Grèves : cinq ans d’errance, ça suffit !

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Dix ans, ça suffit ! Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? De Gaulle bien sûr ; mai 68. Dix ans de gaullisme (1958-1968), les Français ont dit à l’époque au Général, basta.

Cinq années d’errance, d’approximations, d’hési­tations et de connivences douteuses, ça suffit, disent aujourd’hui les Tunisiens ; yezzi fok ! Un cri de ralliement que l’ancien président Ben Ali connaît fort bien pour l’avoir expérimenté à ses dépens ; ou encore kifayeh (assez), qui a préparé la chute du Raïs égyptien Hosni Moubarak, emporté, comme on le sait, dans un tourbillon de sang et de poussière, comme si l’Histoire recommençait.

Je n’ai pas trouvé mieux que ce slogan soixante-huitard pour exprimer mon ras-le-bol et celui de mes compatriotes. Et comment en peut-il être autrement, quand je vois des membres du syndicat national des forces de sécurité intérieure envahir la place de la Kasbah et prendre d’assaut le siège du chef du gouvernement, sous l’oeil bienveillant de ceux qui sont supposés le protéger ?

Quelle que soit la justesse de la cause, il est clair que toutes les limites ont été franchies, et je ne sais vraiment pas si ce sont les syndicats qui sont devenus à ce point hyperpuissants ou plutôt l’Etat et le gouvernement qui sont devenus extrêmement faibles.

En revanche, je sais qu’il y a quelque chose de pourri dans ce pays, comme dirait Shakespeare. En ce qui concerne le gouvernement, on peut dire qu’il a réussi l’exploit d’être le problème, au lieu d’être la solution. Avons-nous été à ce point abusés et trompés ?

Quand on redécouvre le film «Les Dupes ou Al makhdou’oun » (Tanit d’or aux JCC de 1972), du grand cinéaste égyptien Tawfik Salah qui raconte le rêve brisé et confisqué du peuple palestinien et sa frus­tration, on comprend mieux. Comme les héros du film de Salah, les Tunisiens voient chaque jour leur rêve d’une vie apaisée et meilleure s’évaporer, pour laisser la place au désenchantement et à l’amertume.

Ils ont même la très nette impression qu’il y a eu erreur sur la marchandise. Ils auraient dû savoir qu’un homme politique ça trompe, et ça trompe énormément ! Exaspérés, ils multiplient les grèves en guise d’acte d’accusation, et n’hésitent pas à prendre possession de la rue en brûlant des pneus pour fermer les routes et montrer, à leur manière, qu’ils sont réalistes et ne demandent pas l’impossible. La barricade ferme la rue, mais ouvre la voie.

Encore une fois, on est bien dans l’esprit de mai 68. A voir les chiffres alarmants, à voir nos honorables députés traîner les pieds et se faire tirer les oreilles pour légiférer, à voir mille autres choses cruciales demeurer en suspens, je me demande si le pays n’est pas devenu ingouvernable.

La réforme oui ! La chienlit non ! Et c’est de nouveau le Général de Gaulle, toujours friand en bons mots, qui nous le rappelle !

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