Tunisie : Quand le mufti et les oulémas font silence radio

Difficile de comprendre ce silence gardé par le Mufti de la République et la poignée d’oulémas qui existent encore dans ce pays dans l’affaire de l’imam radical Ridha Jaouadi. Où sont-ils donc passés, et pourquoi ce mutisme assourdissant? Réalisent-ils vraiment qu’en choisissant de se taire, ils ont offert une énième occasion aux extrémistes de nous piéger en nous replongeant dans un débat stérile et sans fin, qu’on aurait tant voulu ne plus revoir? Je ne comprends pas également ce laxisme inexcusable des autorités, qui s’obstinent à faire dans les demi-mesures, alors qu’il aurait été beaucoup plus crédible d’appliquer la loi et rien d’autre que la loi.

Une mauvaise farce, que ce grotesque et pitoyable feuilleton Jaouadi and Co, un peu à l’image de cette autre mauvaise farce qu’un certain Abou Bakr Al Baghdadi, auto-proclamé calife à la place du calife, veut imposer au monde. Un califat comme forme d’exercice légitime d’un pouvoir appelé à être universel, et un titre qui a connu, à travers l’Histoire, bien des avatars. Qui peut penser un instant, s’interrogent ceux qui suivent de très près la progression stupéfiante de Daech, que les musulmans du monde entier vont prêter allégeance à un illustre inconnu? Non seulement, ils ont raison, mais on peut aussi comprendre que tout le monde veut la peau de Baghdadi et des illuminés qui le suivent. Tout le monde veut abattre le système moyenâgeux qu’ils ambitionnent d’élargir au reste de la planète. En tout cas, l’actualité sanglante que vient de vivre la France vient de nous rappeler que pour les fanatiques, il n’y a qu’une seule foi, la leur. Et le pire, c’est que ces derniers ne sont pas que des barbares désespérés, isolés et manipulés, comme on veut nous le faire croire.

Djihadisme, stade ultime de l’islamisme? Oui, nous expliquent les spécialistes de l’islam et du monde arabe. Je trouve cette déduction très juste. Elle aide, en tout cas, à mieux cerner la psychologie de ceux qui ont décidé de se mettre hors du temps. Encore une fois, et ce n’est pas un hasard, si ce sont des Arabes qui sèment la mort, la désolation et le désastre partout où ils passent, comme pour se rappeler à la triste mais très juste description qu’a faite d’eux un certain Abderrahmane Ibn Khaldoun. J’ose espérer que cette mobilisation tous azimuts contre Daech ne restera pas un feu de paille sans lendemain, car je crains fort que les intérêts mercantiles ne reprennent le dessus, une fois l’horreur dépassée et le deuil consommé.

Après la tragédie, la classe politique française, toutes tendances confondues, a été unanime à dire que la diplomatie française devrait désormais intégrer le fait que le pays est en guerre contre le terrorisme et que le temps est venu de faire certaines révisions au niveau des relations avec des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, dont nul n’ignore qu’ils flirtent ouvertement et dangereusement avec le takfirisme et le djihadisme.

On peut donc supposer que contrats d’abord, sécurité ensuite, c’est fini. Ce serait presqu’une révolution! La diplomatie tunisienne, avec les contingences et les contraintes qui lui sont propres, osera-t-elle à son tour sauter le pas et faire aussi sa petite révolution en désignant les vrais coupables, et en appelant un chat, un chat? Difficile d’imaginer, dans les conditions actuelles du pays, un changement de cap, à moins d’en payer le prix, car encore une fois, tout a un prix, que ce soit en feignant d’ignorer la réalité par réalisme politique au risque de faire le jeu des tenants du wahhabisme, ou en crevant l’abcès.

Cela dit, n’avez-vous pas constaté que la Russie et Poutine sont sur toutes les langues? Alignez-vous, yarhamkom Allah, semble vouloir dire le président russe à ceux qui hésitent encore, presqu’une injonction. De Rakka dont il a fait sa capitale, Al Baghdadi, le nouveau calife, devrait certainement trembler et pour son trône, et pour ses jours, surtout quand Poutine vous explique qu’il va chasser sans pitié les terroristes, que leur pardonner, est l’affaire de Dieu, et que sa mission, est justement de les lui envoyer! On comprend mieux pourquoi l’Etat islamique a toutes les raisons d’avoir peur, surtout quand, en plus, Français, Anglais et Américains vous disent qu’ils ont bien reçu le message.

Je ne suis pas sûr que M. Rached Ghannouchi va apprécier, lui qui a mis la repentance et le pardon au centre des débats, non sans arrière-pensées il est vrai.

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