Comment A. Karm voit la réforme de l’économie tunisienne

Ahmed Karm (au milieu)

Pour Ahmed Karm, le vice-président d’Amen Bank, il n’est pas possible de parler du secteur des service sans parler des défis de l’ économie tunisienne. D’après lui, les services contribuent énormément à relever ces défis et à mettre l’ économie sur un sentier de croissance permanente.

Cependant, plusieurs questions l’interpellent : « Comment entamer un tel chantier à un moment où le long terme n’est pas assuré, à un moment où nous ne sommes pas sûrs que les salaires des fonctionnaires seront versés prochainement, à un moment où les pouvoirs centraux n’ont pas d’emprise sur la scène économique, à un moment où l’ économie parallèle défie toute norme ? Toutes ces questions ont été au cœur des pistes de sa conférence donnée récemment à l’université privée Sésame.

Partant de sa conviction que la conjoncture économique actuelle n’est pas propice au secteur des services, le financier a proposé de réformer l’ économie. Pour le conférencier, l’Etat doit s’attaquer à quatre axes en urgence.

La lutte contre la pauvreté et la précarité 

« Il n’est pas normal que dans un pays tel que la Tunisie, le taux de chômage atteigne les 16% et 30% des diplômés »,  s’indigne-t-il, avant de continuer : « C’est une gifle à tous ceux qui avaient l’avenir du pays entre leurs mains dans les années passées ».

À cet égard, il a plaidé pour un changement immédiat de la situation en s’occupant en urgence des régions qui sont restées en marge du développement, pour ensuite étendre ce développement à tout le pays.

L’empêchement majeur qui bloque le développement régional « est la situation pénible de l’ économie qui peine à trouver des ressources pour investir dans les régions intérieures, afin de développer les structures d’emploi immédiat », affirme-t-il.

D’où la nécessité de recourir à d’autres types de solutions :  « Je pense qu’une organisation économique différente peut aboutir à une évolution très rapide si nous orientons les investissements publics ou privés vers l’infrastructure, car même si elle n’est pas rentable sur le court terme, elle est indispensable pour l’avenir que ce soit sur le plan matériel ou sur le plan des ressources humaines.  « La nécessité de préserver au lieu de les dilapider le peu de ressources que nous possédons s’impose », s’alarme-t-il.

Par ailleurs, Ahmed Karam s’est prononcé avec éloquence pour une implantation financière dans les régions. D’après lui, la banque ne doit plus se limiter uniquement au schéma classique où elle assure uniquement le rôle de l’intermédiaire. Cela pourrait être rendu possible par la création des fonds d’investissement avec des gestionnaires de ces fonds d’investissement proche des régions.  « Cela doit se faire dans une perspective de rapprochement pour que le jeune homme d’affaires et/ou le jeune entrepreneur trouvent à proximité d’eux un fonds d’investissement qui leur fournira ce dont ils ont besoin et surtout l’encadrement, l’information sur toutes les procédure à entreprendre, les conseils notamment en période de démarrage sur tous les aspects administratifs et financiers.  « Il faut qu’ils trouvent un œil attentif qui leur porte conseil » précise-t-il.

Mais, « malheureusement regrette-t-il, nous n’avons pas encore en Tunisie de sociétés indépendantes et délocalisées contrairement au modèle américain».

Le soutien de la micro-finance à l’économie    

Sous cet angle Ahmed Karam s’est attaqué en profondeur à la micro-finance et a brossé une image peut enchanteresse de cette activité de l’économie en Tunisie. « Elle est squelettique en Tunisie, contrairement aux pays asiatiques où l’Etat à miser sur la micro-finance pour améliorer le développement régional ».

En comparant la situation des pays asiatiques à celle de la Tunisie en ce qui concerne la micro-finance, le conférencier relève des différences qui demeurent immenses, car « il n’existe pas encore, malheureusement, une structure de micro-finance pour dynamiser le développement : « Certes il existe une loi, il y a une autorité  de la micro-finance qui avance d’une manière très lente », mais « je n’ai pas l’impression que nous avons misé sur la micro-finance. Il n’existe même pas une structure financière pour enseigner les techniques de la micro-finance » ; avant de recommander d’accorder une attention particulière à la micro-finance comme véhicule de développement en Tunisie.

Les finances publiques

Analysant la situation des dépenses réservées à la Caisse de compensation, il n’a pas caché sa crainte que « si les choses continuent d’évoluer ainsi, le budget de l’Etat finira par être englouti par les dépenses de cette caisse ».

Le conférencier a plaidé pour une orientation de la Caisse de compensation vers les couches sociales les plus démunies, rappelant qu’actuellement  les classes prospères bénéficient plus que les classes démunies de cette caisse.

Afin d’alléger les dépenses de la Caisse de compensation dans le secteur énergétique, d’autres sources d’énergie sont à explorer d’après lui : comme le gaz de schiste. Certes, « les écologistes s’opposent à l’utilisation de cette ressource, mais il est inacceptable qu’ils bloquent cette piste de développement », proteste-t-il. « Il existe certainement, une solution pour utiliser le gaz de schiste sans altérer l’environnement », nuance-t-il.

L’énergie nucléaire

En conclusion de sa conférence, Ahmed Karam a abordé la question de l’énergie nucléaire déclarant qu’ « on ne peut pas sortir du déficit énergétique sans avoir une centrale  nucléaire ». Et d’insister : « Il faut que la Tunisie ait sa propre centrale nucléaire. Il nous faut certainement plusieurs années pour aborder ce sujet. Mais un débat doit être ouvert dans le cadre de la réforme de l’ économie ».

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