante incapacité de la Communauté internationale à regarder la réalité en face et à aller à la source du mal, plutôt que de s’atteler obstinément au traitement de ses effets. Car ce qui s’est passé à Tunis, à Paris, à Bamako, à Ankara ou à Bruxelles, ce ne sont que les effets pervers d’un mal profond qui a trouvé le terrain favorable pour  croître de manière dévastatrice.

Si autant de villes arabes et européennes sont aujourd’hui endeuillées, si autant de pays sont la cible de ce mal du siècle, les vrais responsables ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Si le terrorisme a pris aujourd’hui le caractère endémique avec les effets dévastateurs des grandes épidémies des siècles passés, c’est parce que pendant des années non seulement on n’a rien fait pour juguler le mal, mais il y a des pays avec de gros moyens financiers et logistiques qui ont nourri et entretenu impunément le phénomène au vu et au su de tous.

Tout se passe comme si, par exemple, pour lutter contre le trafic de drogue, on mobilise toutes les forces pour traquer les petits dealers, sans jamais s’intéresser, interpeller ou demander des comptes aux grossistes ou aux propriétaires des grandes plantations de coca. Il en est de même pour le terrorisme. On mobilise les grandes agences internationales du renseignement, on met sur le pied de guerre les grandes forces policières et militaires pour traquer des candidats au suicide, victimes d’un lavage de cerveau en règle, mais on ne prête aucune attention à l’arbre maléfique, ni à ceux qui l’ont planté, entretenu et arrosé.

Où se trouvent les responsables de cet arbre maléfique? Un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Arabie saoudite, en Turquie, en France, et même en Belgique. En Belgique justement où, quelques minutes après les attentats du 22 mars, le sénateur belge, Alain Destexhe a dénoncé « l’aveuglement et l’excès de tolérance des autorités et des médias vis-à-vis de la montée de l’islamisme. » Le sénateur belge n’était pas surpris par les attentats de Bruxelles, mais « plutôt que le pays ait si longtemps été épargné »…

Maintenant que nous sommes tous menacés à un degré ou un autre, le temps n’est-il pas venu enfin de se pencher sérieusement sur cet arbre maléfique en demandant des comptes à ceux qui l’ont planté hier et à ceux qui continuent de l’arroser et de l’entretenir aujourd’hui?

L’arbre maléfique a été planté au début des années  80 du siècle dernier, quand les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont mobilisé, financé et armé des dizaines de milliers de djihadistes qu’ils ont envoyés en Afghanistan pour guerroyer contre les Soviétiques qui tentaient alors de sauver le régime laïque afghan.

L’arbre maléfique a été entretenu dans les années 1990 par la Grande-Bretagne qui a été si tolérante, si prévenante, si serviable et si généreuse avec les islamistes de tous bords, à tel point que l’Etat britannique ne trouvait aucune raison de réagir, même quand ceux-ci transformèrent Londres en « Londonestan ».

Dans les années 2000, c’est la Belgique qui prend le relais dans l’entretien de l’arbre maléfique. Alors que Bruxelles se transformait progressivement en « Bruxellistan », l’Etat belge, sous prétexte de respecter la démocratie, la liberté, les droits de l’Homme et autres principes du lexique politique occidental, regardait ailleurs alors que les cellules terroristes, dormantes ou éveillées, proliféraient en Belgique, telles des cellules cancéreuses.

Selon Le Figaro du 22 mars 2016, « des réseaux belges ont été impliqués dans les grands attentats terroristes des vingt dernières années. Parmi les plus connus, citons l’assassinat du commandant Massoud en Afghanistan deux jours avant le 11 septembre 2001, les attentats de Madrid en 2004 et, plus récemment, la cellule de Verviers, l’attaque du Thalys et, bien sûr, les attentats de Paris. C’est une Belge convertie qui fut la première Européenne à commettre un attentat kamikaze en Irak en 2005 »…

Après les attentats du 11 septembre 2001, l’ancien président George W. Bush, voulant abattre l’arbre maléfique, l’a, au contraire, volontairement ou involontairement énormément fortifié, en abandonnant le terrain où il a ses racines, l’Afghanistan en l’occurrence, et en s’attaquant à la barrière infranchissable qui se dressait majestueusement contre sa progression, en l’occurrence le régime irakien. Depuis l’arbre maléfique n’arrête pas de progresser et d’empoisonner la vie de centaines de millions d’êtres humains.

Dix ans plus tard, en 2011, Nicolas Sarkozy, David Cameron, Hillary Clinton et quelques autres, non contents du désastre biblique irakien, unissent leurs efforts pour créer un autre désastre en Libye. Après la destruction du régime de Kadhafi, l’autre barrage infranchissable contre le terrorisme, cinq millions de Libyens sont livrés à l’anarchie la plus dévastatrice et au règne le plus abject des milices islamistes.

Toujours en invoquant les principes du lexique politique occidental, ces fossoyeurs ont tenté et tentent toujours de faire subir au régime syrien le même sort que les régimes irakien et libyen. Tout cela pour dire que l’arbre maléfique, planté en Afghanistan il y a plus d’un tiers de siècle, a progressé depuis de manière si dramatique que ses branches se sont étendues aujourd’hui aux cinq continents et ce, grâce à l’aveuglement, à la stupidité et à l’irresponsabilité de nombreux politiciens occidentaux.

Cela dit, on ne peut s’empêcher de poser les questions suivantes: à qui doit-on demander des comptes en premier lieu, à George Bush, Tony Blair, Nicolas Sarkozy, Hillary Clinton et David Cameron, sans oublier les Saoudiens et les Turcs, ou aux brebis galeuses dont le lavage de cerveau et la simplicité d’esprit font d’eux de simples robots tueurs? Qui doit-on traîner en urgence absolue devant les tribunaux de la justice internationale, celles-ci ou ceux-là? La réponse est évidente pour tous, mais tout le monde n’a pas le courage et l’honnêteté de le reconnaître.

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