«Ce n’est plus le temps des discours, il faut passer urgemment à l’action»

A l’occasion de la 17ème édition de Tunisia Investment Forum (TIF 2015), tenue les 11 et 12 juin à Tunis, sur le thème «Investir en Tunisie, accompagner le succès», Néjib Zaafrani, Conseiller international indépendant, président de l’Association des Hommes d’Affaires Tunisiens à l’étranger, ancien Secrétaire Général et président exécutif du Conseil Suprême de l’Energie de Dubaï et ancien président de Shell Abu Dhabi, revient sur les travaux du Forum organisé, récemment, à Vienne sur «les impératifs du développement durable de la Tunisie du 21ème siècle», ainsi que sur l’image de la Tunisie auprès des investisseurs nationaux et étrangers. Interview.

Leconomistemaghrébin.com : Donnez-nous un aperçu général sur l’Association des Hommes d’Affaires Tunisiens à l’Etranger

Néjib Zaafrani : L’Association des Hommes d’Affaires Tunisiens à l’Etranger a été établie à Bruxelles par Mohamed Dali. Elle focalise sur la promotion de la Tunisie, l’encouragement des investissements en Tunisie ainsi que sur le développement technologique entre la Tunisie et les pays étrangers.

Cette association a été créée en 2003, et depuis, elle a organisé huit événements, dont le dernier qui a eu lieu à Vienne. J’ai participé à trois de ces événements : le premier a été en 2010 à Lisbonne -Portugal où j’ai été honoré meilleur homme d’affaires pour l’année 2009, puis en 2012 à Washington – USA où j’ai présenté une allocution portant sur la région MENA 2050, et en 2015 à Vienne où  nous avons formé une équipe de quatre personnes : Mohamed Dali, président-fondateur de l’association, moi-même en tant que président, Ridha Ben Lamine et Mongi Gaied, vice-présidents.

L’objectif de notre association est essentiellement d’établir un événement par an pour rassembler les hommes d’affaires tunisiens. Pour cette édition, nous avons rassemblé une centaine de participants, pas seulement des hommes d’affaires, mais aussi des compétences tunisiennes, des amis de la Tunisie de Boston, Montréal, Suisse, France, Belgique, Londres, Emirats, Dubaï, qui ont été volontaires.

A noter que cette association apolitique est un acteur réel qui opère volontairement pour l’intérêt de la Tunisie.

Présentez-nous le dernier Forum organisé le 5 Juin 2015 à Vienne – Autriche par votre association

Ce Forum a pour thème : «Les impératifs du développement durable de la Tunisie du 21ème siècle». Lors de cette rencontre, l’accent a été mis sur différents secteurs prioritaires. Le premier secteur est celui de la sécurité nationale, et ce, au niveau de l’approche technologique intégrée (comment protéger nos frontières, nos citoyens, nos institutions? Comment mettre la Tunisie au diapason du 21ème siècle au niveau des standards et des procédures…).

En deuxième lieu, nous nous sommes focalisés sur le secteur de l’éducation, là où il y a un grand chantier de travail (mise à niveau de l’élémentaire primaire, secondaire et post-secondaire selon les normes internationales, développement de la capacité de créativité et d’innovation chez les jeunes, création d’un link entre les universités et l’industrie pour l’employabilité, investir plus sur la recherche et le développement …).

Le troisième secteur débattu a été celui de la santé (élever le niveau des standards dans ce domaine en Tunisie, notamment le paramédical, la formation, tourisme médical…).
En dernier lieu, le secteur de l’énergie a été sous la loupe des experts. Il a été recommandé, dans ce sens, de réformer les structures de gouvernance dans tous les secteurs économiques, notamment l’énergie, par le fait d’établir un bureau indépendant de réglementation, contrôle et de supervision, afin d’éviter les conflits d’intérêts, améliorer la transparence, l’efficacité et la prise de décision.  Tel est le cas dans les pays avancés comme les Etats-Unis, l’Angleterre…

Il a été préconisé, également, d’établir un projet de loi – que j’ai proposé au gouvernement depuis février 2013 – pour la mise en œuvre d’une stratégie intégrée visant la création d’une autorité suprême de l’énergie à sa tête le chef du gouvernement qui définirait les politiques en collaboration avec les ministres de l’Industrie, du Transport, de l’Environnement et des Finances.

Et vu l’efficacité des performances des énergies renouvelables, notamment les énergies solaire et éolienne, il faut augmenter le taux du mix énergétique pour atteindre 50% d’ici 2030 au lieu de 30% prévus.

Il serait utile, de même, de créer un fonds de 50 millions de dollars pour faire de nos jeunes diplômés des entrepreneurs, afin de contribuer à la diversification énergétique en particulier et au développement futur de la Tunisie ,en général.

L’aspect économique a été, ainsi, au cœur de notre débat lors de ce forum. A cet égard, il a été recommandé de créer un lobbying des créanciers de la Tunisie pour une annulation ou une réduction de ses dettes, en particulier les pays qui ont un intérêt stratégique à ce que la Tunisie réussisse sa transition vers la démocratie.
Il faut, en outre, mettre en place des procédures plus efficaces pour les investisseurs et alléger la bureaucratie pour attirer les investissements.

