Tunisie : Mettre fin aux inégalités sociales, possible!

Mettre un terme aux inégalités sociales, serait- ce possible? Tel est l’objet de la réflexion organisée par l’association « idées et études », à Tunis.

Le chômage ne cesse d’augmenter, selon les dernières données de l’Institut national des statistiques et les inégalités sociales constituent encore une fois une menace pour le pays. Plusieurs volets ont été discutés et débattus entre participants et intervenants.

Qu’en est-il des inégalités dans le secteur de l’habitat?

D’après Leila Ammar, professeur universitaire architecte urbaniste, pour que ce secteur se redresse, il faut organiser des ateliers d’architecture d’urbanisme dans chaque municipalité et doter ces municipalités d’un pouvoir politique, de l’autonomie financière et de la capacité de faire des projets urbains et d’habitats.

Elle ajoute: “Il y avait autrefois le district de Tunis; il a été supprimé par la suite parce qu’il posait les vrais problèmes. Il a été remplacé par l’Agence Urbaine du Grand Tunis qui elle ne peut pas prendre des décisions. Il faut une vision globale, une stratégie, mais tant que les municipalités ne seront pas assez fortes politiquement et financièrement, on ne pourra pas faire d’urbanisme. Regardez les grandes capitales du monde, Barcelone, Paris, Berlin, ce sont des villes où les institutions municipales ont des pouvoirs politiques et une autonomie financière. Ce qui n’est pas le cas en Tunisie”

Et de poursuivre: “Il faut supprimer cette loi  organique de 1975 relative aux communes. C’est là où réside le noeud du problème :  aujourd’hui c’est le gouverneur de Tunis qui gère les questions de l’urbanisme, mais bien avant durant des années, c’était  le ministère de l’intérieur  qui dirigeait le développement urbain”.

Sur le volet de l’enseignement

Hedi Ben Khalifa, conseiller auprès du ministère de l’enseignement a déclaré pour sa part que : le secteur de l’enseignement a des failles, tel par exemple le cas des classes préparatoires. Ces classes créent un écart entre les élèves de la première année du primaire. C’est pourquoi l’une des priorités est d’unifier les classes de première année dans tout le pays.

Concernant le volet de la santé

Dr Hamouda Ben Slama, ancien ministre du Sport de et la jeunesse, déclare quant à lui qu’il y a des enjeux économiques à prendre en considération. Par exemple prenons le cas de la santé : investir dans la santé est devenu plus rentable. D’une manière ou d’une autre, vous aurez un impact économique. Idem pour l’enseignement.

Aujourd’hui, ce sont les jeunes qui sont les parties prenantes. Pourtant, le fossé se creuse de plus en plus entre les jeunes et l’Etat. “Si on veut comprendre ce qui se passe en ce moment ajoute-t-il, il est injuste de s’attarder sur les cinq années d’après la révolution, il faut revenir bien avant. Je crois que nous traînons les erreurs concernant la jeunesse depuis l’indépendance. Or c’est l’Etat centralisé  qui a régné depuis l’indépendance. L’Etat a fait en sorte qu’une génération entière de jeunes a été inhibée”.

Il poursuit : “ Quand vous regardez le secteur de la santé, l’Etat ne finance que 25%  des soins, l’Etat se désengage car il n’ a plus de ressources. Certains contribuables participent pour 40% aux frais de soins ce qui tout de même est énorme”.

“Il faut prévoir ces dépenses et non être pris au dépourvu. Il faut budgétiser . C’est difficile, mais on n’a pas le choix, il faut que les efforts soient faits des deux côtés”, dit-il.

Présent lors du colloque, Jaloul Ayed, ancien ministre des Finances, déclare que pour  faire face à cette problématique, il faut voir la question au niveau macro-économique, c’est à dire voir le cadre global, il ne faut pas se noyer dans le détail. Il y a un réel déséquilibre entre les contribuables,  l’Etat, les caisses, et les ménages. D’après lui, ce déséquilibre doit prendre fin.

De son côté, Boutheina ben Yaghlane, ancienne secrétaire d’Etat au ministère des Finances, indique que  l’inclusion économique concerne plusieurs axes, mais sans l’inclusion financière on ne peut pas réduire les disparités entre les régions.

Elle souligne : “Aujourd’hui on parle également d’inclusion sociale qui concerne la santé, l’enseignement qui sont des thématiques essentielles pour pouvoir résoudre les problèmes d’ordre social.

Avec 650 ooo chômeurs dont plus que 250 000 chômeurs diplômés, l’encouragement de ces jeunes à créer des projets, nécessite que l’Etat mette en place les textes juridiques permettant l’égalité d’accès au financement, car la réglementation administrative peut être un frein essentiel pour ces porteurs de projets.”

Elle conclut: “Un autre élément essentiel, donner de l’assurance à ces jeunes, il y a tout un travail à développer dans l’accompagnement des jeunes.”

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