Tunisie : 2.5% de croissance en 2016, dixit le FMI

réformes économiques - L'Economiste Maghrébin

L’IHEC persiste et signe ! L’association International Business and Economic Forum (IBEF), initiée par des enseignants chercheurs de l’IHEC, poursuit son dialogue avec les acteurs économiques et les bailleurs de fonds internationaux.

L’IBEF a reçu à IHEC-Carthage Giorgia Albertin, représentante résidente du Fonds Monétaire International pour une conférence-débat sur les perspectives économiques de la Tunisie. Selon le FMI, l’année 2016 marquera le début d’une reprise de l’économie mondiale, marquée tout de même  par une forte disparité entre les pays. La croissance gagnera 0.5 point par rapport à 2015 pour s’établir à 3.6%. Toutefois, au grand dam des pays exportateurs de pétrole, il n’est pas prévu une augmentation du cours du Brent. Celui-ci est maintenu sous pression en raison de la faiblesse de la croissance, notamment le changement de modèle économique chinois et une résilience de l’offre. Le choc a été qualifié de permanent sur le marché à terme.

Giorgia Albertin - L'Economiste Maghrébin
Giorgia Albertin

Toujours selon l’organisme international, les perspectives économiques de la région MOANAP (pour Moyen-Orient – Afrique du Nord – Afganistan et Pakistan) dépendront largement du prix du Brent mais aussi de la persistance des conflits. Ceux-ci étant source de destruction de l’infrastructure et du capital humain, ils auront un impact même sur le moyen terme, ne se limitant pas seulement à l’échelle nationale mais s’étendront au niveau régional. Et pour cause, la Libye a connu une croissance négative de 24% en 2014 et le Yémen a également perdu 28% de sa richesse en 2015. C’est dans ce sens qu’Albertin a clamé l’urgence de trouver des solutions au niveau régional pour gérer les coûts économiques des conflits et les coûts sociologiques des réfugiés. Reste que tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Ce qui signifie en clair que les pays du Golfe ont des amortisseurs budgétaires qui leur permettent de mettre en œuvre des politiques contra-cycliques leur donnant la possibilité de tirer leur épingle du jeu et de pouvoir réaliser 3.3% de croissance en 2015.

Qu’en est–il de la Tunisie ?

En Tunisie, la croissance en 2015 a été en deçà des attentes à cause des chocs sécuritaires et des tensions sociales, tout le monde en convient ! A l’instar de tous les pays importateurs de pétrole, la Tunisie bénéficiera dans les prochaines années de cette baisse du prix du pétrole mais aussi de la reprise économique dans la Zone euro,  qui, faut-il le rappeler, est notre premier partenaire commercial. Et d’une façon plutôt intrinsèque, la mise en place des réformes économiques et des progrès en matière de stabilité économique sont censés mettre la Tunisie sur les rails de la croissance. Le FMI prévoit un niveau de croissance de 2.5% pour 2016. On peut penser que l’organisme international fait preuve d’optimisme. Georgia Albertin a tout de même mis en exergue l’importance du chômage, « en dépit de sa baisse, le taux de chômage reste très élevé », a-t-elle précisé, notant au passage la forte disparité régionale en matière de chômage et d’exclusion, d’où la nécessité d’opter pour une croissance inclusive. Toujours au titre des faiblesses de l’économie tunisienne, Georgia Albertin a mentionné un déficit courant de 8% du PIB, un niveau faible d’IDE – notamment hors énergie- et last but not least, la composition des dépenses publiques. En effet, en dépit d’une position budgétaire qui s’améliore, les dépenses sont orientées vers la masse salariale au détriment des dépenses en capital qui connaissent, par contre, une augmentation dans la région. A vrai dire, la masse salariale est passée de 10.5% du PIB en 2010 à 13.3% en 2014 avec une anticipation à la hausse, en raison de l’issue des récentes négociations salariales. Ces chiffres sont plus élevés que ceux du Maroc, de l’Egypte et de la Jordanie. Ils représentent rien de moins que 40% du budget de l’Etat.

En somme, en dépit de ces fragilités, le FMI reste optimiste pour 2016 pariant sur une amélioration du déficit courant (7.4% PIB), une plus grande maîtrise de l’inflation (4%) et une augmentation des réserves officielles brutes (8.4 milliards $). Un optimisme fondé sur l’engagement de la Tunisie dans des réformes telles que les réformes bancaires, les réformes des subventions énergétiques, la loi sur le PPP…, le maintien d’une politique monétaire prudente, mais surtout repenser les moyens de lutte contre le terrorisme. Tout un programme : des projets de réformes multiples ! Soit,  mais la mise en place et l’exécution ne sont pas encore au rendez-vous, ceci dépendra de l’adhésion des parties prenantes : acteurs économiques, société civile et partis politiques. Adhésion qui nécessitera une communication appropriée, une vision globale et un important effort pédagogique pour rendre intelligible une orientation adoptée. Et bien évidemment, on ne le dira jamais assez : une volonté de paix sociale.

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