En dernier lieu, il a été proposé de négocier un accord de partenariat ou un pacte national de trois ans avec les organisations nationales, UGTT, UTICA et Gouvernement, dans le but de stabiliser l’environnement politique et social, afin d’attirer les investissements.

Il importe de savoir que les moyens de la Tunisie sont très limités mais, pour notre part, nous  essayons de sortir de l’impasse, et ce, en créant une atmosphère de confiance et d’éviter de politiser la situation pour l’avenir de la Tunisie et des Tunisiens. Il faut préserver les 3000 ans d’histoire de la Tunisie et essayons en tant que Tunisiens d’être responsables, de préparer un avenir meilleur pour les prochaines générations. C’est la responsabilité de tous les citoyens tunisiens et personne n’est au-dessus de loi. La loi qu’il faut respecter pour gagner la confiance du monde entier et pas seulement de nos voisins, dans le but de démontrer que la Tunisie est un pays où on peut investir et générer de la richesse.

Comment  est perçue la Tunisie actuellement, notamment après les actes terroristes?

La transition démocratique tunisienne a été pénible mais nous avons gagnée cette bataille. Donc, la perception de plusieurs pays de la Tunisie est très positive. Sauf qu’il faut savoir gérer et éradiquer le phénomène du terrorisme.

N’empêche que l’Etat tunisien et la société civile sont en train de travailler pour faire de la Tunisie un pays modèle.
De plus, la Tunisie a une communauté de 1 million 200 mille âmes à l’étranger –contribuant avec 3.7 milliards de dinars transférés en Tunisie en 2014, soit plus de 10% du budget de l’Etat- qui tient à la soutenir, la structurer et à contribuer d’une façon ou d’une autre grâce à leur savoir-faire et à l’expérience régionale et internationale.
Et si on veut booster le développement de notre pays, il faut encourager le partenariat public privé (PPP). Il faut démonter aux investisseurs étrangers qu’on est en train de faire un effort colossal pour sortir de la phase difficile.

Aujourd’hui, l’Etat tunisien est sur le point de promulguer le code des investissements, dont 19 réformes sont prévues. Qu’en pensez-vous ?

Le projet du code des investissements a été présenté, pour la première fois, en décembre 2012, et était en phase avancée. Maintenant, il s’agit d’une question d’urgence, nous devons passer à la phase de la promulgation, ce qui va permettre d’attirer les fonds internationaux et protéger les investisseurs et répondre ainsi à leurs attentes.  De plus, il faudra se mobiliser pour éviter le déséquilibre et l’injustice régionale.
Alors, pourquoi ne pas s’appuyer sur une commission internationale de Tunisiens à l’étranger pour contribuer à mettre en œuvre une vision nationale au niveau des priorités qui n’est pas encore élaborée?

Il importe de savoir qu’au niveau de notre association, nous encourageons la réalisation de projets, tels que celui du complexe intégré (sport, shopping, centre de loisir…) qui a été proposé pour être implanté dans les régions de l’intérieur. Ce projet est très important pour la création d’emplois et de richesses. En effet, ce n’est plus le temps des discours, il faut passer urgemment à l’action.

Nejib Zaafrani, who is he?

Après avoir obtenu mes diplômes de physique et d’ingéniorat en pétrole : forage, exploitation et gisement de l’École nationale supérieure du pétrole et des moteurs (ENSPM) en France, j’ai occupé, en 1978, deux postes à l’ETAP en tant qu’ingénieur de gisement et production et chef de projet.

En juillet 1980, j’étais ingénieur en pétrole et par la suite ingénieur gisement au sein du groupe Shell International en Asie, là où j’ai développé le gisement des champs pétrolifères. Par la suite, j’ai été muté au siège de Shell – Asie, chargé du développement des technologies de pointe à l’intention des ingénieurs Shell de par le monde.

J’étais, également, muté en Syrie pour le développement des champs pétrolifères, là où j’ai joué un rôle clef dans le développement de 25 champs pétrolifères.

En septembre 1992, j’étais nommé conseiller régional à la direction Shell Moyen Orient – Afrique du Nord, là où j’étais le premier Arabe à gérer les intérêts de Shell en Egypte et à Abu Dhabi. J’ai contribué, à ce moment, à améliorer la valeur du portefeuille de Shell et sa performance, par le développement d’une stratégie proactive.

En 1996, j’étais nommé directeur général adjoint de Shell Abu Dhabi avec pour mission de mettre en œuvre cette stratégie, où j’ai restructuré cette compagnie.

J’étais nommé, en octobre 2001, vice-président régional MENA et Asie centrale.

En janvier 2007, je suis devenu président et directeur exécutif de Shell Abu Dhabi.

Après 30 ans de services, j’ai eu ma retraite à la fin du mois de mars 2010. Et j’étais honoré, en avril 2010, par le gouvernement de Dubaï en occupant le poste du premier secrétaire général et directeur exécutif du Conseil suprême de l’énergie de Dubaï jusqu’en novembre 2012.

Et depuis cette date, je suis conseiller international et grand décideur dans le secteur de l’énergie. Parallèlement, je suis président de l’Association des Hommes d’Affaires Tunisiens à l’Etranger depuis 2015.

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