«La baisse des prix du pétrole ne peut profiter qu’à l’Etat pour rééquilibrer son budget»

Fethi Nouri - l'économiste maghrébin
l'économiste et l'universitaire Fethi Nouri

leconomistemaghrébin: La hausse des prix du pétrole à l’international a eu des impacts négatifs sur les prix des carburants à la pompe en Tunisie. Comment peut-on expliquer ce mouvement haussier?

Fethi Nouri : Tout d’abord, je tiens à préciser qu’à chaque fois qu’il y a un mouvement haussier ou baissier des prix du pétrole sur le marché international, la première question qui se pose toujours est la même: est-ce qu’il y aura une baisse ou une hausse sur le prix des carburants à la pompe ?

En réponse, l’Etat tunisien revient toujours, dans sa décision de hausse ou de baisse des prix, sur son Budget qui est automatiquement affecté par ce mouvement; sachant que son souci demeure et reste d’assurer les équilibres financiers dans le secteur de l’énergie d’une part, et  l’accessibilité des citoyens aux produits énergétiques, d’autre part.

Mais en suivant le mouvement, l’équilibre budgétaire guide toujours l’Etat dans sa décision à la hausse ou à la baisse des prix, parce que l’Etat doit  surveiller les indicateurs macroéconomiques et énergétiques, notamment la facture énergétique commerciale, les revenus pétroliers et la subvention énergétique.

En chiffres, de 2010 à 2013, la facture énergétique a augmenté, en moyenne, de 19%. Quant aux revenus pétroliers et à la subvention, ils ont augmenté respectivement de 8% et de 34%.

Face à la baisse des revenus contre la hausse de la facture, l’Etat a contribué par une subvention de l’ordre de 60% et les entreprises et ménages ou les entreprises excédentaires ont subi le reste. Au vu de cette hausse, l’Etat a eu recours à deux augmentations de 5% en 2010, face à un prix du baril à l’international dépassant le seuil de 100 dollars.

Par contre, en 2011, malgré la stabilisation des prix à 111 dollars, l’Etat n’a pas décidé une hausse et a subi à lui seul le choc. En revanche, les années 2012/2013 ont été marquées par deux autres augmentations de 7% au total.

Le feuilleton de la flambée des prix continue. Mais pour cette année, le prix à l’international a baissé. Donc quelle décision pourrait prendre l’Etat tunisien?

Pour 2014/2015, les consommateurs demandent une baisse des prix à la pompe puisque le prix à l’international a baissé. Mais il n’y aura pas de baisse, parce que selon le budget de l’Etat, les prix des carburants à la pompe ne sont pas indexés sur les prix à l’international.

Avec cette dernière baisse, l’Etat ne va profiter que d’un repli de 10 dollars, vu que les prévisions du budget ont été basées sur une moyenne annuelle de 100 dollars le baril.

Cette baisse courante ne va pas enregistrer un grand impact sur les prix annuels. Et cette aubaine ne peut profiter qu’à l’Etat pour rééquilibrer son budget et alléger le fardeau énergie.

Toutefois, les prévisions pour 2015 tablent sur 60 à 75 dollars le baril, selon l’OPEP. Ces prix peuvent rééquilibrer le budget de la Tunisie. Néanmoins, l’appréciation du dollar éponge une partie de la baisse du prix du pétrole. Sachant que le dollar a atteint un nouveau record de 1.860 DT et que 10 millimes de dépréciation de dinar coûtent à l’Etat tunisien 30 millions de dinars par an. Ce qui entraîne un effet prix absorbé par un effet de change.

Quelles recommandations adressez-vous?

Maintenant, il faut passer à l’action pour limiter progressivement le fardeau de la subvention énergétique en Tunisie. Il faut, donc, opter pour une réforme approfondie de tout le système de tarification énergétique, en ayant recours à la création d’un fonds spécial de l’énergie.

Notons que depuis une vingtaine d’année, j’ai plaidé pour la prise de cette décision, et ce, afin de couvrir nos déficits énergétiques, mais en vain. Ce manque de volonté politique est reproché à tous les gouvernements qui ont géré le secteur de l’énergie de la même façon.

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