Vers une « armée de la Ligue arabe » ?

Si l’aspiration unitaire a permis la naissance de la Ligue arabe, l’absence de cohésion politique et la prévalence des logiques d’intérêts nationaux sur le principe de solidarité arabe ont empêché toute dynamique d’intégration arabe. L’action de la Ligue des États arabes est censée renforcer les liens entre ses membres, par une étroite coopération et coordination dans divers domaines. Ses objectifs généraux ont été précisés par des traités complémentaires portant sur les activités culturelles et sociales (traité signé en 1945), mais aussi sur une défense commune (traité signé en 1950). Reste qu’en pratique, le manque d’effectivité et d’efficacité caractérise la coopération des Etats arabes. La centralité de la souveraineté et de l’indépendance de chacun des États membres- concrétisée par la règle de l’unanimité- fait obstacle à tout rapprochement réel, voire des configurations unitaires sous la forme d’une « diplomatie arabe », d’un « marché arabe », d’une « monnaie arabe », voire d’une « défense arabe ».

Or, sous l’impulsion du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, les chefs d’Etat de la Ligue arabe réunis lors de son sommet annuel (le 29 mars 2015) se sont entendus sur le principe de créer une force militaire conjointe, notamment pour combattre les « groupes terroristes » actifs dans le pays. La résolution adoptée ne précise pas ce que serait la nature et les objectifs de cette force, ni sa composition (qui semble néanmoins reposer sur un acte volontaire). L’annonce fait néanmoins directement écho à l’opération militaire- baptisée « Tempête décisive »- menée par une coalition de pays arabes conduite par l’Arabie saoudite, qui est intervenue au Yémen contre les positions de la milice chiite des houthistes-  alliée à l’Iran- et en soutien au président Abd Rabbo Mansour Hadi. Cette opération militaire est considérée par les dirigeants arabes comme un « laboratoire expérimental » dans la perspective de la mise en place de la force conjointe. La motivation de cette coalition résulte moins dans l’idéal panarabe, que dans la volonté de constituer un bloc sunnite contre l’arc chiite structuré autour de  l’Iran… Reste que la Syrie (qui était dans la coalition anti-irakienne) est absente tout comme la Libye, tandis que la Tunisie et l’Algérie ont souligné l’absence de résolution onusienne autorisant une telle intervention/ingérence au Yémen.

L’idéal panarabe est lié à celui d’une armée arabe. Même si les guerres israélo-arabes ont largement sapé tout volontariste en la matière, le projet peut se fonder sur le cadre proposé par la Ligue arabe. Tout en reconnaissant le principe de sécurité collective internationale (dans le cadre de la Charte des Nations-Unies) par crainte de l’ingérence occidentale, la Ligue arabe fait prévaloir les systèmes régionaux de sécurité. Le Pacte prévoit ainsi un système rudimentaire de sécurité collective. En cas d’agression ou de menace d’agression, les Etats arabes peuvent demander la réunion immédiate du Conseil de la Ligue, qui décide des mesures à prendre contre l’agresseur. Le système de sécurité collective institué par la charte de la Ligue et par le Pacte de défense commune du 13 avril 1950- établi sur le modèle de l’OTAN- n’a pas joué lors des guerres israélo-arabes de 1956, de 1967 et de 1973. Durant la guerre du Liban, la Ligue a entretenu une Force arabe de dissuasion (entre 1976 et 1983) qui a eu un effet modeste sur le cours du conflit. Au milieu des années 1970, la Syrie a envoyé des troupes au Liban afin d’enrayer la guerre civile. Au terme du conflit, en novembre 1976, la Ligue arabe a déployé la Force arabe de dissuasion, une armée de 30 000 hommes essentiellement composée de Syriens. Cette force, finalement peu efficace sur le terrain, a été dissoute en 1983. Enfin, sur le plan civil, la Ligue arabe peut dépêcher des missions de surveillance des scrutins électoraux, avec l’accord de l’Etat membre concerné. Ainsi, une mission de la Ligue arabe s’est rendue à Alger en vue des élections législatives du 10 mai 2012 pour examiner les divers aspects organisationnel, juridique et technique liés à cette échéance qui intervenait en plein mouvement des peuples arabes.

Deux points méritent ici d’être soulignés. D’abord, ce projet de force armée panarabe risque de viser essentiellement d’autres pays arabes. Or le Pacte de la Ligue arabe proscrit le recours à la force et privilégie le règlement pacifique des différends entre ses Etats membres. Toute « guerre intérieure » ou interarabe est prohibée. La Ligue a vocation à jouer un rôle de médiateur. L’organisation s’est pourtant montrée incapable d’éviter des conflits armés interarabes (guerre du Yémen, invasion irakienne du Koweït, participation d’Etats arabes au sein de coalitions internationales contre l’Irak en 1991 et la Libye en 2011). Au sommet de Beyrouth en mars 2002, les membres ont entériné la réconciliation entre l’Irak et le Koweït.

Seconde remarque, force est de souligner une révolution copernicienne qui prend forme au sein de la Ligue. Ainsi, l’organisation arabe se permet désormais des actes d’ingérence. Les considérations humanitaires et démocratiques ne sont pas les seules raisons à ce revirement. Les Monarchies du Golfe et leurs alliés occidentaux ont tenu un discours fluctuant en fonction de leurs propres intérêts stratégiques. Ces réactions différenciées se sont prolongées jusqu’au sein de la Ligue arabe, au sein de laquelle les rapports de forces internes ont incontestablement basculé du côté des monarchies du Golfe, dont les régimes politiques relèvent plus de l’autocratie que de la démocratie… Leur activisme diplomatique et matériel en faveur des rebelles libyens et syriens contraste avec leur soutien au pouvoir sunnite du royaume du Bahreïn dans un silence assourdissant de la Ligue arabe. Plus globalement, il est clair que les Monarchies du Golfe ont réussi- y compris par le truchement de la Ligue arabe- à tirer profit des soulèvements populaires pour renforcer leur influence dans le Maghreb (en Tunisie et en Libye) et pour modeler les contours d’une nouvelle configuration géopolitique dans le Moyen-Orient… Les régimes du Golfe avaient pour priorité d’éviter la contagion révolutionnaire dans leurs propres pays, désormais ils sont confrontés à la contagion djihadiste.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Je ne vois pas ce que la Tunisie va foutre là dedans ! c’est tout de même drôle d’invoquer la solidarité arabe, mais à mon âge , je n’ai jamais vu quoi que ce soit que les Arabes pourraient se vanter ! Tenez pour ne parler que de ca . La Palestine par exemple , juste après qu’Israël a vu le jour , les Arabes l’ont attaqué , et au lieu de restituer ces terres aux Palestiniens , le roi Abdallah de la transjordanie les a confisquées dans le but de faire un grand chem, la guerre de six jours a aussi humilié les Arabes , mais avant la guerre de six jours au début des années soixantes Bourguiba s’est fait hué par les Palestiniens , parce qu’il a dit et il a vu juste , l’histoire lui a donné raison ! Nous nous sommes pas sur la même longueur d’onde ! Cette idée d’Asissi qu’elle lui été chuchotée dans le creux de l’oreille par l’Arabie Saoudite sent le roussi parce que la Tunisie a opté pour la démocratie , et qu’elle ne doit secourir les dictatures par l’envoie de ses enfants qui risquent leur vie , laissez tomber , les pays du golfe peuvent se payer le luxe d’engager une légion étrangère , pour assassiner leur population, parce qu’il demande de vivre une vie digne de ce nom , qu’on leur refuse ! NE me parlez pas de solidarité arabe

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