Le Temps des Réformes

réforme de la fonction publique - l'économiste maghrébin

Rien ne semble arrêter la spirale des mauvaises nouvelles qui s’abat sur la Tunisie depuis quelques temps. Le pays sombre dans la déprime et le pessimisme et ses dirigeants naviguent à vue et sont hélas incapables de prendre les décisions stratégiques qui s’imposent.

Les attaques terroristes récentes de Ben Guerdane qui ont fait plus de 18 victimes innocentes parmi les civils et les forces de l’ordre, étaient pourtant prévisibles. Le gouvernement semble incapable de combattre ni les origines du malaise social, ni les barons de la contrebande (complices des terroristes) ou même de redonner espoir à une jeunesse désorientée qui se morfond et désespère dans la précarité, l’exclusion et l’absence de culture. Les évènements antérieurs dans les régions intérieures sonnent comme un énième cri de détresse et nous rappellent une fois de plus que cinq ans après le début de la révolution rien n’a été fait pour combattre le chômage des jeunes et favoriser l’égalité des chances, rien n’a été fait pour lutter contre l’impéritie administrative et la corruption rampante, rien n’a été fait pour imposer la transparence et l’égalité devant la loi…

La frustration est à son comble et le fossé de plus en plus profond avec nos élites politiques et gouvernantes, et notamment avec le chef du gouvernement, qui n’a jamais su/pu s’imposer et dont la crédibilité est entachée. Un homme intègre et travailleur, mais qui n’aura jamais su conquérir les Tunisiens et qui pourrait bientôt quitter son poste, victime expiatoire idéale des disputes politiciennes et de la conjoncture funeste.

Pour apporter des solutions efficaces à la situation embrouillée que vivent les Tunisiens au quotidien, il convient de dégager un certain nombre de certitudes indéniables.

L’anarchie s’installe dans la durée

Le laxisme, l’incompétence, la corruption et l’anarchie s’installent petit à petit dans le pays dans des proportions jamais vues avant la révolution. Ce que l’on croyait temporaire, lié à une conjoncture, est entrain de devenir permanent. Les finances publiques sont au plus mal et l’endettement de la Tunisie atteint des niveaux inquiétants et devrait s’accroitre encore au delà du niveau actuel de 54% du PIB (alors qu’il était d’à peine 40% en 2010). La masse salariale dans le secteur public prend des proportions hors norme et atteint désormais 13% du PIB. Le secteur informel continue à se développer dans des proportions jamais vues auparavant et est intimement imbriqué avec la délinquance organisée et la nébuleuse terroriste. L’effondrement du tourisme a affecté la croissance économique qui est de seulement 0,8% en 2015 et probablement inférieure à 1% en 2016, très en-deçà des niveaux nécessaires pour résorber le chômage.

Le gouvernement actuel est dépassé

Le blocage de l’activité de la société pétrolière britannique Petrofac qui s’éternise illustre parfaitement la faiblesse et l’impuissance du gouvernement actuel. Et c’est loin d’être un exemple isolé. Le gouvernement communique mal, improvise, sans réelle coordination et s’empêtre dans des décisions intempestives sujettes à spéculations et défiance comme dans l’affaire du conteneur du ressortissant belge et dans une fuite en avant irresponsable comme les mesurettes sensées aider les jeunes à trouver de l’emploi ou démarrer leur propre projet.

Le pays est paralysé par l’incompétence de certains ministres et leur manque de vision. Sans vision stratégique, rien ne pourra réellement être accompli, et l’aide des bailleurs de fonds et autres pays amis ne servira à rien; car comme disait Sénèque, il n’est point de vent favorable pour qui ne connaît pas son port. Ce n’est plus simplement l’échec du gouvernement actuel que l’on constate, mais un affaiblissement durable de la Tunisie qui se profile s’il n’est pas mis un coup d’arrêt au tourbillon dans lequel nous sommes entrainés… Un effet marmite qui pourrait mettre en péril la transition démocratique

La Tunisie a des talents

Des jeunes et des très jeunes talents, qui chaque fois que l’occasion leur est donnée, brillent. Dans le sport, dans le cinéma, dans les sciences, dans tous les domaines scientifiques, littéraires, technologiques, artistiques… Chaque fois qu’une chance leur est donnée d’exprimer leur talent, de libérer leur fougue et de transcender leur créativité… Toutefois, ces talents indéniables sont inhibés et empêchés d’éclore par un système pernicieux de copinage, de corruption et de sentiments revanchards destructeur.

