Les preuves du vol du pétrole syrien

Le ministère russe de la Défense a tenu mercredi une conférence de presse à Moscou dans laquelle il a présenté les preuves du « vol » du pétrole syrien par la Turquie. Images satellite et vidéos à l’appui (http://www.zerohedge.com/news/2015-12-02/russia-presents-detailed-evidence-isis-turkey-oil-trade), la hiérarchie militaire russe a montré les circuits empruntés par les milliers de camions-citernes qui circulent de jour et de nuit entre les zones occupées par Daech et la Turquie.

Le vice-ministre de la Défense, Anatoly Antonov, est allé droit au but : « Le trafic de pétrole entrepris par l’Etat islamique avec le gouvernement turc atteint des niveaux très élevés. Ce trafic se fait à une échelle industrielle. Aujourd’hui, nous présentons seulement une partie des faits qui montrent comment est organisé le vol du pétrole syrien à travers la coopération entre un groupe de bandits et les élites turques. »

La présentation des preuves du vol du pétrole syrien a duré 24 minutes. C’était suffisant pour mesurer l’ampleur du trafic auquel s’adonnent « les Rockefeller de Raqqa » et leurs protecteurs turcs. En effet, impressionnants de clarté sont les images et les vidéos des longues files de camions-citernes, des cartes détaillant les routes et les circuits empruntés ainsi que le franchissement en toute tranquillité de la frontière syro-turque.

Pour M. Anatoly Antonov, « les revenus de pétrole sont une source majeure du terrorisme en Syrie. Les terroristes engrangent deux milliards de dollars par an qu’ils dépensent pour le recrutement de combattants d’un peu partout dans le monde et pour l’achat d’armements. »

Vient ensuite la grave accusation : « Le principal consommateur du pétrole volé à ses propriétaires légitimes – la Syrie et l’Irak- est la Turquie. Les données en notre possession concernant ce commerce criminel mettent en cause la haute hiérarchie politique du pays, le président Erdogan et sa famille. »

Ce n’est pas la première fois que le président turc et son fils Bilal sont accusés d’être derrière le lucratif et florissant trafic pétrolier. Visiblement agacé, M. Erdogan a répondu avec défi à ces accusations, affirmant que si on lui présentait les preuves de ce trafic, il démissionnerait de la présidence…

Maintenant que les preuves sont là, Erdogan va-t-il démissionner ? Le vice-ministre russe de la Défense a répondu avec humour :  « Même si on l’attrapait avec le visage barbouillé de pétrole syrien volé, il ne démissionnerait pas. »  Un commentateur russe enfonce le clou : « L’idée même d’une démission d’Erdogan est absurde. Nous parlons d’un homme qui n’hésite pas à prendre le risque de plonger son pays dans la guerre civile rien que pour récupérer quelques sièges perdus au parlement… ».

Les preuves du trafic pétrolier gigantesque au détriment de la Syrie et de l’Irak et au bénéfice de Daech et de la Turquie ne sont pas embarrassantes seulement pour les autorités turques. Elles le sont aussi pour les Etats-Unis qui dirigent depuis un an et demi une coalition de 60 pays, qui ont les moyens d’observation par les satellites les plus sophistiqués au monde, et pourtant, ce trafic leur passait sous le nez 7 sur 7 et 24 sur 24.

Il va sans dire que personne au monde ne croit que les Etats-Unis ne sont pas au courant de ce trafic. Non seulement ils sont au courant, mais ils doivent posséder des détails que même les Russes ne possèdent pas sur la quantité de pétrole qui quitte quotidiennement la Syrie et l’Irak, l’identité des bénéficiaires, le prix de vente par Daech et le prix de vente par les Turcs et autres détails que seuls les services de renseignements américains peuvent collecter.

Les Etats-Unis savent donc que les milliers de camions-citernes, un véritable pipe-line roulant, constituent la colonne vertébrale des organisations terroristes qui sèment la mort et la destruction en Syrie, et ne font rien pour leur briser l’échine. Deux raisons expliquent cela :  il est très probable que le protocole d’accord secret américano-turc sur l’utilisation de la base militaire d’Incirlik comporte une clause sur la sécurité du trafic du pétrole volé à la Syrie. L’autre raison, un secret de Polichinelle, les Etats-Unis, bien qu’ils aient largement les moyens de le faire, ne veulent pas détruire les organisations terroristes qui ont un rôle bien défini à jouer dans l’infernale stratégie américaine au Moyen-Orient.

Turcs et Américains étaient donc bien tranquilles jusqu’à l’arrivée de cet empêcheur de tourner en rond qui s’appelle Poutine. C’est déjà dur qu’il s’attaque aux stratégies des Turcs et des Américains en bombardant les repaires des terroristes en Syrie et en renversant le rapport de forces en faveur du régime syrien. Mais qu’il détruise les camions-citernes par centaines et prive les terroristes et les Turcs d’un commerce si lucratif, c’en était trop. Très peu de temps après que l’aviation russe ait transformé un millier de camions-citernes en un amas de ferraille gigantesque, un F-16 turc abat un Sukhoi-24 russe. La haine des Turcs était si intense que le lieutenant-colonel Oleg Peshkov, qui s’est éjecté de l’avion en feu, a été assassiné là haut dans l’espace alors qu’il entamait sa descente sur terre accroché à son parachute.

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