Ainsi la question de la relance économique et des réformes structurelles se posent avec beaucoup d’acuité, notamment en terme de vision stratégique pour la Tunisie à court, moyen et long terme.
La dépendance persistante de l’économie vis-à-vis de la production à bas prix et des secteurs d’exportation à faible valeur ajoutée ne permet pas à la Tunisie de faire face aux nombreux défis de développement économique et social.

La sophistication des exportations tunisiennes n’a pas évolué ou presque depuis les années 1960. La transformation structurelle de l’économie devrait passer par une plus grande contribution des exportations à la croissance, une contribution plus importante du secteur des services à la croissance, et une orientation de la production vers des secteurs à plus haute valeur ajoutée.

Le potentiel de croissance économique à moyen terme de la Tunisie demeure faible ce qui nécessite la mise en place d’une série de réformes structurelles visant à stimuler les investissements privés.
Les réformes avaient commencé timidement en 2011, puis se sont arrêtées complètement en 2014 avec les technocrates et leur politique de « pas de vagues » et elles ont repris en 2015 cahin-caha. En effet, le gouvernement a adopté plusieurs réformes, mais les dossiers s’empilent à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), comme le Code des investissements, le statut de la Banque centrale de Tunisie, les procédures de faillite… Et quand elles sont adoptées comme le PPP, elles sont inutiles car inapplicables en l’espèce; ou les décrets d’application ne sont pas promulgués, ou pire leur adoption par le gouvernement ne suit pas. Et cela continuera tant que le gouvernement ne passera pas en priorité les lois les plus urgentes et ne fera pas plus d’efforts en termes de communication et de pédagogie; et que le parlement manquera de personnel (assistants parlementaires, experts…) et ne sera pas plus efficace dans sa lutte contre l’absentéisme.

La solution pour la Tunisie

La solution passe avant tout par la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale aux commandes, avant le printemps, pour restaurer la crédibilité de l’exécutif, appliquer la loi, préparer un dialogue national économique et sécuritaire, adopter une vision stratégique et préparer la réunion des bailleurs de fonds en septembre/octobre.

De plus, elle nécessite un secteur privé beaucoup plus impliqué, dynamique et responsable. Le secteur privé est le seul vraiment capable de revigorer l’économie tunisienne, promouvoir l’innovation et aider les jeunes à réaliser leur potentiel et capitaliser leur esprit d’initiative, avec un nouvel esprit conquérant et non pas d’assisté. Il est donc urgent de décentraliser le pouvoir économique et faciliter l’investissement privé.

L’Etat, à travers la mise en œuvre des réformes, veillera à assurer l’inclusion, à favoriser le développement de l’économie sociale et solidaire, à donner sa chance à chacun et lèvera les entraves administratives, ainsi que les autorisations trop nombreuses et inutiles, génératrices de blocages et de corruption.

D’autres réformes, souvent coûteuses, comme l’adhésion aux standards internationaux et aux meilleures pratiques pourraient être grandement facilitée par l’aboutissement des négociations en cours sur l’ALECA. Si tant est qu’une étude d’impact soit réalisée au préalable, afin d’éclairer nos décideurs lors des négociations sur les points offensifs et défensifs.

Les réformes signifient également la modernisation des infrastructures (avec en priorité l’extension du port de Radès et sa privatisation, et un réseau internet à haut débit sur tout le territoire tunisien et sans coupures) et de la logistique, ce qui favorisera l’insertion de la Tunisie dans des nouveaux espaces économiques (régional et global) et boostera sa compétitivité.

L’apport de la société civile est indiscutable et doit être encouragé, aussi bien par des ressources locales qu’étrangères. A cet effet, les bailleurs de fonds, devant maximiser l’efficacité de leur aide, devraient ne pas l’accorder exclusivement au secteur public, dépassé par une pléthore d’aides et incapable de l’absorber. Plusieurs associations donnent l’exemple et s’illustrent par un travail de terrain et créent des centaines d’emplois. Les synergies ONGs – secteur privé doivent aussi être encouragées.

En conclusion, le salut de la Tunisie viendra de l’inclusion de ses jeunes et de leur pleine intégration dans un projet de société moderne, respectueuse de ses traditions, et une économie diversifiée, à haute valeur ajoutée et tournée vers le numérique. L’inclusion des jeunes, tunisiens et tunisiennes, pourrait représenter un véritable moteur de croissance pour la Tunisie, ainsi qu’un levier économique de choix. Pour cela, la mise en place d’un environnement propice est essentielle, et le rôle du secteur privé est primordial.

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